e n’ai pas la fibre franciscaine. Un capucin, il y a quelques années, m’avait donné un exemplaire du livre Sagesse d’un pauvre d’Éloi Leclerc, et sa lecture m’avait laissé plutôt froid. J’étais même déçu que François d’Assise se soumette aux autorités et accepte qu’on dénature son idéal de départ pour les Frères mineurs. Je lis en ce moment une vie de François par Chiara Frugoni, et ici non plus, pas de coup de cœur. En ce mois d’octobre où l’on souligne les 800 ans de la mort du Poverello, je me devais de lui consacrer mon éditorial. Et comme l’inspiration ne me viendrait pas de mes lectures, je suis allé rendre visite à un ami capucin à Montréal pour qu’il me parle de François.
Cet ami – qui s’est fait capucin sans savoir que sa grand-mère avait prié pour avoir « un petit capucin aux pieds nus » dans la famille – m’a fait comprendre à quel point, dans le monde féodal divisé par les barrières de condition sociale et de rang, le choix de vie de François était révolutionnaire. En revenant à la pauvreté et à la radicalité évangéliques, le saint d’Assise insistait sur la relation de fraternité qui doit nous unir à tout être humain comme à toute créature de la nature. Ce frère universel vit dans le monde plutôt qu’à l’écart et accueille chaque personne comme elle est, peu importe qui elle est, d’où elle vient. Sa pauvreté absolue contraste avec la richesse de l’Église de l’époque. Le pape Léon XIV a rappelé le 6 août dernier à Assise que François avait eu l’audace d’« abandonner les voies déjà tracées afin d’en ouvrir une nouvelle, plus conforme au chemin de Jésus ».
On peut parler dans le christianisme occidental d’un avant et d’un après François
François d’Assise demeure encore pertinent dans notre monde déchiré par les conflits meurtriers et la crise écologique. Sa rencontre avec le sultan Malik Al-Kamil en 1219 fait de lui un précurseur du dialogue interreligieux pour la paix. Qu’on ait la fibre franciscaine ou pas, force est de reconnaître que le rayonnement du petit pauvre d’Assise est si grand qu’on peut parler dans le christianisme occidental d’un avant et d’un après François.
Léon XIV a proclamé une année jubilaire du 10 janvier 2026 au 10 janvier 2027, au cours de laquelle nous sommes « tous appelés à devenir saints dans le monde contemporain ». Ce jubilé est l’occasion de développer, toutes et tous, notre fibre franciscaine, donc de vivre encore plus près de l’Évangile.
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