Les dessous du Code Da Vinci

Noel AlainAlain Noël est éditeur aux Presses de la Renaissance à Paris. Cette maison d'édition propose à ses lecteurs des livres qui abordent les questions spirituelles en s'adressant à un large public. Récemment, Alain Noël s'est intéressé au phénomène Dan Brown. Cet auteur américain a écrit deux romans qui ont connu un grand succès, soit le Code Da Vinci et Anges et démons. Ces deux romans ont suscité la controverse car tous deux élaborent des thèmes qui s'attaquent d'une manière spéciale à l'Église. Alain Noël a analysé ce phénomène en compagnie de Victor Loupan dans un livre qui a pour titre Les démons de Dan Brown. Monsieur Noël et son compagnon remettent les pendules à l'heure en apportant des preuves historiques qui viennent contredire les thèses de Dan Brown. Nous avons rencontré Alain Noël lors d'un séjour qu'il a fait ici en janvier dernier.

 

Alain Noël est éditeur aux Presses de la Renaissance à Paris. Cette maison d'édition propose à ses lecteurs des livres qui abordent les questions spirituelles en s'adressant à un large public. Récemment, Alain Noël s'est intéressé au phénomène Dan Brown. Cet auteur américain a écrit deux romans qui ont connu un grand succès, soit le Code Da Vinci et Anges et démons. Ces deux romans ont suscité la controverse car tous deux élaborent des thèmes qui s'attaquent d'une manière spéciale à l'Église. Alain Noël a analysé ce phénomène en compagnie de Victor Loupan dans un livre qui a pour titre Les démons de Dan Brown. Monsieur Noël et son compagnon remettent les pendules à l'heure en apportant des preuves historiques qui viennent contredire les thèses de Dan Brown. Nous avons rencontré Alain Noël lors d'un séjour qu'il a fait ici en janvier dernier.

Propos recueillis par Jérôme Martineau

Alain Noël s'est intéressé à l'oeuvre de Dan Brown. Il en conclue que Brown joue avec la thèse du complot. Mais, avant tout, il excelle dans l'art du suspense et de la mise en scène. De plus, il laisse ouvertes toutes les questions auxquelles il prétend répondre.


NDC- Votre maison d'édition publie des livres de spiritualité. Y a-t-il encore une place pour ce type de livres sur le marché ?

A. N. - Notre expérience prouve que ces livres répondent à des attentes. Nous voulons aborder la question spirituelle à travers les problèmes de société car nous sommes maintenant confrontés à des situations extrêmement difficiles. La plupart de ces problèmes sont nouveaux. Je donne quelques exemples.

C'est la première fois que la question homosexuelle occupe une telle place dans nos débats. Nous devons réfléchir face à cette nouvelle situation car elle a des répercussions sur la manière de voir la famille. D'autres réflexions doivent être faites sur ce qui concerne la fin de la vie et la bioéthique. Nous publions des livres assez ouverts et nous osons traiter ces sujets par des voies nouvelles. Nous avons abordé le clonage et ses répercussions éthiques et humaines dans un roman. Nous publions aussi des témoignages vécus. Nous sommes cependant attentifs afin de publier des témoignages qui montrent comment des personnes qui ont vécu des situations limites ont pu s'en sortir. Ces témoignages indiquent une voie à suivre.

NDC - Pourquoi les romans de Dan Brown vous ont-ils intéressé au point d'écrire un livre pour rectifier des faits?

A. N. - C'est le deuxième roman de Dan Brown ?Anges et démons ? qui m'a amené à prendre la plume avec un confrère pour écrire sur ce sujet. Les bêtises que Dan Brown racontait dans le Code da Vinci ne me gênaient pas beaucoup. Je me disais que ceux qui adhèrent à la thèse que Jésus avait été l'amant de Marie Madeleine ne connaissaient rien aux évangiles. Cela ne tenait pas debout et je croyais que cela ne servait à rien d'y répondre. D'autre part, je constate que Jésus est une personne qui est aimée par les gens. On ne peut pas lui reprocher grand chose.

La situation est différente dans le roman Anges et démons. Dan Brown attaque délibérément l'Église à travers la question de la science. Il table sur le fait que beaucoup de personnes dans nos sociétés en veulent à l'Église au point de la détester du plus profond de leur être. Plusieurs de ces personnes me ressemblent parce que moi aussi j'ai détesté l'Église. Je peux parler aujourd'hui de mon amour de l'Église parce que j'ai rencontré Jésus Christ.

