La santé : un chemin de spiritualité

 

Simard Jean PaulJean-Paul Simard aime explorer les diverses voies de la spiritualité. C'est pour cette raison qu'il a écrit son dernier livre en lui donnant pour titrePèlerinage aux sources de la vie - spiritualité-santé-guérison. Il explore les liens qui unissent la santé et une vie spirituelle équilibrée. Cette voie est nouvelle mais elle répond à des attentes dans la population et chez les chrétiens. Il faut savoir que la santé est souvent identifiée par les sondages comme l'une des préoccupations majeures des gens. C'est pour répondre à cette préoccupation que Jean-Paul Simard a réfléchi aux liens qui unissent la santé et la spiritualité.

Propos recueillis par Jérôme Martineau

NDC - Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à la spiritualité?

Jean-Paul Simard - J'ai enseigné trente-cinq ans le français aux élèves du secondaire. J'ai pris ma retraite à l'âge de 55 ans et je désirais devenir avocat. Je voulais défendre des causes. Je dois dire que cela avait un lien avec mon travail de professeur car l'enseignant doit constamment se défendre devant les élèves. J'ai rencontré par hasard un professeur de théologie de Chicoutimi et je lui ai parlé de mon projet. Cet échange de point de vue m'a fait changé d'idée. J'ai décidé d'aller étudier en théologie.

Tout cela est curieux. Les chemins de Dieu nous réservent des surprises. C'est comme si Dieu m'avait dit que j'allais désormais défendre sa cause en laissant de côté mon désir de devenir avocat. J'ai obtenu un doctorat en théologie. Maintenant j'écris des livres et je prononce des conférences. Je donne aussi dans ma paroisse des cours de catéchèse aux adultes.

NDC –La spiritualité intéresse-t-elle beaucoup les gens?

J.-P. S. - Nous parlons beaucoupdu vide existentiel que plusieurs personnes ressentent. Il y a un énorme déficit de sens dans notre société. Les gens, que ce soit aux États-Unis, au Canada ou en Europe, cherchent un sens à leur vie. Je suis de cette catégorie de personnes qui viennent de prendre leur retraite. De nouveaux défis se posent au fur et à mesure que nous vieillissons. Les personnes en viennent à se poser la question de l'existence de Dieu et du sens de la vie. Elles entrent dans l'âge du grand questionnement. J'aime me rappeler le proverbe qui dit : « Le diable se faisant vieux, se fit moine. »


Jean-Paul Simard est un homme énergique qui à la retraite consacre beaucoup de temps à réfléchir sur la spiritualité. Ses recherches lui ont fait comprendre que la santé est aussi la capacité de comprendre notre relation à la nature.


NDC – Vous dites que vous avez cherché un sens à votre vie et à la souffrance. Quelle a été votre recherche?

J.-P. S. - J'ai d'abord fait une recherche philosophique. La philosophie dit que la souffrance est le contraire de l'appétit de bonheur qui existe chez l'homme. Je suis allé voir ce que le bouddhisme avait à enseigner. Le bouddhisme raconte que nous souffrons à cause de nos désirs et de notre attachement. Il faut donc éviter ce qui nous fait souffrir et il propose le vide mental comme solution. Cette voie est intéressante et je pense que c'est le plus bel effort humain qui a été fait pour trouver une solution face à la souffrance humaine. Ma recherche m'a cependant permis de trouver que la révélation chrétienne donne un réel sens à la souffrance.

NDC –Vous proposez dans votre livre une réflexion sur la santé comme expérience spirituelle. Pourquoi cette voie est-elle nouvelle?

J.-P. S. - Ma réflexion prend comme point de départ le questionnement des hommes et des femmes d'aujourd'hui. Les gens ne veulent pas être malades. Ils veulent guérir. Les personnes acceptent de vieillir mais à condition de ne pas paraître âgées. Les résultats de plusieurs recherches m'ont provoqué et je me suis posé cette question : « Est-ce que la santé peut faire l'objet d'une expérience spirituelle? » Les maîtres spirituels chrétiens ont écrit peu de choses sur la santé. Seule Hildegarde de Bingen, une moniale allemande, a écrit au Moyen Âge un traité à ce sujet.

