En août dernier, le père oblat Joseph Charles était de passage au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap pour prêcher à la Neuvaine de l’Assomption. Un terrain connu pour lui puisqu’il y a vécu 10 ans, au début des années 2000.
idée maîtresse de sa prédication : soyons solidaires des personnes aux prises avec la misère, ou l’isolement, ou la maladie. Solidaires des cris de nos frères et sœurs qui souffrent. Opter pour un monde plus humain et plus juste, faire reculer les inégalités.
Dans la foulée, Joseph Charles a aussi donné une conférence sur la situation actuelle de son pays, Haïti. Le portrait qu’il a brossé est à glacer le sang : dénuement le plus total, impunité, gouvernement corrompu, gangs de rues qui font la loi, enlèvements, meurtres, trafic d’organes… « Un drame interminable. La vie en Haïti, hélas, c’est la mort qui s’avance sur le chemin de tout un peuple; une sorte de mort différée, lente, versée et bue goutte à goutte. »
Les Haïtiens vivent dans l’insécurité généralisée. « C’est comme si on était en guerre. Une forme de guerre qui a ouvert les écluses du mal. Les étais qui soutenaient l’existence humaine et sociale en Haïti sont en train de s’effondrer », dit-il en paraphrasant Kafka. « Nous sommes pris dans l’étau des puissances asphyxiantes du mal. »
TRAFIC DES ÊTRES HUMAINS
En entrevue, le père oblat explique que la traite des êtres humains est un commerce rentable et florissant en Haïti. Il arrive même que des cliniques mobiles prélèvent sur place les organes de personnes kidnappées, parfois mineures.
« Dans ma ville natale, à Ouanaminthe, il y a eu un groupe d’enfants avec des Blancs qui disaient vouloir les adopter. À la frontière, ils ont eu des difficultés, beaucoup d’avocats ont dû intervenir, soit pour défendre les parents des enfants, soit pour défendre ceux qui voulaient les adopter. Ils ont finalement réussi à partir avec les enfants. Certains parents sont sans nouvelles de leur enfant jusqu’à ce jour. Des milliers de parents pauvres en Haïti acceptent l’adoption avec joie, espérant un meilleur avenir pour leur enfant à l’étranger. Mais bien souvent, c’est le contraire qui arrive. Il y a eu beaucoup de cas d’enfants qui ont été trafiqués et leurs organes, vendus. »
CONSTRUIRE UNE CONSCIENCE COLLECTIVE
Comme oblat, Joseph Charles dit avoir connu un certain luxe en vivant au Canada. Il a pourtant décidé de retourner dans son pays après son doctorat. « On m’avait fait des offres à Ottawa, mais je me suis dit : “Je vais avec mon peuple.” Ce que je souhaite, c’est construire une conscience collective égalitaire. »
Son travail dérange, il a été arrêté deux fois par les autorités. « Amener les gens à prendre conscience, ça fait trembler les puissants, parce que les personnes conscientisées vont leur tenir tête ! » Par exemple, aux élections, il forme les gens pour qu’on n’achète pas leur vote, qu’ils votent selon le programme politique. « Je ne fais pas de politique partisane, j’aide les gens à prendre conscience de leur situation et à analyser les programmes pour qu’ils voient ce que ça va apporter au développement du pays. »
Le père Charles a encadré 172 universitaires afin qu’ils finissent leurs études. « L’argent que j’ai reçu d’ici ou d’ailleurs, je le mets au service de ces universitaires qui travaillent aujourd’hui en Haïti pour se développer et développer le pays. » Et dans sa paroisse Saint-Eugène-de-Mazenod aux Cayes, il est en train de développer un projet en partenariat. « On va construire un centre de loisirs et donner à manger aux familles en difficulté au moins trois fois par semaine. »
L’ESPÉRANCE EST LÀ !
Joseph Charles explique qu’il y a 160 oblats en Haïti. La raison d’être des Oblats est le service des pauvres, mais que peuvent-ils faire devant des besoins aussi énormes et des forces aussi puissantes ? « La conscientisation, et annoncer l’espérance pour que les gens ne défailent pas en cédant au fatalisme. Se tenir debout malgré les épreuves », répond-il sans détour.
« C’est tellement compliqué de faire quelque chose en Haïti, car c’est un pays qui n’a rien ! On n’a pratiquement pas de routes, il n’y a pas de travail, d’universités, de bonnes écoles… Le gouvernement haïtien est rapace. Mais l’espoir est là ! C’est pour ça que je reste. Pour qu’au moins, la conscience s’éveille et qu’un jour, si on ne peut pas sauver l’homme d’aujourd’hui, on puisse sauver l’enfant de l’homme d’aujourd’hui. »
« C'est pour ça que je reste. Pour qu'au moins, la conscience s'éveille. »
Le père Charles décrit Haïti comme « un concentré de tous les malheurs des peuples, une synthèse douloureuse de toutes les souffrances de l’humanité, mais aussi, et surtout, des espérances de nos luttes ! »
Sa conférence se terminait d’ailleurs en parlant d’espérance : « Debout pour combattre la peur. Debout pour combattre le défaitisme. Debout pour faire advenir l’Espérance libératrice qui engendrera une autre Haïti où la vie redeviendra possible. »
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