orsque j’ai été baptisé, au milieu de la vingtaine, on m’a remis quelques souvenirs dont une croix à porter au cou. J’ai sourcillé : elle ressemble à une sorte de T majuscule, un peu stylisé. Une croix modernisée ? Il s’agissait en fait du tau, symbole de la spiritualité franciscaine dans laquelle j’allais rapidement me perdre… et me sentir chez moi.
Le petit pauvre
Ce 4 octobre, nous soulignons le huitième centenaire de la mort de saint François d’Assise. Ma chronique « À contre-temps » a pour modus operandi de décortiquer les tensions qui caractérisent notre époque. Si je me permets de vous parler du Poverello (petit pauvre) d’Assise, c’est parce qu’il reste d’une déconcertante actualité. Fils d’un riche commerçant de vêtements et lui-même bon vivant, le jeune François était à la recherche d’un je-ne-sais-quoi qu’il ne trouvait pas dans les plaisirs de sa vie d’alors. Se sachant appelé par le Christ, sa conversion fut spectaculaire : au grand désarroi de ses proches, il vécut le reste de ses jours dans une pauvreté radicale, mendiant de ville en village pour y prêcher l’Évangile. Il y parvenait par des paroles simples et une conduite authentique. Son exemple a agréablement surpris ses contemporains, habitués à un clergé ostentatoire étalant sa richesse et dont les discours rejoignaient difficilement le commun des mortels.
Laudato si’
Nos dernières décennies ont également été marquées par une quête d’authenticité. Comme François, nous sommes d’éternels insatisfaits qui cherchons notre vocation au-delà des attentes de la société. Nous rêvons d’une liberté qui consisterait à vivre selon nos valeurs plutôt que d’être contraints de suivre passivement le cours du monde. L’idéal de pauvreté franciscaine n’est pas sans rappeler le mouvement de la simplicité volontaire, une forme de recentrement sur l’essentiel, sur les plans matériel et spirituel.
Si le pape François lui emprunta son nom, c’est également parce qu’il se faisait précurseur d’une spiritualité de l’environnement, enjeu contemporain par excellence. Bien qu’aveugle et malade, François d’Assise a composé un cantique louant Dieu pour la beauté de « frère soleil » et « sœur notre mère la Terre », se considérant ainsi en communion avec l’ensemble de la création. C’est cette sensibilité qui a inspiré au pape une encyclique dont le titre reprend les premiers mots de ce cantique : Laudato si’. À contre-temps, donc : François d’Assise reste aussi pertinent au 21e siècle, face à la crise écologique, qu’au Moyen Âge qui l’a vu naître.
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