Une religion subversive

Denis Jean PierreJean-Pierre Denis dirige la rédaction du magazine hebdomadaire chrétien La Vie à Paris. Marié et père de quatre enfants, Jean-Pierre Denis est un spécialiste de l’actualité religieuse. Il se penche sur la question de l’avenir du christianisme en disant que la religion chrétienne est une religion subversive parce qu’elle propose des valeurs qui vont à contre-courant de la société de consommation. Il a expliqué sa pensée dans un livre  qui a pour titre Pourquoi le christianisme fait scandale. Jean-Pierre Denis propose dans ce livre que les chrétiens mettent davantage en valeur ce qu’il appelle «les valeurs faibles» car le christianisme est plein de ressources qui peuvent être très utiles pour la société contemporaine.

NDC – Pourquoi avoir écrit un livre sur le thème du christianisme qui fait scandale ?

Jean-Pierre Denis – Ce livre est le résultat de 15 ans de travail durant lesquels je me suis interrogé sur la crise du christianisme. J’ai passé en revue plusieurs questions : est-ce qu’il aurait fallu changer certaines choses ? Aurait-on dû procéder autrement après le concile ? De fil en aiguille j’en suis arrivé à la conclusion qu’il n’y a pas qu’une crise du christianisme mais qu’il y a avant tout une crise de la culture contemporaine. Le christianisme fait partie de la culture et la crise de la culture affecte  la religion chrétienne tout aussi bien que l’école et la famille. Toutes les institutions sont aux prises avec cette crise.

NDC – Comment cette crise s’exprime-t-elle ?

J.-P. D. – J’ai été frappé de constater que la contre-culture des années 1970 est devenue la culture d’aujourd’hui. Cette nouvelle culture a complètement triomphé et elle a transformé entre autre les relations hommes-femmes. Elle a fait voler en éclat bien des traditions qui caractérisaient une société corsetée par des obligations. Cette nouvelle culture a fait cela au nom de la libération individuelle. Cette révolution culturelle a si bien réussi que cette réussite se traduit de manière un peu tragique par le triomphe du marché.  L’individu a été totalement libéré et il n’y a plus rien pour le protéger du «Marché». Je mets une majuscule au mot «Marché» parce que la logique marchande régit maintenant tous les rapports sociaux. 

Je donne un exemple. Les liens entre les générations étaient auparavant de l’ordre de la solidarité familiale. Les plus jeunes générations s’occupaient des parents et des grands-parents. Aujourd’hui, la dépendance liée au vieillissement de la population est jugée comme un risque et il faut constamment assurer ses arrières. Il y a maintenant des entreprises qui s’occupent des personnes âgées. Les relations humaines sont de plus en plus «marchandisées» et l’individu est de plus en plus seul.

Je propose un autre exemple. Je pense à l’entreprise Google sur Internet. Cette compagnie a fait une promesse utopique. Elle a promis de libérer le savoir afin qu’il soit gratuit, accessible et universel. Google est devenue une machine à vendre de la publicité et cette machine a besoin de savoir où sont les consommateurs et leurs habitudes d’achat. Nous sommes entrés dans la logique totalitaire du marché. Cette logique doit être remise en question. Je pense que le christianisme est la seule instance  dans notre société qui peut critiquer cela. Toutes les sociétés occidentales sont confrontées au fait que le marché est tout-puissant et que l’individu est réduit à son rôle de consommateur.

NDC – Vous décrivez dans votre livre le grand mouvement de transformation sociale qui a marqué les années 70. On y prônait la liberté et la simplicité de la vie. Qu’est-ce qui est arrivé pour que cela change ? Est-ce un échec ?

J.-P. D. – Ce n’est pas un échec, mais plutôt un succès tragique. Les petits mouvements alternatifs des années 60-70 ont réussi à tout transformer : la mode, la famille et le droit. Les relations hommes-femmes ont été repensées. La tragédie réside dans le fait que cette libération n’a pas amené les résultats attendus. L’intention de départ était généreuse et libératrice mais nous sommes rapidement entrés dans la logique du marché. La seule norme qui demeure est celle de l’argent. Celle-ci n’a pas été remise en question. Pourtant, au point de départ, les réformateurs voulaient remettre en question la place de l’argent.

NDC – Les christianisme a-t-il compris ce qui était en train de se passer ?

J.-P. D. – J’ai l’impression que les chrétiens ont été trop souvent décalés. D’abord, le concile Vatican II est arrivé cent ans trop tard. Ce concile voulait adapter l’Église à la modernité. Il aurait dû avoir lieu au 19e siècle. À cette époque, l’Église était obsédée par la perte des États pontificaux. Elle en était à gérer la redéfinition du rôle de la papauté. Cela l’a empêchée de s’adapter. L’Église est devenue à cette époque une puissance spirituelle et non plus temporelle. Elle a trop attendu pour rattraper le retard.

