ans l’avion qui le ramenait de son voyage apostolique en Afrique, Léon XIV répondait aux questions des journalistes. L’une d’elles portait sur les bénédictions des couples de même sexe et les divisions qu’elles suscitent dans l’Église. Sa réponse a surpris :
Je pense qu’il est très important de comprendre que l’unité ou les divisions dans l’Église ne devraient pas tourner autour des sujets de sexualité. Nous avons tendance à penser que lorsque l’Église parle de morale, la seule question est d’ordre sexuel. Or je crois qu’il existe des enjeux bien plus importants, comme la justice, l’égalité, la liberté des hommes et des femmes, la liberté de religion, qui devraient tous être priorisés avant ce sujet particulier.
Alors que beaucoup croient à une fixation de l’Église sur « la morale sous la ceinture » (comme disait François), la réponse du pape a quelque chose de rafraîchissant. Car oui, il est des choses plus fondamentales pour les chrétiens que la morale sexuelle. Jésus n’a pas dit grand-chose là-dessus, mais nous a par contre laissé de nombreux enseignements sur l’amour du prochain et des ennemis, l’argent, les pauvres, le pardon, l’hypocrisie, la justice, le Règne de Dieu...
« Un déplacement historique daté »
Dans le journal La Croix, l’historien du christianisme Jean-Pascal Gay, de l’Université catholique de Louvain, signait début mai une tribune où il rappelle que « la focalisation du catholicisme sur la morale sexuelle n’est ni une constante ni un fait de tradition. C’est un déplacement historique daté. » Encore au 16e siècle, les questions de droit et de justice primaient sur les « péchés de la chair », la vertu sociale sur la vertu individuelle. Puis, à partir du 17e siècle, à mesure que l’État moderne se construisait et occupait le champ social, l’Église lui a cédé sa juridiction dans ces domaines et s’est repliée sur la conscience et le corps des individus. « Le corps sexué, lieu-test de la fidélité du sujet à la norme, devenait ainsi le terrain de l’Église au moment où l’État s’emparait de tout le reste. »
Avec les abus sexuels commis par ses clercs, l’Église catholique a perdu toute crédibilité pour faire la morale aux fidèles sur ces questions. Et, de toute façon, quand elle le fait, le monde ne l’écoute plus. Léon XIV fait donc bien d’orienter le discours vers la guerre, les droits, les inégalités et injustices, qui devraient préoccuper les catholiques bien davantage que la sexualité de leurs semblables.
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