En 2019, Valérie Roberge-Dion était nommée directrice des communications du diocèse de Québec. Elle devenait l’une des plus jeunes à assumer une telle responsabilité au Canada. Mère de trois enfants, ce défi professionnel semblait fou à ses yeux. Avec recul, il s’est avéré chemin de sagesse. Toutefois, des événements exceptionnels allaient l’éprouver...
u’est ce qui t’a permis de dire oui à ce poste ?
J’avais pigé deux paroles bibliques en début d’année : « Voici que je vais faire une chose nouvelle » et « Viens et suis-moi ». Plus tard, on me proposa ce poste. Bien que familière avec les tâches, j’éprouvais un sentiment d’imposteur. Encouragée par mon époux, j’y ai discerné un appel. Me souvenant de ces paroles pigées, j’ai dit oui. J’étais enthousiaste et consciente que j’avais beaucoup à apprendre. Pendant trois mois, j’ai bénéficié du mentorat de Jasmin Lemieux-Lefebvre, mon prédécesseur. Cette passation d’expertise fut précieuse. Fière d’œuvrer aux côtés du cardinal Lacroix, j’appréciais ses qualités de communicateur, sa vision pastorale et sa bonne humeur.
Toutefois, le rythme et la charge de travail étaient si intenses que je conduisais ma voiture tout en me tenant les paupières ouvertes pour ne pas m’endormir au volant ! À la maison, la routine familiale du soir reprenait. Elle avait débuté le matin bien avant l’arrivée au bureau.
Considérant ton âge, on te prenait au sérieux ?
En Église, avoir 34 ans, c’est ultra-jeune; mais c’est normal dans le monde séculier. Engagée en Église depuis longtemps, notre famille assurait la musique lors d’événements diocésains. À 20 ans, j’animais l’émission Lumière du monde. En 2008, le cardinal Ouellet me demandait de siéger au comité organisateur du Congrès eucharistique international. J’ai toujours senti l’appui des gens et la confiance des autorités.
Pandémie en 2020, visite du pape en 2022, action collective contre le diocèse autorisée en 2022 et 350e du diocèse en 2023-2024. Comment as-tu vécu ces événements exceptionnels ?
J’ai repoussé mes limites physiques et psychologiques. Saturée du stress, je me souviens avoir presque perdu connaissance en voyant le nom d’un journaliste apparaître sur mon cellulaire. J’ai alors jugé sage de me faire accompagner. N’ayant jamais connu d’année normale dans ma fonction, j’en ai déduit que c’était ça la vie ! Le soutien de mon époux, de bons amis au travail et hors du travail m’a aidée à tenir bon. L’implantation de cellules de crise s’est avérée salutaire. Quotidiennement, la prière d’abandon de Charles de Foucauld accompagnait mes micro-siestes.
La pandémie exigeait une adaptation constante avec le changement fréquent des consignes sanitaires. La visite du pape au Canada fut précédée de rencontres avec Affaires mondiales Canada et la Conférence des évêques catholiques du Canada, de visites de sites potentiels, d’ébauches de programmation, etc. Tout était nouveau, si passionnant, mais très exigeant avec près de 100 courriels à répondre par jour et des semaines de 60 heures. Je communiquais avec les responsables de l’aéroport, les équipes de sécurité, l’équipe de liturgie, des journalistes, etc.
La visite du pape fut pendant six mois un sprint de travail, mais le 350e du diocèse fut un marathon d’environ deux ans avec un volume de travail inégalé. C’était rafraîchissant d’organiser une quarantaine d’événements positifs en un an. Notre magazine du 350e, distribué gratuitement à 50 000 exemplaires dans la région de Québec, visait un apaisement de la société civile par rapport à son histoire. Une centaine d’articles positifs ont été publiés pendant l’année dans les médias de Québec. Piloter ce 350e avec Mgr Pelchat demeurera une expérience mémorable.
Avant même l’annonce de l’action collective visant le diocèse, j’étais engagée dans le comité de protection des personnes mineures ou vulnérables. Dans ce douloureux dossier des abus sexuels, je crois que l’exercice de vérité contribue à l’assainissement de l’Église et aide les personnes qui ont souffert à cheminer vers la guérison. C’est pourquoi on désirait des communications transparentes et respectueuses.
As-tu été tiraillée entre ta parole et celle de l’institution ?