L’Église a trop mis d’attention à gérer l’opposition entre les progressistes et les conservateurs. Pendant ce temps nous avons assisté à l’émergence d’un troisième homme qui n’est ni conservateur ni progressiste mais qui est devenu indifférent. Ce nouvel homme se détermine par lui-même. Il n’attend plus que d’autres lui dictent ses comportements. Cet homme est né dans la deuxième moitié du 20e siècle. Face à ce nouvel homme, la démarche religieuse doit revenir à la question du sens et répondre aux questions fondamentales : qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce que la mort ? L’amour sert à quoi ? L’Église est encore trop obsédée par ses clivages idéologiques. Elle doit aussi se rendre compte que les solutions miracles ne marchent pas. Il faut sortir de la logique de la défense d’un pouvoir qui a été perdu pour toujours. La position chrétienne est celle de l’annonce de propositions qui permettent d’exposer des valeurs qui sont nécessaires à notre société. Je me suis amusé à faire le catalogue de ces valeurs. Le catalogue n’est pas complet mais il comporte des valeurs intéressantes. En voici quelques-unes : la fragilité, la chasteté, le lien avec l’invisible, la place du don et de la gratuité dans la société. Ce sont des valeurs que le christianisme défend depuis toujours. Ce ne sont pas des valeurs agressives. C’est pour cela que je les appelle les valeurs faibles. Ces valeurs sont tout en bas des valeurs proposées par la société marchande. Ces valeurs faibles sont profondément évangéliques. C’est le Christ qui les a proposées. Il faut arrêter d’avoir les complexes d’une Église qui défend le passé. Ces valeurs faibles sont des valeurs innovantes.

Je m’arrête un instant pour parler de la fragilité. Notre société est en train de prendre conscience qu’elle doit s’autolimiter. La planète est fragile. Il y a longtemps que les chrétiens disent que l’homme est fragile. Nous avons quelque chose de pertinent à dire sur l’avenir de l’homme qui nous met en avance sur notre temps.

NDC – Quelle voie faut-il emprunter pour se faire entendre ?

J.-P. D. – Il faut apprendre à connaître qui nous sommes. Il y  a des chrétiens qui sont encore à la recherche d’une gloire passée. Il faut avoir l’humilité de revenir à nos sources. Je ne dis pas qu’il faut revenir à un christianisme originel qui serait pur par opposition à un christianisme traditionnel qui serait dévié. La tradition fait partie de nos sources et elle est un chemin de vie. Le simple fait de marcher sur un chemin que d’autres ont emprunté fait partie des valeurs profondes du christianisme. Il faut en finir avec la nostalgie de la puissance. Nous devons nous libérer du fantasme conservateur de la puissance comme du fantasme progressif de la puissance. Par ces fantasmes, nous voulons rester au centre du monde. Oui, nous sommes des marginaux.  Le christianisme est marginal. Ce n’est plus lui qui dicte les lois mais il peut cependant être porteur de la Loi au sens biblique du terme. Les chrétiens ont à être des témoins dans notre société. Ce n’est pas la même chose. Nous devons faire notre deuil d’un monde qui s’effondre et je pense que nous prenons trop de temps à gérer le déclin de nos Églises. Je constate qu’en France les évêques commencent à prendre conscience de cela. Arrêtons de gérer le déclin et soyons libres de dire ce que nous croyons. Les gens sont intéressés par notre expérience de vie.

NDC – Vous affirmez que le christianisme est un principe de contradiction. Qu’est-ce à dire ?

J.-P. D. – Il faut faire un petit retour historique. Nous avons été dans un premier temps obnubilés par la pensée ou la stratégie de l’enfouissement qui consistait à enlever tous les signes visibles au fur et à mesure que la société se déchristianisait. Les chrétiens se sont fondus dans la sécularisation. Ils l’ont fait, je crois, avec beaucoup de générosité mais aussi avec de la naïveté. La société a besoin de signes et les chrétiens peuvent en proposer. Il faut éviter une autre voie qui est celle de la fuite,  disant que tout ce qui est dans le monde est mauvais. Nous pouvons alors nous enfermer dans une citadelle en disant que nous avons toute la vérité. Cette logique m’apparaît folle et illusoire et elle a toutes les chances de transformer l’Église en une secte. En bout de ligne le marché s’accommodera bien d’une petite Église de purs qui vit enfermée dans ses certitudes comme le font les Amish. Il faut sortir de cette double illusion qui est celle de la fuite et celle de l’enfouissement. J’essaie de trouver une troisième voie qui serait un chemin de crête. Un chemin qui soit à hauteur d’homme et qui réponde aux questions posées par notre monde. Les gens ne cessent de nous poser ces questions sur le sens de la vie, sur le sens de l’amour.

Nous devons proposer un christianisme qui soit contestataire. Il faut être capable de dire que le marché est quelque chose de bon mais il n’y a pas que cela dans la vie. D’autre part, nous ne pouvons pas  proposer un discours uniquement fondé sur la peur. Nous n’allons intéresser que ceux qui craignent la fin du monde. Le christianisme doit interpeller c’est à partir des questions que nous posons que nous allons intéresser nos contemporains. Il y a tellement de gens qui se posent des questions sur le bonheur alors que la société ne peut rien pour eux. Il faut pouvoir leur répondre, sinon nous porterons une lourde responsabilité.

NDC – Cela ne suppose-il pas de mieux connaître les valeurs évangéliques ?

