IL N'EST PAS ENCORE TROP TARD
 par Normand Provencher, o.m.i.

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Un nouveau calendrier! Devant nous, une année toute fraîche qui réserve d'heureuses surprises, l'accomplissement de nos rêves, des épreuves de santé et des échecs. Nos vies se déroulent jour après jour, année après année. Il y a des gens qui se plaignent de manquer de temps; d'autres veulent en finir au plus tôt. Pourquoi donc avons-nous du temps?

Lorsqu’on demande à quelqu’un de bien faire un travail ou encore lorsqu’on le supplie de changer son comportement, la réponse ne tarde pas : «Donne-moi du temps.» À l’ère des ordinateurs, de la tablette, du téléphone intelligent, du four à micro-ondes, nous sommes de moins en moins patients. Nous voulons tout obtenir dans l’instant. 

Mais rien de grand et de beau ne se fait sans le temps. Pour que notre terre soit habitée par des êtres vivants et ensuite par des humains, il a fallu trois milliards d’années. Pour réussir une belle relation, on prend des heures et des heures à se parler et à s’écouter. Les parents savent tout le temps qu’il faut consacrer à leur enfant pour le préparer à affronter la vie et être heureux. Rien ne remplacera le temps pour devenir plus humain, plus lucide, plus libre et créateur. Et ce n’est pas en un jour que nous apprenons à réagir de façon chrétienne aux événements, surtout à la souffrance, et à mettre en pratique le message de Jésus. Plusieurs années sont requises pour nous approcher de Dieu et découvrir peu à peu que nos cœurs ne trouvent la paix qu’en lui. Beaucoup de temps est encore nécessaire à l’humanité et à l’Église pour vivre selon l’Évangile. N’en sommes-nous pas qu’à l’aurore de la réalisation du royaume de Dieu?

Un don de Dieu

il n est jamais trop tard03Dieu est patient et il sait que nous avons besoin de temps pour devenir des femmes et des hommes libres, et aussi des baptisés familiers de l’Évangile. Une autre année nous est confiée. C’est la grâce du temps. Dieu y est intervenu en Jésus, son Fils et le fils de Marie de Nazareth : «Quand est venu l’accomplissement du temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme» (Galates 4,4). Nous ne pouvons pas nous permettre d’être anxieux ni pessimistes devant l’avenir de l’humanité et de l’Église, même s’il nous semble menaçant et sombre. Le temps ne va pas à la dérive puisque Jésus l’a assumé, avec ses limites et ses grandeurs. Lui-même en a eu besoin pour grandir «en sagesse et en taille et, en faveur auprès de Dieu et auprès des hommes» (Luc 2,52). C’est dans notre histoire qu’il a exercé son ministère et qu’il nous a aimés jusqu’au don de sa vie sur la croix un certain vendredi. Au matin de Pâques, il est vainqueur du mal et de la mort. Et cette victoire est en train de nous rejoindre. 

2020. Le calendrier l’indique clairement. Les années sont comptées à partir de Jésus Christ qui a annoncé l’arrivée du royaume de Dieu, un royaume de paix, d’amour et de justice. Et pourtant, que de guerres, d’injustice et de violence! Le temps poursuit sa course sans prendre de pause, comme s’il avait traversé en quelque sorte «le point de non-retour», pour employer le vocabulaire des astronautes. Il a mis le cap sur l’éternité et rien ne pourra l’en faire déroger. En Jésus, Dieu l’Éternel est avec nous pour de bon. Et il revient à Marie, la mère de Jésus, d’avoir contribué à unir l’éternité à notre temps.

Agir dans l’aujourd'hui 

Une nouvelle année s’ouvre devant nous, comme une longue route à parcourir, une maison à construire, un cahier tout neuf à remplir. Cadeau du Seigneur, ne mettons pas le temps sur une étagère, comme un bibelot, pour le garder plus longtemps, car il nous file entre les doigts à chaque seconde. Nous avons la mission d’en profiter, de le remplir et de l’achever. Le passé est terminé, nous ne pouvons le changer; nous devons agir dans le temps présent qui prépare l’avenir. Il nous revient de nous y engager. Dans l’aujourd’hui, marqué et alourdi par le passé, l’avenir se dessine, et jamais sans nous. 

Chaque moment que Dieu nous donne est une occasion de grandir en humanité et d’intensifier notre vie de fils et filles de Dieu. Profitons du temps pour bâtir et non pour détruire, pour aimer et non pour nous renfermer sur nous-mêmes, pour espérer et non pour sombrer dans le découragement. Le temps est donc ce grand espace à remplir de lumière, de beauté, de paix, de présence chaleureuse. Ce n’est pas le moment de nous croiser les bras puisque l’avenir de l’humanité et de l’Église est entre nos mains. 

Découvrir le sens des événements

Ne nous laissons pas distraire et accaparer par tant de choses inutiles. Plus on s’agite, plus le temps passe, vide de sens. Évitons de nous éparpiller et de fermer les yeux. Au contraire, appliquons-nous à découvrir ensemble le sens des événements de nos vies, ceux du monde et de l’Église. Bien des événements qui nous semblent banals deviendront des moments de la longue histoire d’amour et de salut que Dieu tient à vivre avec nous. Et soyons reconnaissants au Seigneur pour tous les temps qu’il nous donne : le temps de l’enfance avec sa fraîcheur et ses rêves, celui de la jeunesse avec ses audaces et ses découvertes, celui de la maturité avec ses réalisations et son expérience, et celui de la vieillesse avec sa sérénité et son détachement. 

Pourquoi ne pas être généreux de son temps? Plus nous en donnons de bon cœur à Dieu et aux autres, plus il est bien rempli et plus nous serons heureux de vivre une autre année, prélude de ce qui nous attend, la vie pour toujours avec l’Éternel. Cela viendra, et dans un avenir prochain...