Il est normal qu'il y ait des polémiques autour de l'Église car son histoire n'est pas blanche comme neige. Mais, il ne faut pas l'accuser sur des points qui ne sont pas justes. Dan Brown fait un procès à l'Église en disant qu'elle est contre les sciences et qu'elle nous cache la vérité.

NDC - Comment avez-vous mené cette enquête ?

A. N. - Le problème avec Dan Brown est qu'il affirme dans les premières pages de ses romans que les faits sont avérés et que les endroits et oeuvres d'art existent vraiment. Or, nos recherches montrent qu'il n'en est rien. On y trouve un tissu de mensonges. Cela ne me dérangerait pas si nous étions vraiment dans un roman. Mais ce n'est pas le cas, puisqu'il affirme que tout a été vérifié. D'autre part, nous avons réagi parce que nous savons que le roman de par sa structure agit beaucoup plus sur les consciences et les intelligences que nous sommes portés à l'imaginer. Nous nous sommes attaqués à l'idée principale de Dan Brown lorsqu'il affirme que l'Église n'aura plus sa place dans le monde lorsque la science aura atteint son plein développement. Il essaie de démontrer dans le roman Anges et démons que l'Église a tout fait pour empêcher le développement des sciences et qu'elle a persécuté les grands scientifiques.

NDC - Dan Brown se sert de l'affaire Galilée pour démontrer sa thèse. Qu'est-ce que vous a révélé votre recherche ?

A. N. - Je remercie Dan Brown de s'être servi de l'histoire de Galilée car cela m'a permis de faire une recherche approfondie sur cette page de l'histoire de l'Église. Je me suis rendu compte que Galilée n'a pas été condamné pour ce que Dan Brown a écrit dans son roman. Pour être honnête, je pensais comme lui que Galilée avait été condamné pour des raisons scientifiques. En regardant les choses de près, on se rend compte que cela n'est pas vrai.

Galilée avait un caractère très spécial. Il faut savoir que le pape était son ami. Il comptait aussi sur l'appui de plusieurs cardinaux. Il s'apprêtait à publier un livre pour faire suite aux recherches de Copernic qui disait que c'est la terre qui tourne autour du soleil. Le pape lui avait demandé de ne pas titrer son livre en faisant référence à Copernic. Des raisons politiques motivaient ce désir du pape car les empires allemand et espagnol accusaient Rome d'abriter des hérétiques. C'est pour cette raison que le pape et plusieurs cardinaux avaient interdit à Galilée de faire référence à Copernic. Il n'a pas obtempéré à cette demande et c'est à partir de la réponse de Galilée que le pape a pris la décision de le condamner. Ce ne sont pas les thèses scientifiques qui causaient le problème. On ne peut donc pas dire que Galilée a été condamné parce que l'Église s'opposait à la science. D'autre part, on ne peut pas affirmer à partir de ce fait que l'Église s'est par la suite toujours opposée au développement des sciences.

Notre recherche nous permet même de dire que le christianisme a inspiré le terreau dans lequel la science s'est développée. Le christianisme est la religion qui a libéré l'homme de la relation magique qu'il entretenait avec le monde. L'enseignement du Christ est venu nous affranchir de la superstition.


Le deuxième roman de Dan Brown publié en français a été lui aussi un succès de librairie. Le roman Anges et démons a provoqué chez Alain Noël une recherche qui l'a amené à rédiger avec Victor Loupan le livre Les démons de Dan Brown afin de donner des réponses aux portes laissées ouvertes par Dan Brown mais surtout pour donner une autre version des relations qui existent entre l'Église et la science.

NDC - Pourquoi donc s'acharne-t-on tant contre l'Église ?

A. N. - C'est vrai que beaucoup de gens ont un mal fou à aimer l'Église. Je pense à ma propre histoire et je constate que j'ai commencé à détester l'Église lors de mon adolescence et cela sans trop savoir pourquoi. Il y a un grand mystère dans cette attitude. Dan Brown affirme haut et fort que l'Église nous cache des choses. Cette réaction est vieille comme le monde. Elle est présente dès le début de l'Église. Les gnostiques – ceux qui enseignent que le salut est possible grâce à la connaissance – ont justifié leur existence dès les premiers siècles en disant qu'une forme d'enseignement de Jésus était cachée aux croyants. Nous ne pourrons jamais empêcher les gens de croire cela.

Dan Brown utilise dans le roman Anges et démons la secte des Illuminati pour véhiculer cet enseignement caché. Dans le roman Code Da Vinci, ce sont les Templiers qui sont les dépositaires du secret. La recherche historique nous montre que cela n'est pas vrai.