J.-P. D. – Il faut en effet en retrouver le sens profond, de même que le sens des sacrements. Je consacre dans mon livre un développement concernant l’Eucharistie et la messe du dimanche. Je pense que l’Église, en défendant un moment de liberté et de gratuité,  envoie un message très fort à la société. L’Eucharistie est révolutionnaire parce qu’elle montre l’importance du don total. Elle pose de manière aiguë le don que Jésus fait de lui-même. L’Eucharistie nous ouvre à la nécessité de nous donner à cette société. Nous ne devons pas nous laisser enfermer par le ritualisme. Le rituel de la messe ne nous enferme pas. Il nous ouvre aux préoccupations de notre temps. Il faut proposer l’Évangile en dehors de nos opinions idéologiques. Nous sommes toujours tentés d’utiliser l’Évangile à des fins personnelles. Les valeurs évangéliques ne nous appartiennent pas. Ce sont des valeurs qui nous portent. Il faut les proposer à la société comme des valeurs actuelles.

NDC – Vous êtes marié, journaliste et père de quatre enfants. Quelle est votre espérance ?

J.-P. D – Je me souviens d’une parole du romancier Georges Bernanos. Il a dit que le péché le plus grave est le péché contre l’espérance. Depuis le Vendredi saint, la question de l’espérance est difficile mais elle est la substance même du christianisme. Nous vivons à une époque très favorable. Je suis optimiste. Nous nous sommes débarrassés de nos nostalgies. Nous sommes en train de nous défaire de nos ruines. Nous avons l’avenir du christianisme dans nos mains car nous portons des valeurs faibles qui sont dans les faits des valeurs extrêmement puissantes parce qu’elles sont faibles dans notre société.

Pourquoi le christianisme fait scandale 

Jean-Pierre Denis affirme dans son livre que seul le christianisme peut sauver le réel. Le directeur de la rédaction du magazine La Vie montre que le christianisme est au service de la libération de l’homme.

Éditions du Seuil, 2010, 341 pages. On peut consulter le site web du magazine La Vie :  www.lavie.fr

 

La vocation chrétienne aujourd'hui

Theobald ChristofLa vocation chrétienne est un enjeu de l’engagement chrétien. Des hommes et des femmes répondent à l’appel de suivre le Christ à travers divers modes de vie. Les uns le font dans le mariage, d’autres dans la vie religieuse ou dans le sacerdoce. Pour le théologien Christoph Theobald, la vocation chrétienne est au service de notre métier d’homme et de femme. Le père Christoph Theobald est jésuite et il enseigne au Centre Sèvres à Paris. Il est l’auteur d’un livre qui a pour titre Vous avez dit vocation ? Il propose dans ce livre une démarche pour aider  le chrétien à accéder à l’expérience de la vocation et à discerner aujourd’hui la sienne.

NDC – Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à la situation de la vocation chrétienne ?

Christoph Theobald – Deux événements m’ont amené à rédiger ce livre. Une expérience a vu le jour en 1998. J’anime avec deux autres personnes une formation destinée aux jeunes qui terminent leurs études ou qui débutent leur vie professionnelle. Ces jeunes âgés entre 22 et 32 ans cherchent une orientation. Cette formation est assez exigeante. Ils sont appelés à vivre un week-end qui porte sur leur choix aux orientations que peut prendre leur vie. J’ai rencontré à ce moment des jeunes qui posaient la question de la vocation. J’ai ensuite fait le lien avec la recherche de ma propre vocation dans les années 1960.

Ma réflexion a été interrogée par la situation actuelle de l’Église. Nous avons pendant l’année sacerdotale qui s’est déroulée en 2009 réduit le problème de la vocation à la seule vocation sacerdotale ou à la vocation religieuse. Cette notion de vocation est trop étroite. Je voulais réagir par rapport à cela. Nous parlons dans l’Église actuelle du problème des ministères dans les communautés chrétiennes. Je me suis dit  que nous devions en arriver à créer une véritable culture vocationnelle dans le sens le plus large du terme dans nos communautés chrétiennes.

NDC – Dans quel sens parlez-vous de la vocation ?

C. T. – Il y a d’abord ce que le concile Vatican II a appelé la vocation humaine. C’est le niveau le plus fondamental. Il s’agit de la conviction que tout être humain, homme et femme, a un itinéraire unique à parcourir tout au long de sa vie. Ce chemin n’est pas facile à emprunter. Il est parsemé d’embûches et de ruptures. Pourtant, il possède une trajectoire. Il y a une sorte de fil rouge qui en fait l’unité. Il faut beaucoup d’écoute pour accéder à cette vocation.

La vocation chrétienne est le deuxième niveau. Ce niveau se greffe sur la vocation humaine. La vocation chrétienne est au service de la vocation humaine. Il s’agit de la manière concrète de vivre sa vocation humaine à la suite de Jésus Christ. Nous sommes appelés à greffer notre existence à la sienne.

C’est à partir de cette identification à la vie de Jésus que la personne est appelée à identifier des charismes particuliers qui sont, comme le dit saint Paul, des manières concrètes de vivre la vocation chrétienne. J’analyse dans mon livre cette vocation qu’est le mariage. Le mariage est une vocation et non seulement un état de vie. Oui, c’est une véritable vocation que d’aller jusqu’au bout avec un partenaire durant toute son existence. Le célibat est une vocation. Pour plusieurs, cet état de vie leur est imposé mais elles peuvent devenir libres à l’intérieur de cette vie. Il y a différentes manières de vivre la vocation chrétienne.

