ENTREVUE par Chantal Larochelle

Micheline Bergeron

La Parole, source de paix et de joie

entrevue01C'est en toute simplicité que Micheline Bergeron m'a reçue chez elle. Cette enseignante à la retraite et laïque engagée dans la paroisse Notre-Dame de l'Espérance, à Saint-Célestin, ne se doutait pas que son premier oui à un appel de Dieu l'amènerait, un jour, à témoigner publiquement de sa «joie imprenable», puisée dans la Parole de Dieu.

À première vue, son cheminement ressemble à celui de plusieurs chrétiens de sa génération, élevés dans une famille aux valeurs d’Évangile. Mais sa soif et son désir de mieux comprendre ce Dieu qu’elle aime l’avaient toujours profondément habitée. «Mon premier refuge a toujours été Dieu et sa Parole», témoigne la mère de famille également grand-maman.

Si le terrain familial fut propice à ce «goût de la Parole», des années ont passé avant que Micheline s’inscrive à une première formation. Au milieu de théologiens, avec son expérience de vie comme seul bagage, la mère de famille a médité la Parole, l’a décortiquée, s’est laissée saisir et appeler par elle. Son cheminement fut continu. Son objectif restait le même : «Comprendre la Parole de Dieu», complète celle qui, au quotidien, se nourrit de ce Verbe qui apaise et rend libre.

Un premier oui qui prépare à la mission 

Les yeux pétillants, Micheline reprend maintenant les mots d’une amie en me confirmant, très humblement, que Dieu, oui, avait des plans pour elle : «On ne sait pas où notre premier oui à Dieu va nous mener.» Parce que, de fait, avec cette première formation qui ne devait répondre qu’à une soif intérieure très personnelle, Dieu voulait l'instruire. «Il avait un chemin pour moi. Il a travaillé fort!» Au-delà de toutes les sessions de croissance personnelle suivies, seule la Parole de Dieu est venue lui apporter quelque chose de plus fort et de plus grand.

De fil en aiguille, le chemin s’est tracé. D’abord animatrice des Maisonnées d’Évangile (petits groupes où des gens se réunissent pour goûter la Parole de Dieu et la mettre en valeur dans leur quotidien), Micheline s’est ensuite investie dans les célébrations de la Parole, également appelées ADACE (pour «assemblées dominicales en attente de célébration eucharistique»). Une implication paroissiale à laquelle elle n’aspirait pas au départ parce que trop timide, avoue-t-elle, pour commenter la Parole en public. Mais comme la Parole fortifie, Micheline en retire aujourd’hui une joie et une paix profondes. 

Une Parole qui s’incarne 

Si la Parole a voyagé dans le temps, qu’elle s’est rendue jusqu’à nous et que Dieu continue de «se frayer» un chemin dans nos quotidiens parfois houleux, c’est qu’elle s'incarne encore et toujours. L’Ancien Testament aussi bien que les Évangiles rejoignent le peuple de Dieu en marche.

Mais est-elle méconnue cette Parole qui nourrit et soutient Micheline? « Oui et non, me répond-elle. Je pense qu’on s’y arrête moins aujourd’hui pour toutes sortes de raisons. Tout comme pour l’Église, la Parole n’est pas au cœur d’un refus social, mais bien d’un rythme de vie effréné. Les jeunes familles n’y adhèrent plus parce que tout va trop vite notamment et que, avouons-le, leurs choix sont ailleurs. »

Faut-il alors s’inquiéter de l’avenir? «L’Esprit saint travaille fort. Parfois, on veut plus par nous-mêmes alors que ce n'est peut-être pas par nous que les choses vont s’accomplir. Le grain semé en terre va germer. Confiance!»

entrevue02Il reste que malgré une transmission de la Parole qui se fait de plus en plus fragile, les gens ont soif de sens. Les choix de lectures, notamment aux funérailles, le prouvent bien. «C’est surprenant de voir comment les gens donnent de l’importance aux textes choisis», rapporte-t-elle.

Il demeure d’ailleurs indéniable «qu'on ne peut pas lire un texte biblique et rester amorphe», me répète Micheline. «La Parole de Dieu change quelque chose au fond de nous-mêmes. Plus on la laisse travailler, plus on la travaille nous-mêmes, plus elle laisse des traces en nous. La Parole est puissante. Elle nous transforme de l'intérieur. Inévitablement.»

Une avenue prometteuse

Les ADACE, qui sont de plus en plus nombreuses dans les paroisses, permettent aujourd’hui aux chrétiens de donner un sens à la Parole. Micheline Bergeron le confirme: «Les gens sont avides de quelque chose qui leur parle. Chaque fois qu’on ose interpréter la Parole de Dieu en l’appliquant à sa vie, ça fait du bien.»

Comment le faire, alors, quand on n’y est pas entraîné? La démarche se veut simple. Il s’agit de commencer par trouver les mots : lesquels se répètent? Quels mots me parlent? Lesquels résonnent en moi à partir de mon vécu? «C’est à ce moment-là que la Parole est puissante et agissante. C’est à ce moment-là qu'elle transforme, parce que Dieu vient nous habiter.» 

Un phare dans l'existence 

Et si, dans ces temps d’incertitude et de grands bouleversements, la Parole devenait source d’espérance? «Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point» (Matthieu 24,35). «Avec ce phare-là dans notre existence, conclut la septuagénaire, nous sommes capables de continuer et de traverser la vie!»