Il est certain que l'Église trimballe elle aussi des casseroles qui font du bruit. Des scandales jonchent son histoire mais ce ne sont pas ceux que raconte Dan Brown. Je constate, comme plusieurs autres personnes, que les romans de Dan Brown ont une audience internationale. Des dizaines de millions d'exemplaires ont été vendus. Je ne connais pas la cause d'un tel succès car il y a des milliers de livres qui sortent chaque année qui racontent des histoires semblables mais qui n'obtiennent pas un tel succès de vente. Pourquoi a-t-il obtenu ce succès ? C'est un mystère. Celui qui trouve la réponse et qui l'applique sera riche.

NDC - Pourquoi dites-vous que les romans sont mieux équipés que les livres d'histoire pour livrer un message?

A. N. - Il y a toujours des débats lorsque sort un nouveau livre d'histoire. Les gens soupçonnent les historiens d'avoir privilégié des orientations dans leurs oeuvres. Les gens ont peur de se faire avoir par une thèse. Par contre, le roman propose une oeuvre de fiction. Cela est plus difficile à attaquer car on se dit que c'est le produit de l'imagination de l'auteur. Les lecteurs se sentent davantage rejoints par ce que raconte un roman surtout si les idées véhiculées rejoignent des choses qu'ils pressentaient. Cela les confirme dans leurs opinions. Les esprits faibles prennent cela pour de l'argent comptant.

NDC - Nous devons constater une fois de plus que nous ne connaissons pas l'histoire de l'Église...

A. N. - Nous ne connaissons pas son histoire mais, en plus, nous ne savons pas ce que c'est que l'Église. Nous parlons de l'Église à travers notre expérience paroissiale et les débats nationaux. Mes études en théologie m'ont permis de découvrir que l'Église ce n'est pas juste celle de ma paroisse, ni celle de mon pays. L'Église c'est le monde avec sa diversité. Hélas nous méconnaissons cette dimension de l'Église. Nous croyons connaître l'Église mais nous ignorons beaucoup de choses concernant sa vie. Je remarque aussi que la force de la répétition est plus efficace que nous pensons. Plus nous entendons répéter une aberration, plus elle semble devenir vraie. Je prends l'exemple de Galilée. Tout le monde croit que ce sont ses thèses qui ont été condamnées. Pourtant, j'ai découvert que ce n'est pas vrai. Plus personne ne fait recherche pour trouver la vérité.

NDC - Vous m'avez dit au début de l'entrevue que vous n'avez pas toujours aimé l'Église. Qu'est-ce qui a provoqué chez vous ce retournement ?

A. N. - Ce ne sont pas mesrecherches qui m'ont redonné l'amour de l'Église mais la Vierge Marie. C'est elle qui a brisé le charme qui faisait que je détestais l'Église. Elle m'a fait aimer l'Église malgré ses défauts. Cette transformation est survenue à un moment charnière de ma vie où j'étais tenté par le protestantisme. Je songeais à devenir pasteur et prédicateur. J'avais été séduit par la force de prédication des Baptistes et des Pentecôtistes. J'étais à la veille de poser ce geste lorsque cette question est montée: qu'est-ce que je vais faire de la Vierge Marie ? Pourtant, je ne m'étais jamais préoccupé d'elle. Je suis resté dans l'Église catholique et je peux dire que c'est la Vierge qui a été à la source de ma décision. D'un coup, mon aversion pour l'Église est tombée. Je crois que la Vierge a le pouvoir de faire tomber le charme dans lequel les êtres humains succombent. La détestation de l'Église est un mystère. Nous sommes dans l'irrationnel et Dan Brown joue sur cet irrationnel.

NDC - Qu'est-ce que vous aimez de l'Église?

A. N. - J'ai retrouvé la force des temps liturgiques. Je me suis rendu compte que ma vie n'était plus structurée. Seuls le travail et quelques fêtes rythmaient ma vie. Le rythme annuel que propose la liturgie a été une grâce pour moi. J'ai redécouvert la grâce des sacrements. Dieu les a placés sur notre route pour que nous soyons toujours plus vivants. La vie chrétienne m'a permis de redécouvrir la force du pardon, cette grâce dont nous avons tant besoin aujourd'hui. L'Église est le chemin que nous parcourons ensemble. Il demeure cependant que je suis lucide. Je sais aussi reconnaître que l'Église a des défauts. Il y a des jours où je ne suis pas d'accord avec des positions de l'Église. Je fais alors l'effort honnête d'essayer de comprendre ce qui l'a amenée à prendre telle position en me disant qu'elle a fait un travail que je n'ai pas fait. Il m'arrive à ce moment de reconnaître le bien-fondé de sa position même si je n'y adhère pas.