NDC – Vous insistez dans votre livre sur l’écoute. Pourquoi est-il si important d’écouter lorsqu’il est question de sa vocation ?

C. T. – L’expérience de l’écoute est fondamentale. L’écoute permet à l’être humain d’accéder au langage, à la parole. L’écoute est presque une attitude plus importante que la vision de l’image. Nous en avons un bel exemple dans la Bible lorsque le jeune Samuel entend l’appel. Il faut savoir que l’écoute occupe la première place dans la culture biblique. Ils sont nombreux et nombreuses dans la Bible les hommes et les femmes à s’être mis à l’écoute. Saint Paul nous a dit que la foi et l’écoute obéissante sont une seule et même chose. La foi vient de l’écoute.

Revenons à Samuel qui a entendu l’appel de Dieu. Cette expérience raconte une confusion fondamentale dans laquelle tout être humain se trouve. Nous devons pouvoir distinguer entre la voix parentale et la voix de l’Autre qui pour nous est la voix de Dieu. Enfant, nous entendons d’abord la voix de nos parents. Cette voix nous autorise à exister et elle nous invite à aller plus loin dans l’existence. Le père et la mère adressent à l’enfant une parole de bonté. Cette parole est une parole ambiguë qui à un moment donné nous emprisonne d’une certaine manière. Il y a une sorte de décrochage qui se produit et l’enfant n’entend plus la seule voix des parents. Il y a au fond de moi une voix absolument unique qui s’adresse à moi et qui m’autorise à aller jusqu’au bout de mon existence. Dans la Bible, le jeune Samuel est convoqué et c’est à ce moment qu’il peut dire : «Me voici !» Auparavant, Samuel a confondu trois fois la voix du Seigneur avec celle d’Élie, la voix parentale.

NDC – L’Église d’ici est frappée par le tarissement des vocations sacerdotales et religieuses. Est-ce un effet de la société de consommation ?

C. T. – La société québécoise que je ne connais pas bien a cependant subi une rupture qui remonte aux années 1960. Une distinction s’est opérée entre la culture catholique d’un côté et d’un autre côté la recherche d’autonomie de l’être humain. Cette rupture joue un grand rôle dans ce qui se passe actuellement. Dans la culture catholique le mot vocation a fait habituellement référence à la vocation sacerdotale et à la vocation religieuse. Cela correspondait à une figure sociale extrêmement précise et bien codifiée avec par exemple son propre rite vestimentaire. Nous avons oublié l’expérience vécue derrière la figure sociale. Actuellement la figure sociale est en train de disparaître. Il faut maintenant faire référence à l’expérience elle-même. Il ne faut pas commencer par le bout de la chaîne en parlant d’abord des vocations particulières. Je pense que nous devons réintroduire une culture vocationnelle. Il faut d’abord parler de la vocation humaine.

NDC – La première vocation est-elle donc le service de l’homme ?

C. T. – Oui, c’est-à-dire vivre son existence humaine. Cela ne va plus de soi aujourd’hui. Il faut faire un acte de foi et se dire que cela vaut la peine d’aller jusqu’au bout. Nous voyons bien que c’est de l’ordre d’un appel. Chacun doit entendre un appel qui l’autorise à aller au fond de son désir. La foi, c’est croire ce que cette voix nous dit. C’est la foi qui nous permet de croire que nous pouvons aller jusqu’au bout.

NDC – La vie de l’Église nous montre maintenant qu’il y a beaucoup de personnes qui sont au service des communautés chrétiennes sans être ordonnées. Est-ce une nouvelle forme de vocation ?

C. T. – J’aborde cette situation dans mon livre. Il y a présentement dans l’Église beaucoup de personnes, surtout des femmes, qui sont appelées à travailler dans les services ecclésiaux. Je pense entre autre à la catéchèse. Plusieurs de ces fonctions étaient exercées par des prêtres. J’aime bien dire quelquefois qu’il y a un troisième clergé qui est en train de naître. Nous, les prêtres qui formons le clergé traditionnel, puis les fraternités diaconales avec les diacres permanents et celui occupé par des laïcs engagés en Église. C’est une ruse de l’histoire. Ce troisième corps est composé des permanents en pastorale. Ce corps est totalementdésymbolisé et très fonctionnarisé. Il est laïc et donc non-ordonné. Très souvent les personnes qui occupent des postes n’ont pas reçu une lettre de mission. Elles ont un statut extrêmement difficile dans l’Église. Elles font des choses mais on ne les autorise pas réellement à les faire. Il y a parmi ces personnes celles qui sont bénévoles et d’autres pour qui les tâches pastorales sont leur occupation principale. Ces individus ont une véritable vocation apostolique.

NDC – Nous en sommes donc rendus à un point limite. Est-ce que cela peut changer ?

C. T. – C’est la ruse de l’histoire et de l’Esprit saint. Je ne relativise pas le ministère apostolique. Il n’y a pas d’Église sans ce ministère. Les figures qu’a prises le ministère des prêtres ont varié depuis 2000 ans. Nous sommes présentement au Québec à la fin d’un cycle culturel et il y a déjà quelque chose qui est en train de naître. Il y a actuellement un croisement de l’ancien et du nouveau. C’est le point limite dont vous venez de parler. Il y a du nouveau qui émerge mais qui n’est pas encore reconnu à son véritable niveau.