Je pars du principe que le corps humain est la création de Dieu. Il est le sommet de la création. Je remarque que dans la création le corps est peut-être l'élément le plus négligé. On parle beaucoup de la nature et de l'environnement mais le corps humain est une merveille. C'est pour cette raison que je consacre dans mon livre un long chapitre à la nutrition. C'est la base de la santé. La qualité de notre sang en dépend. C'est une vérité élémentaire de l'existence. Un corps en santé est bien nourri.

Il faut mettre cela en parallèle avec le traitement que l'on a fait du corps dans la tradition chrétienne. Il a été bafoué. Il faut être honnête et le dire. Le corps était vu comme la bête qu'il fallait dompter. Il fallait aussi le mortifier pour contrôler les passions. L'histoire des saints nous le démontre. Nous devons réfléchir autrement lorsqu'on parle du corps. Je dis qu'un véritable être spirituel c'est quelqu'un qui respecte son corps. Je pense qu'il faut faire une vraie théologie de la création et la sortir des soubassements où elle est enfermée.

 

« La sérénité se fonde sur l'acceptation de la vulnérabilité. 
Elle amène à prendre conscience qu'on doit faire ce que l'on peut faire physiquement 
ou moralement, et vivre ensuite sans rancoeur, sans se culpabiliser. »

NDC – Vous savez comme moi qu'il nous est souvent difficile de faire des choix pour mieux vivre en santé. Il y a tellement de choses que nous pouvons consommer et qui sont nuisibles. Comment devenir libres face à tout ce qui nous est proposé?

J.-P. S. - C'est une question importante. L'être humain est fracturé. Nous sommes habités par des forces de mort et de vie. Saint Paul disait qu'il faisait le mal qu'il ne voulait pas faire et qu'il ne faisait pas le bien qu'il désirait tant. Carl Jung a dit que l'être humain est habité par une part d'ombre. Nous observons que la civilisation actuelle oscille entre le mal et le bien. Elle peut aller loin tant dans le mal que dans le bien. L'enjeu principal est de refaire un équilibre dans le monde comme chez la personne.

Nous sommes limités et nous sommes susceptibles de faire des erreurs tant au plan physique, psychologique que spirituel. C'est ici que je fais le lien avec la spiritualité. Dieu est notre créateur et il sait de quoi nous sommes faits. Il sait que nous sommes marqués par notre fragilité et il est le seul qui peut nous refaire. Il m'a créé et il est capable de me recréer. Ce thème parcourt toute la Bible. Dieu s'est choisi un peuple et il l'a recréé tout au long de l'Ancien Testament. Cela a pris du temps. Dieu agit dans le temps. Pour sa part, Jésus s'adresse à l'être humain. Il nous dit qu'il sera avec nous jusqu'à la fin des temps.

J'aime beaucoup donner l'exemple des AA. Est-ce que vous connaissez un mouvement qui opère autant de miracles? Le mouvement des AA est un véritable chemin de croissance et de reconstruction humaine. Les témoignages des ex-alcooliques en démontrent l'actualité. Ils invoquent « l'être suprême ». C'est à ce moment que le lien est fait avec le créateur qui peut reconstruire la personne. Cette dimension a souvent été absente de l'expérience spirituelle.

NDC – Quels liens faites-vous avec l'enseignement et la vie de Jésus?

J.-P. S. - Jésus est venu sur terre pour nous guérir. Il faut lire l'évangile de Matthieu pour s'en convaincre. Les disciples de Jean-Baptiste viennent demander à Jésus qui il est. Il leur répond en ces termes : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » (Mt 11, 4) Il faut faire connaître la mission de guérison du Christ. La société est mûre pour entendre ce message. Il y a tellement de personnes qui cherchent un élixir de vie un peu partout.

NDC – La foi peut-elle guérir?

J.-P. S. - Les sciences humaines définissent la personne humaine comme un être biologique, psychologique et social. Tout cela est vrai. Elles oublient la dimension spirituelle qui est tout aussi importante. Je constate que cette dimension est de plus en plus considérée dans le processus de guérison. Il y a un neurologue que je connais qui demande à ses patients s'ils pratiquent leur religion ou s'ils ont la foi. Il pose cette question parce qu'il a remarqué que les individus qui ont intégré la foi dans leur vie sont plus faciles à traiter et qu'ils guérissent plus rapidement. Cela a été démontré par des centaines d'études menées au États-Unis. Je parle ici des personnes qui ont établi une relation profonde avec Dieu.