À mon embauche, le cardinal Lacroix me demanda si j’étais à l’aise avec les positions de l’Église sur différents sujets. Je l’étais avec l’essentiel. Sur certains points, notamment la place des femmes, je considérais l’Église en cheminement et je sais que mon patron a cette question à cœur.
Consacres-tu la majeure partie de ton temps à gérer des scandales ou à éteindre des feux ?
Sincèrement, non. Récemment, à la paroisse Saint-Jean-Baptiste, un comité ayant créé un fonds pour lutter contre l’itinérance a sollicité notre assistance pour préparer une conférence de presse. À ma grande surprise, les journalistes sont venus nombreux pour cette modeste initiative paroissiale.
Une crise devient parfois une opportunité. La fermeture de l’église Notre-Dame-des-Victoires durant l’hiver à cause du coût d’opération a retenu l’attention médiatique. Apprenant la précarité financière, des commerces du quartier contribuèrent financièrement et l’église demeura ouverte toute l’année.
Lors de sa présentation comme évêque, Mgr Juan Carlos Londoño marqua les journalistes. Ceux-ci découvraient ce jeune prêtre colombien devenu le premier évêque issu de l’immigration.
PHOTO : COURTOISIE. La directrice des communications du diocèse de Québec, bien présente dans les médias de la capitale.
L’Église paraît s’effondrer, y a-t-il parfois de bonnes nouvelles ?
L’Église paraît en décroissance, mais ce constat mérite des nuances. Étonnamment, ça bouge et ça m’émerveille ! J’ai écrit en haut de ma liste de tâches quotidiennes : « C’est reposant, Dieu travaille ! » Il est le premier ouvrier. Les récentes vagues d’immigration ont changé la face de nos communautés. Dans certains milieux, le nombre de célébrations pascales a doublé. Arrivant de partout, ces gens se tournent vers l’Église, espérant y retrouver une chaleur familiale. Depuis deux ans, le nombre de catéchumènes diocésains est passé d’une vingtaine à une centaine. De plus, des jeunes issus de la génération Z (nés entre 1997 et 2012) s’intéressent à la foi. Avec eux, inutile de mettre des gants blancs, ces questions piquent leur curiosité.
Durant la semaine de Pâques, plusieurs articles positifs sur l’Église m’ont surprise. Du jamais vu. Dans le passé, des journalistes s’intéressaient notamment au nombre d’apostasies; cette année, le nombre de nouveaux baptisés, les églises bondées ou la réouverture de Notre-Dame-des-Victoires suscitaient l’intérêt.
Des journalistes osent-ils te confier discrètement qu’ils sont croyants ?
Certains le font à mots couverts, on le pressent dans leur intérêt répété à travailler avec nous. Encore dernièrement, alors qu’on négociait des commandites avec un organisme-partenaire, ma vis-à-vis me confiait préparer le baptême de son enfant.
Tu sembles carburer aux défis, ne risques-tu pas de t’oublier ?
Je ne recherche pas les défis, je les affronte ! Consciente de mes limites, je ne peux dire oui à tout et mon sommeil reste prioritaire. J’ai peu de loisirs et n’écoute pas de séries télé. Si je termine le télétravail à 16 h 30, je saute dans la piscine dès 16 h 32 avec les enfants. Vaisselle et rangement de la maison constituent ma bienfaisante routine du soir. En nature, je m’émerveille facilement. J’ai aussi retrouvé l’énergie pour lire. J’apprécie les écrits d’Etty Hillesum. Sa spiritualité favorise l’intériorité.
Avec un couple d’amis, mon époux et moi mijotons le projet d’une maison permettant la colocation solidaire entre des gens sortant de l’itinérance et de jeunes adultes actifs. Ça diffère de mes préoccupations habituelles.
Avoir su tout ce qui allait survenir, aurais-tu quand même dit oui ?
Par chance qu’on ne le sait pas ! (Rires) Je me sens aujourd’hui « sur mon X ». Avec l’expérience acquise, on sollicite mes conseils. Je siège à des comités nationaux, je préside l’Association des médias catholiques et œcuméniques (AMéCO). Je suis heureuse d’avoir plongé. Avoir su tout ça, j’aurais surtout eu peur de ne pas pouvoir prendre bien soin de ma famille, ma vocation première.
Mon oui de 2019 m’a conduite au-delà de ce que j’aurais pu imaginer. Comblée par tant d’apprentissages, j’essaie de donner au suivant !
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Un oui audacieux !
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