NDC – Une nouvelle manière de voir le ministère dans l’Église est-il en train de naître ?

C. T. - Il y a quelque chose qui est en train de naître avec des difficultés énormes. Ce changement avait été souhaité par le concile Vatican II. Les laics occupent plus de place mais il ne faut pas cléricaliser les laïcs qui travaillent dans l’Église. C’est cela la difficulté. Le concile souhaitait que l’Église soit présente dans la société. Je pense au secteur de l’éducation, des hôpitaux et du monde de la famille. L’apostolat des laïcs s’y exerce et je suis certain que plusieurs de ces personnes vivent une vocation apostolique au sens particulier du terme. Ces laïcs exercent des ministères à l’intérieur des communautés et cela donne place à une grande diversité. Nous y trouvons des personnes compétentes. Autrefois, le prêtre était un généraliste, il faisait tout. Aujourd’hui nous vivons à une époque où les rôles sont différenciés et cela même dans la vie pastorale. Un prêtre peut être habile à préparer des mariages mais il n’est pas fait pour célébrer des funérailles. Des laïcs savent souvent mieux faire. Cette différenciation est un appel d’air à l’intérieur de l’Église.

NDC – Ultimement, n’est-ce pas Jésus qui séduit ceux et celles qui se mettent à sa suite ?

C. T. – La vocation de suivre Jésus est commune à tous les chrétiens. Il y a dans le Nouveau Testament deux manières de parler de cela. Les évangiles parlent de suivre Jésus alors que saint Paul nous invite à imiter Jésus Christ. Les évangiles utilisent un langage plus charnel qui est celui de suivre le maître durant sa mission et cela de village en village pour voir comment il fait pour annoncer le Royaume. Les disciples ont appris de lui la nouvelle manière de vivre. Pour saint Paul, le langage de l’imitation vient du grec. Il fait référence à la pédagogie grecque de cette époque basée sur l’exemple, sur l’imitation. Le maître donne l’exemple. Saint Paul, dans la lettre aux Thessaloniciens, demande à ses lecteurs de l’imiter comme lui est l’imitateur de Jésus Christ. Le langage de la suite de Jésus et celui de son imitation sont proches tout en ayant des accents différents. Pour devenir nous-mêmes, nous devons «suivre» ceux qui nous engendrent ou les «imiter».

NDC – Que voulez-vous dire lorsque vous dites qu’il faut développer une culture de la vocation ?

C. T. – Il faudrait que les services vocationnels qui existent sortent un peu de l’esprit du recrutement. Il y a plus de trente ans, le cardinal Marty, archevêque de Paris, avait utilisé ce slogan : «J’embauche !» Je crois qu’il faut sortir de cet esprit-là. Il y a une conversion à vivre ensemble dans les communautés chrétiennes. Il ne faut pas rêver d’un impossible retour. Il faut réfléchir et regarder ce que Dieu nous donne maintenant dans une communauté chrétienne. Il nous donne des hommes et des femmes. Il nous donne des jeunes et des voisins qui sont peut-être des sympathisants. Il nous donne aussi des adversaires. Réfléchissons à l’itinéraire unique de chaque personne. La culture vocationnelle commence par là. Éduquons les chrétiens à voir cela afin de comprendre que chaque chrétien a sa propre vocation chrétienne au service de la vocation humaine. C’est ainsi que nous découvrirons les vocations particulières que Dieu nous donne.

La crise : une chance pour la foi

Souletie Jean LouisL'Église traverse une grave crise dans plusieurs pays d'Occident. Cette crise permet à plusieurs personnes de réfléchir sur ses conséquences. D'autres pensent qu'une telle traversée du désert est bénéfique pour les chrétiens à condition d'en comprendre les enjeux. C'est le travail que fait Jean-Louis Souletie, professeur à l'Institut catholique de Paris et prêtre de la Congrégation des frères missionnaires de sainte Thérèse. Pour lui, la crise est une chance pour la foi. Il a répondu à nos questions lors d'un séjour qu'il a fait à l'Université Laval le printemps dernier.

L'Église traverse une grave crise dans plusieurs pays d'Occident. Cette crise permet à plusieurs personnes de réfléchir sur ses conséquences. D'autres pensent qu'une telle traversée du désert est bénéfique pour les chrétiens à condition d'en comprendre les enjeux. C'est le travail que fait Jean-Louis Souletie, professeur à l'Institut catholique de Paris et prêtre de la Congrégation des frères missionnaires de sainte Thérèse. Pour lui, la crise est une chance pour la foi. Il a répondu à nos questions lors d'un séjour qu'il a fait à l'Université Laval le printemps dernier.

Propos recueillis par Jérôme Martineau

NDC - Comment en êtes-vous arrivé à réfléchir sur la crise quetraverse l'Église dans plusieurs pays?

J.-L. S. - J'ai été amené à faire cette étude en lien avec mes recherches. J'ai étudié la pensée de plusieurs grands théologiens du XXe siècle et je me suis aperçu qu'ils parlaient de ce siècle comme étant un temps de crise. D'autre part, mon activité pastorale sur le terrain me fait percevoir les préoccupations des gens et je me suis aperçu que plusieurs catholiques vivent cette crise comme étant une catastrophe. Des signes visibles nous démontrent l'ampleur de la crise : baisse des vocations sacerdotales et de la fréquentation du catéchisme par les jeunes.