Il faut vraiment s'occuper de son âme. Le sociologue Jacques Grand'Maison a écrit que nous sommes des géants sur le plan matériel mais des nains sur le plan spirituel.

NDC –Vous écrivez que le cheminement spirituel est une longue route qui demande que l'on écoute notre voix intérieure. Pourquoi?

J.-P. S. - C'est très important! Nous baignons dans un monde matérialiste et nous sommes sollicités de toute part. On nous demande d'être productifs et de prendre le moins de temps possible pour faire nos tâches. L'expérience spirituelle ne peut se mener dans un tel cadre de vie. La vie spirituelle demande du temps pour prier et méditer. Il faut que je puisse m'arrêter pour sortir du cycle de la production pour retrouver le rythme de la vie intérieure. Le pèlerinage intérieur permet de retrouver la source de la vie. Nous pouvons faire de très beaux pèlerinages à pied en allant à Saint-Jacques-de-Compostelle ou en empruntant au Québec le Chemin des sanctuaires. Un autre pèlerinage peut être mené dans la prière. Il faut être capable de faire le point sur sa vie et explorer ses terres intérieures. Ce pèlerinage comporte des richesses extraordinaires.

Les activités liées à l'intériorité manquent beaucoup à l'être moderne. Il est important que nous puissions nous arrêter pour méditer et contempler. Ce n'est pas nécessaire d'aller très loin. Il suffit de se rendre dans la nature. Quant à moi qui réside à Chicoutimi, j'aime sillonner la route du fjord. Je m'arrête et je contemple l'un des plus beaux paysages du monde. Cela fait du bien à l'âme.

NDC – Cette démarche se déroule dans le temps présent. Pourquoi est-ce si important de consacrer de l'attention au temps présent?

J.-P. S. - L'attention à apporter au temps présent est importante autant en philosophie qu'en spiritualité. Il faut savoir que le passé ne nous appartient plus. L'avenir n'est pas encore en notre possession. Je suis le seul maître du présent. C'est sur le présent que je peux exercer une action. La sagesse enseigne qu'il faut vivre le temps présent. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus disait que le passé ne nous appartient plus alors que l'avenir est à Dieu. La grâce nous est donnée pour vivre le temps présent.

Le présent est le temps de Dieu parce qu'on dit que Dieu vit dans un éternel présent. Nous devons entrer dans la dimension de Dieu. On peut établir une relation solide avec Dieu seulement si nous vivons le temps présent. Cela ne veut pas dire de cesser de préparer notre avenir.

NDC – Comment cela se traduit-il dans votre vie?

J.-P. S. - Je ne dis pas que je suis parfait. L'alimentation est pour moi une chose essentielle. L'être spirituel doit bien nourrir son corps. Il est aussi important de bien respirer. Dieu nous a créés libres et il n'entre jamais par effraction dans notre vie. Il faut pouvoir amorcer notre démarche nous-mêmes. J'aime enseigner que c'est Dieu qui nous recrée. Il faut cependant lui demander de le faire. J'ai expérimenté cela dans ma vie. J'invoque constamment le Dieu créateur pour qu'il redresse ma ligne de vie. J'ai vu des personnes écrasées qui ont vu leur vie changée parce que Dieu est venu les recréer. Tout le monde a accès à ce Dieu. Il m'arrive de « prendre le champ », alors je me tourne de nouveau vers lui. C'est le combat de toute une vie.


Pèlerinage aux sources de la vie

Le dernier livre de Jean-Paul Simard propose une démarche qui permet aux lecteurs de mieux comprendre les liens qui unissent la santé et la vie spirituelle. Cette relation n'a pas beaucoup été étudiée. Jean-Paul Simard nous invite à célébrer la vie. Est-ce que nous prenons réellement conscience du don de la vie? Voilà la question qu'il pose. « Dans ce qui a été créé, rien ne dépasse la vie », écrit-il.

Ce livre consacre des chapitres à l'alimentation, à la marche, à la prière et à la respiration. Il termine son livre par un chapitre consacré à la sérénité.

Jean-Paul Simard, Pèlerinage aux sources de la vie – spiritualité-santé-guérison, Éditions Anne Sigier, 2006, 409 pages, 29.95$