ÉDITORIAL par Stéphane Gaudet, rédacteur en chef

Comme toi-même

edito01Un grand commandement se trouve dans le livre du Lévitique (19,18), réitéré par Jésus : «Tu aimeras ton prochain comme toi-même». 

«Comme toi-même»? 

Écartons d’emblée cette interprétation anachronique selon laquelle le commandement nous sommerait de commencer par nous aimer nous-mêmes avant d’aimer les autres. Elle est teintée par la valorisation du moi, caractéristique de notre temps mais étrangère à la mentalité de l’époque biblique. En fait, s’aimer soi-même semblait aller de soi, c’est un présupposé du commandement. Le rédacteur biblique n’était manifestement pas au fait des problèmes de l’estime de soi dont on parle tant de nos jours.  

Aimer son prochain comme on s’aime soi ne signifie pas de s’aimer soi-même avant les autres, mais tout en aimant les autres. Ce n’est pas mal d’aimer notre propre personne. On parle ici d’un sain amour de soi, pas d’égoïsme, de narcissisme, des personnes imbues d’elles-mêmes qui cachent souvent en réalité une estime de soi fragile et un besoin maladif d’être reconnues. Au contraire, l’estime de soi est une condition essentielle à une vie heureuse. La personne qui ne s’aime pas n’aura pas confiance en elle, vivra constamment dans la peur de ne pas être à la hauteur. Elle nouera des relations amoureuses malsaines, basées sur la dépendance, cherchant à être aimée par une autre personne pour combler le vide de l’amour qu’elle n’a pas pour elle-même. Mais quand on ne s’aime pas, les autres ne peuvent nous aimer à notre place! C’est un puits sans fond, une soif jamais rassasiée. 

La personne qui ne s’aime pas peut aimer les autres, mais elle les aimera mal. Aussi, elle ne comprendra pas qu’on puisse l’aimer. Elle sera mal à l’aise avec les marques d’affection qu’on lui porte, aura du mal à recevoir des compliments. 

Dieu nous aime inconditionnellement, tels que nous sommes : imparfaits, incomplets, défectueux. Nous devons aussi apprendre à nous accepter tels que nous sommes et nous aimer comme Dieu nous aime. Dans un verset du psaume 138, le psalmiste écrit : «Merci d'avoir fait de moi une créature aussi merveilleuse.» 

Tristement, tant de personnes naissent dans des milieux où elles ne recevront pas tout ce qui est nécessaire au développement de l’estime de soi. Cependant, ce n’est pas irréversible ! Comme l’écrit le psychiatre Christophe André : «Tout cela peut se construire mois après mois, année après année. Mais je dois prendre l’initiative de ce “chantier psychologique”. Car qui d’autre que moi pourrait effectuer ce travail?» (Imparfaits, libres et heureux, Odile Jacob, p. 66) 

Il n’est jamais trop tard pour apprendre à s’aimer. Les lectures, les thérapies, et surtout l’amour de Dieu, qui nous aime quoi que nous fassions et qui que nous soyons, peuvent nous y aider. Dans notre prière, on peut demander à Dieu de nous aider à aimer davantage les autres, mais aussi à nous aimer davantage nous-mêmes.

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