Or, la théologie ne perçoit pas la crise comme étant une catastrophe mais plutôt comme une transformation. La crise comporte des soubresauts et elle est souvent complexe à gérer. Il n'en demeure pas moins que ce processus de transformation ressemble à la chenille qui accepte de muer vers l'état de papillon. J'en suis progressivement venu à penser que cette crise peut servir d'amorce à un renouvellement de la manière de vivre la foi.

NDC – Quelle est l'origine de cette crise?

J.-L. S. - Du point de vue européen, je crois que l'on peut affirmer que cette crise a commencé lors de la Révolution française en 1789. En disant cela, je dois constater que l'Église ne traverse pas la première crise de son histoire. Il y a eu dès les premiers siècles d'importantes mutations qui ont été vécues. L'arianisme a été une crise considérable. L'Église était devenue hérétique presqu'aux trois quarts. Une lecture des écrits de saint Augustin au Ve siècle nous permet de constater qu'il y avait à cette époque une crise des vocations. Saint Augustin déplorait un grave manque de prêtres.

La Réforme au 16e siècle a été elle aussi une grande crise. Luther, en créant le protestantisme, a déclenché une véritable onde de choc. Je pense de nouveau à la Révolution française. Les chrétiens de ce temps pensaient que le ciel leur était tombé sur la tête. La crise industrielle a provoqué au XIXe siècle une autre période instable dans l'Église. Les deux grandes guerres du XXe siècle ont causé bien des remous. L'histoire nous montre que presque toutes les époques ont connu des crises de civilisation.

La crise que nous vivons remonte donc à une époque où l'individu est devenu roi. Nous avons assisté à la montée de la place de la personne dans la société. Ce ne sont plus les collectivités qui sont premières. D'un autre côté nous observons que le pluralisme des valeurs, des idées et des religions s'exprime partout. De plus en plus de personnes veulent croire sans l'Église. Des enquêtes menées en Europe démontrent que les jeunes de 15 à 18 ans pensent qu'il n'y a pas une religion plus vraie qu'une autre. Les jeunes affirment aussi qu'ils peuvent croire ce qu'ils veulent puisque toutes les idées et les opinions sont devenues relatives. Nos contemporains ne se questionnent pas sur la valeur de telle ou telle religion mais sur ce que la religion permet de faire, ce qu'elle permet de vivre. C'est là à mon avis que réside un réel défi pour l'Église.

La crise de l'Église ne vient ni des difficultés qu'elle aurait à s'adapter aux mentalités modernes, ni de l'hostilité du monde moderne à son égard, mais de son incapacité à devenir conforme au Christ. C'est cette incapacité qui a provoqué l'alternative dangereuse « Jésus, oui, l'Église non. »

 

 « La foi est cet abandon à la proximité de Dieu qui transforme l'être humain. »

Jean-Louis Souletie

NDC – C'est donc dire que la crise devrait stimuler notre action?

J.-L. S. - C'est l'analyse que je fais. Le défi pour l'Église n'est pas tant de voir ce que les gens croient mais de savoir ce que la foi permet de vivre. De ce point de vue, toutes les religions sont au même niveau. Par exemple, le judaïsme comme le christianisme doivent nous montrer quelle société ils permettent de construire. Les religions doivent montrer quel niveau d'humanisation elles proposent. Les gens ne les regardent plus seulement comme des doctrines mais plutôt au niveau de leurs actions. Ils veulent voir comment ces doctrines peuvent permettre d'inventer la vie.

NDC – Vous affirmez que la foi doit nous mettre dans un état de crise. Qu'est-ce à dire?

J.-L. S. - C'est pourtant une réalité simple et étonnante. Les évangiles nous montrent que Jésus provoque des états de crise chez ses interlocuteurs. Il les pousse à étaler leur vérité et à montrer ce en quoi ils croient réellement. Jésus rencontre les Pharisiens à quelques reprises et il ne leur dit pas qu'ils sont de mauvais croyants. Il leur demande cependant d'aller au bout de leur foi. Il leur dit : « Vous vous dites les enfants d'Abraham. Reconnaissez que je suis le messie qu'annonçait Abraham. Vous dites que vous êtes obéissants à la loi de Moïse. Obéissez à la vérité de cette loi jusqu'au bout. Comprenez le sens de cette loi qui a proclamé l'amour de Dieu et du prochain comme deux commandements égaux. Reconnaissez que je suis en train d'accomplir cette loi. »

Jésus a rencontré Zachée, la Samaritaine et Nicodème. Il a provoqué chez ces personnes une crise et elles ont été amenées à le reconnaître. Le mot crise en grec veut dire « discernement ». Jésus propose à ses interlocuteurs de dépasser leurs habitudes, leurs peurs et leurs péchés. Il les pousse à rencontrer la vérité. Zachée, en recevant Jésus chez lui, a reconnu qu'il était un voleur et il a décidé de réparer au-delà de ce que la loi demandait. Jésus amène les gens à vivre une crise car il croit que des changements sont possibles.

