ÉDITORIAL par Stéphane Gaudet, rédacteur en chef

Notre maison brûle

Editorial03Depuis la fin d'août, l’Australie est dévastée par des incendies d’une violence exceptionnelle, fort probablement liés aux changements climatiques. Les écosystèmes mettront des décennies à s’en remettre, au point où on peut se demander si l’île-continent n’est pas en train de devenir inhabitable sous nos yeux. Et ce qui s’y passe n’est peut-être qu’un avant-goût de ce qui attend d’autres régions du monde dans les prochaines années. 

Il ne faut pas y voir une punition divine. Les événements extrêmes comme ces incendies sont la conséquence du réchauffement de la planète, causé par les humains (les experts en sont maintenant sûrs à 95%). 

Aux élections fédérales du 18 mai dernier, les Australiens avaient à choisir entre le Parti travailliste, qui promettait d’amorcer l’inévitable transition énergétique, et la coalition libérale-nationale, sans sérieuses politiques environnementales, soucieuse de ne pas nuire à l’industrie du charbon – combustible fossile le plus polluant, dont le pays est le 4e producteur et le 1er exportateur mondial. Surprise, faisant mentir trois ans de sondages, les Australiens ont opté pour l’immobilisme en réélisant le gouvernement libéral-national du premier ministre Scott Morrison. 

Morrison est ouvertement chrétien (pentecôtiste) et climatosceptique. En décembre, son gouvernement, avec d’autres, a saboté la COP25 (Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques à Madrid). Alors que les incendies faisaient rage, juste avant Noël, il est parti discrètement en vacances à Hawaï. Il refuse des objectifs de réduction des gaz à effet de serre (GES) qui nuiraient à l’économie et aux emplois. Mais l’économie australienne et les emplois sont bien plus menacés par les sécheresses et incendies à répétition que par la transition énergétique. Les dommages causés par les feux actuels sont incalculables. Ne rien faire a un prix, démesuré. 

Nous, chrétiens, devrions être aux premiers rangs du combat pour préserver la vie sur terre. Nous sommes souvent préoccupés ces temps-ci par la question de l’euthanasie. Vouloir assurer la pérennité de l'humanité sur cette planète, n’est-ce pas là aussi défendre la vie? 

Nous n’avons pas de leçons à donner aux Australiens. Les Canadiens sont parmi les pires pollueurs du G20, et le Canada n’est pas en voie d’atteindre en 2030 les objectifs de réduction des GES auxquels il s’était engagé par l’Accord de Paris en 2015. Au Québec, les émissions de GES ont augmenté au lieu de diminuer en 2017, et nous n’avons pas atteint en 2020 l’objectif de 20% de réduction par rapport à 1990. Nous sommes tous pour la protection de l’environnement, à condition que ça ne nous coûte rien et ne change rien à nos habitudes. Nous, et je m’inclus là-dedans, faisons passer notre confort et notre mode de vie avant l’avenir de l’humanité. 

Mais vivre dans le déni n’est plus possible. Notre maison commune brûle. 

Le carême est une période de prière et de réflexion. Intégrons à notre prière et à notre réflexion les changements climatiques, dont nous sommes responsables, et agissons. Pour la vie. 

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