Inauguré dans l’église Saint-Jean de Gand en 1432, le retable de l’Agneau mystique est peint par les frères Van Eyck. Jan Van Eyck (1390-1441) est surtout connu pour avoir été l’un des premiers peintres à utiliser la peinture à l’huile, autant sur du bois que sur de la toile. Les frères Van Eyck ont perfectionné cette technique qui sera par la suite répandue dans toute l’Europe, révolutionnant ainsi l’art occidental.
e retable de l’Agneau mystique est un polyptyque, c’est-à-dire composé de plusieurs panneaux de bois. Cette œuvre gigantesque (376,5 cm de longueur et une hauteur de 520 cm une fois ouverte) se trouve actuellement dans l’une des chapelles de la cathédrale Saint-Bavon à Gand, en Belgique (image 1). Il est composé de 24 panneaux en bois de diverses tailles, chacun représentant des éléments iconographiques du christianisme, que ce soit la figure de la Vierge Marie, de saint Jean Baptiste ou d’Adam et Ève.
Commandé avant 1426 par le marguiller de la cathédrale de Gand à Hubert Van Eyck (1366-1426), ce retable est un chef-d’œuvre des primitifs flamands du 15e siècle et une des sept merveilles de la Belgique moderne. Il est connu non seulement pour son histoire, mais surtout pour la précision que les frères Van Eyck ont accordée aux détails de l’œuvre sur l’entièreté des 24 panneaux peints des deux côtés.
Une minutie exceptionnelle
Tout d’abord, les frères Van Eyck ont utilisé des trompe-l’œil remarquables, notamment en représentant des bâtiments de la ville de Gand du 15e siècle, pour créer l’illusion de trois dimensions. C’est grâce à la précision des détails que les historiens de l’art ont été en mesure de dire qu’il s’agissait bel et bien de bâtiments de Gand dans l’arrière-plan de plusieurs panneaux du retable. Nous pouvons même identifier les différents arbres, fleurs et plantes apparaissant dans cette œuvre, montrant ainsi non seulement une bonne connaissance de la botanique des frères Van Eyck, mais également une minutie exceptionnelle pour reproduire presque à l’identique des éléments de la nature. En jouant avec les différentes couleurs que permettait maintenant la peinture à l’huile, Jan et Hubert ont créé des jeux de lumières rendant les personnages, les décors végétaux et architecturaux encore plus réalistes. Les détails sont si précis que nous avons l’impression de nous trouver devant une photographie et non devant une œuvre peinte.
L’importance de l’œuvre
Toutefois, c’est le panneau inférieur central de ce retable qui est le plus célèbre (image 2). C’est l’élément iconographique au centre de ce panneau qui donnera son nom à l’œuvre, soit l’agneau, plus précisément l’Agneau mystique. Le thème iconographique de l’Adoration de l’Agneau mystique représente le sacrifice de Jésus et symbolise également la célébration de l’eucharistie, que nous pouvons observer par la présence sur l’autel du calice qui recueille le sang du Christ.

Ce retable est tellement important qu’en 1531, le graveur allemand Albrecht Dürer vient le contempler à Gand et en fait une description. Voulant acheter l’œuvre qu’il trouve magnifique mais se heurtant au refus du diocèse de Gand, le roi d’Espagne Philippe II en fait faire une copie entre 1557 et 1559. On retrouve ce retable jusque dans l’art flamand du 19e siècle. En effet, en 1829, Pierre François de Noter (1779-1842) peint le retable de l’Agneau mystique qui se situait alors dans une autre chapelle de la cathédrale Saint-Bavon (image 3).

Guerres, vols, destructions
Ensuite, l’histoire du retable ajoute à l’aura de l’œuvre. Lors des différents conflits militaires qu’a connus la ville de Gand depuis le 15e siècle, plusieurs panneaux ont été dérobés ou détruits. Ne tolérant pas l’utilisation de la figure de Dieu, les iconoclastes (personnes qui détruisaient des œuvres d’art religieux) vont tenter de s’attaquer au retable. Durant la Première et la Deuxième Guerre mondiale, des panneaux ont aussi été volés, mais ont été restitués à la fin de chacun des conflits.
Depuis 2012, la restauration des différents panneaux de ce retable est en cours au Musée des Beaux-Arts de Gand. Elle devrait être terminée au printemps 2027.
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