NDC – L'Église elle-même a vécu ses premiers pas au coeur d'une crise importante. Parlez-nous-en!

J.-L. S. - La lecture du livre des Actes des apôtres et des lettres de saint Paul nous permet de constater que l'Église a dû affronter dès les premiers siècles des situations difficiles. On s'est posé rapidement la question suivante : comment intégrer des païens dans les nouvelles communautés chrétiennes issues du judaïsme? Ce conflit a opposé les apôtres Pierre et Paul.

Nous devrions tous relire le chapitre 10 du livre des Actes des apôtres. Il s'agit du récit de la rencontre de Pierre avec le païen Corneille. Dieu a parlé au centurion romain Corneille. Il lui demande d'aller chercher un certain Simon Pierre. Dieu parle à un homme qui ne vient pas de la religion juive. Cet individu fait partie de la puissance militaire qui oppresse les Juifs. Au même moment, Dieu parle à Pierre et il lui demande de manger la viande des animaux impurs. Pierre, de par son origine juive, refuse d'en manger. Le texte indique que Dieu prend la liberté de parler à des hommes d'origines diverses. Aucun d'eux ne comprend le sens de la demande de Dieu.

La démarche que Pierre fait lui permet, lorsqu'il rencontre Corneille, de comprendre le sens de la demande de Dieu. Corneille s'agenouille devant Pierre mais Pierre le relève en lui disant : « Relève-toi, moi aussi je ne suis qu'un homme. » Ils se reconnaissent une commune humanité. Pierre comprend alors que Dieu ne fait pas de différence entre les personnes. Pierre annonce la foi en Jésus Christ dans cette maison et il leur propose le baptême puisque l'Esprit est tombé sur la maison.

Ce texte raconte une étape importante de l'Église naissante. Cette situation est proche de ce que nous vivons aujourd'hui. Dieu parle à tous les hommes et ils ne comprennent pas et pourtant ils se mettent en route les uns vers les autres pour reconnaître qu'ils partagent la même humanité. Notre défi est de reconnaître que Dieu parle à nous tous. Il faut comprendre son intervention dans l'histoire.

NDC – La crise que nous traversons devrait nous éveiller pour nous permettre de mieux saisir ce qui se passe autour de nous. C'est ce que vous voulez dire?

J.-L. S. - Il faut le dire, la crise devrait nous rendre plus vigilants pour déchiffrer la Parole de Dieu. Une crise, selon l'Évangile, est un appel au discernement. Nous devons découvrir la manière employée par Dieu pour nous parler aujourd'hui. Il parle à des gens et en des lieux nouveaux que nous avons de la difficulté à reconnaître et à identifier. J'observe que le catéchuménat pour les adultes prend plus de place dans l'Église de France. Dieu a parlé à ces hommes et à ces femmes qui demandent le baptême. Ils viennent de tous les horizons et très souvent ils n'ont pas entendu parler de Dieu durant leur jeunesse. Dieu n'a jamais cessé d'interpeller les hommes et les femmes par des chemins mystérieux. Nous devons nous mettre à l'écoute de ce que Dieu dit. Cela requiert une écoute intelligente.

NDC – Est-ce que vous identifiez des signes qui indiquent que des choses sont en train de se passer?

J.-L. S. - Il y a en effet des signes que nous devons reconnaître. Les temps de crise sont des moments propices pour tenter de nouvelles expériences dans des laboratoires souterrains. Je suis certain que cela est en train de se passer. C'est là que s'exprime une nouvelle créativité. Je le redis, le catéchuménat pour les adultes qui demandent le baptême est certainement un de ces signes. Je pense aussi aux Journées Mondiales de la Jeunesse qui ont rassemblé des millions de jeunes. Un grand nombre de ceux-ci ne fréquentent pas nos églises le dimanche. La jeunesse du monde a répondu à l'appel de Jean-Paul II. Les grandes rencontres de Taizé sont dans la même ligne parce que dans ce cas c'est l'oecuménisme qui est au service de la réconciliation. Notre défi est de décoder ce qui est en train de se passer de manière souterraine.

NDC – Nous devons accepter de vivre dans une Église qui se perçoit maintenant comme minoritaire alors que ce n'était pas le cas il y a à peine 50 ans?

J.-L. S. - Nous avons vécu dans une sociétéoù la pratique religieuse était très importante. Il y a plusieurs personnes qui ressentent une grande souffrance en constatant que le pluralisme est devenu une réalité. Je donne l'exemple de la France où nous comptons aujourd'hui six millions de personnes qui se réclament de la religion musulmane. Il faut cependant savoir que les textes de Vatican II et ceux de Jean-Paul II reconnaissent que Dieu parle à travers les autres traditions religieuses.

J'ajoute ceci. Ce n'est pas parce qu'il y a moins de monde dans les églises qu'il faut croire que Jésus Christ est moins présent au monde. Ce serait blasphématoire de penser cela. Dieu est présent à ceux qui croient comme à ceux qui ne croient pas. Notre tâche est immense. Nous devons discerner sa présence dans le monde.

NDC – Quelle place faut-il donner au témoignage personnel de sa foi?

