ÉDITORIAL par Stéphane Gaudet, rédacteur en chef

Des « saintes femmes »

Ma grand­-mère est décédée le 7 juin dernier, à 96 ans et demi. Elle n’a pas été emportée par la COVID-19. Mais le fait de ne pas avoir reçu de visites pendant deux mois, elle qui en avait tous les jours, n’a pas dû aider. Quand on dit que le contact humain fait vivre... 

edito01Avec sa foi immense, pendant des jours, jusqu’à la fin, elle a tenu son chapelet dans ses mains. Ses mains qui ont cuisiné, pétri, cousu, bêché, semé, cueilli, bercé... Ses mains qui ont tant travaillé, qui ont tant donné. Grand-Moman était le don de soi incarné. Je ne pense l’avoir jamais vue penser à elle d’abord. Toute son existence était tournée vers les autres. Bien sûr, ses galettes, ses tartes, son pain, ses courtepointes seront toujours associés à elle dans ma mémoire. Mais tout ça n’est que du matériel; la seule chose qui compte, c’est l’amour qu’elle y a mis. 

On n’insistera jamais assez sur l’importance qu’ont les grands-parents dans la vie des petits-enfants. Une partie de ma foi me vient d’elle, une foi qui ne jugeait pas, qu’elle vivait sans se mêler de la vie des autres. Et elle ne se contentait pas de la foi de son enfance, apprise par cœur du petit catéchisme, elle l’a approfondie en participant à des groupes, à des réunions bibliques, et en lisant. 

La vie des femmes de cette génération a été dure. Pas d’électricité ni de commodités du monde moderne dans leur jeune temps. Elles ont connu la Grande Dépression, qui a duré dix ans; s’il n’a jamais manqué de pain et de beurre sur la table, il n’y avait souvent que des patates pour les accompagner. Ensuite, la Guerre, qui a duré six ans, et son rationnement. Et les familles nombreuses, 15 maternités en 17 ans et demi dans le cas de ma grand­-mère. Il fallait faire beaucoup avec peu pour élever une si grande famille. 

Je rends hommage à ma grand-mère et à toutes ces femmes, véritables forces de la nature. On avait une expression autrefois qui décrit bien plusieurs femmes de cette génération : des «saintes femmes». Certaines sont nos lectrices, d’autres sont nos mères, nos grands-mères ou nos arrière-grands-mères. Plusieurs sont malheureusement décédées au cours de la pandémie, souvent seules, sans la présence de leurs proches. C’est vrai chez nous dans les CHSLD, mais aussi en France dans les EHPAD, en Suisse dans les EMS, en Belgique dans les maisons de repos... Nos sociétés occidentales ont un sérieux examen de conscience à faire quant au traitement de leurs aînés. On leur doit tant, ils ne méritaient pas cette fin atroce. 

Ma grand-mère, elle, a eu la chance d’être bien entourée. Elle a attendu que ses 15 enfants lui aient rendu visite avant de partir. Bon voyage, Grand-Moman, je t’aime. Et merci pour tout! 

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