ÉDITORIAL par Stéphane Gaudet, rédacteur en chef

De la pluie
      et du beau temps

edito01L'été, enfin. Après un hiver interminable et un printemps gris et froid, on souhaite tous que l’été nous apporte du beau temps et de la chaleur – mais pas trop, sinon on s’en plaindra! 

Dans certains milieux, il est assez mal vu de parler de la météo. C’est vrai qu’on aborde souvent le sujet quand on n’a rien d’intéressant à dire, pour éviter un silence qui met mal à l’aise. «Parler de la pluie et du beau temps» signifie parler de choses superficielles, de banalités. 

Je suis originaire de Montréal, la grande métropole, et j’y ai passé toute mon existence jusqu’à récemment. On le sait, dans les grandes villes, les gens se parlent peu. On dirait que plus il y a de monde, plus les gens se forment une bulle hermétique. Adresser la parole à un inconnu, c’est pénétrer dans sa bulle, violer son espace mental. Avoir les écouteurs sur les oreilles ou lire aide à préserver son intimité dans la foule. Il est donc rare, dans un tel contexte, que des personnes qui attendent l’autobus se mettent à bavarder. 

edito02Mais je vis maintenant dans une ville à dimension humaine où il est fréquent que des inconnus se parlent, par exemple dans le bus ou à l’arrêt. Les premières fois où ça m’est arrivé, le Montréalais en moi a réagi par un malaise de voir sa bulle envahie : «Pourquoi cette personne me parle-t-elle? Je ne la connais pas... Et elle semble si différente de moi.» Puis, avec le temps, j’ai commencé à être plus à l’aise quand ça arrivait. J’ai compris que parler, pour ces personnes, correspond à un besoin de contact humain. Parler de la pluie et du beau temps, ou de l’autobus qui n’est pas à l’heure, ou de sa journée, permet de sortir de l’isolement et d’entrer en relation. Dans ma ville, ce ne sont pas les personnes les plus aisées qui utilisent le transport en commun, ce ne sont pas les plus riches non plus qui sont confinées dans la solitude. Tant de personnes seules dans nos sociétés qui pourtant ne cessent d’inventer de nouveaux moyens technologiques pour communiquer! C’est prouvé, la solitude est toxique, elle a des effets sur la santé tant physique que psychologique et diminue l’espérance de vie. 

Les réseaux prétendument sociaux nous permettent de n’entrer en relation qu’avec ceux qui pensent comme nous, vivent comme nous, votent comme nous... Jésus, lui, entrait en relation avec toutes sortes d’individus, parfois bien différents de lui, de tous les milieux. Alors quand un inconnu me parle, désormais, «j’embarque» dans la conversation. Si ça peut faire du bien à la personne un tant soit peu, pourquoi pas? 

Avec tout ce qui se passe de laid et de désolant dans le monde, ça peut faire du bien, parfois, de ne parler que de la pluie et du beau temps. 

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