J.-L. S. - Le témoignage est au coeur de l'Évangile. Mais, nous risquons de nous tromper lorsqu'on parle de témoignage. Des gens pensent que témoigner est une espèce de « propagande généreuse ». On voudrait se précipiter vers les autres alors que nous ne sommes pas nourris de l'Évangile. La grande figure du témoignage est la Samaritaine. Elle rencontre Jésus. Elle est touchée par sa parole et son attitude. Par la suite, elle porte témoignage et les gens la croient parce qu'elle indique Jésus. Le témoignage n'est pas de renvoyer à soi mais à Dieu. Aujourd'hui, l'Église a pour but de permettre à nos contemporains de faire leur propre expérience de Dieu. C'est cette tâche qu'il nous incombe d'effectuer : comment l'Église va-t-elle mettre les hommes et les femmes de notre monde en contact avec Dieu?

Croire aujourd'hui

Sesboue Bernard

Le père Bernard Sesboüé est jésuite et théologien. Il a enseigné au Centre Sèvre à Paris durant 32 ans. Son champ de recherche a touché presque tous les domaines de la théologie.  Il a consacré  les dernières années à réfléchir sur la question de la foi. Il a essayé derépondre à cette question : comment parler de la foi aux hommes et aux femmes de notre monde?

Croire en Dieu est toujours le fait d’un engagement de notre liberté. Chacun d’entre nous parle de la foi à partir de son expérience personnelle. Cependant l’acte de croire demande aussi une réflexion et la raison y occupe une grande place. Nous avons demandé à Bernard Sesboüé de répondre à nos questions afin de nous donner quelques indications sur la manière nouvelle de dire notre foi aujourd’hui. (Bernard Sesboüé, Croire. Paris, Éditions Droguet &Ardent)

Propos recueillis par Jérôme Martineau


NDC – Vous avez écrit il y a quelques années un livre fort important qui a pour titre Croire. Pourquoi avoir accordé une telle attention à la foi alors que bien d’autres problèmes assaillent l’Église?

Bernard Sesboüé − J’ai d’abord voulu souligner dans ce livre que la question de Dieu est incontournable pour l’homme et cela même aujourd’hui. C’est une question qui s’adresse à tous, aux chrétiens, aux adeptes d’autres religions comme aux athées. Je me souviens des paroles d’un philosophe du XIXe siècle reconnu pour son athéisme, qui disait que la question de Dieu le hantait tous les jours.

Ce livre propose un parcours qui suit le  Credo. J’ai voulu me mettre à la portée des difficultés que nos contemporains rencontrent face à la foi. J’ai d’abord réfléchi sur le sens de dire « Je crois » avant d’ajouter « en Dieu ». Le « je » est le point de départ. C’est le « je » de l’homme. Trop souvent on parle de Dieu avant de s’interroger sur cet homme qui pose la question de Dieu.

NDC – N’avez-vous pas l’impression que les hommes et les femmes d’aujourd’hui posent de moins en moins la question de Dieu?

B. S. – Vous posez la vraie question! La question de Dieu semble en effet disparaître dans sa forme classique. Je pense cependant qu’elle apparaît de nouveau lorsque l’on pose la question du sens de la vie. Combien de personnes se posent des questions liées au bonheur et à la réussite de leur vie. Le philosophe Paul Ricœur disait que ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui c’est l’amour, mais plus encore  c’est de signification.

Nous vivons dans une société qui se développe grâce à des moyens considérables mais elle perd le sens de ses buts de sorte qu’un beau matin on peut se poser ces questions : pourquoi se lève-t-on pour aller travailler? Pourquoi élever une famille? Toutes ces questions nous ramènent à la question du sens. Nous nous posons tous ces questions lorsque des circonstances inévitables se présentent à nous. Je pense ici à la maladie grave et à la mort.

La plupart des gens vivent dans le rythme classique de la vie et ils peuvent assez bien répondre à ce que j’appelle les questions avant-dernières. Ils arrivent à bien gagner leur vie. Ils aiment leurs enfants et tout ce qui marche bien peut être bouleversé par l’apparition d’un cancer. L’espérance de vie est alors menacée et c’est à ce moment que la personne se pose les questions fondamentales. Elle doit répondre à la question du sens de sa vie. Comment va-t-elle vivre cette épreuve? Pourquoi cela m’arrive-t-il?

La question du sens peut aussi surgir en des circonstances moins dramatiques. Un écrivain interrogeait ses amis afin de connaître l’expérience qui avait été la plus forte dans leur vie. Plusieurs ont répondu que l’expérience de donner la vie à un enfant s’était avérée fort importante dans leur vie. Il s’agit d’une expérience liée à la transmission de la vie. Là aussi face à un tel événement les personnes se posent des questions liées au sens de la vie.

Vous voyez bien que la question de l’absolu est toujours présente. Elle apparaît aussi dans certain nombre de dérapages humains. Prenez l’exemple de la drogue. Celui qui s’adonne à la drogue essaie de combler l’insatisfaction qu’il rencontre dans sa vie. Un magazine français titrait « L’Absolu » en parlant de la sexualité. Cette recherche s’exprime aussi dans la sexualité.

En terminant ma réflexion je crois qu’il faut dire que dans la religion chrétienne nous avons un Dieu qui s’intéresse à l’homme. C’est ce qui est bouleversant dans le christianisme. Est-ce que l’homme pourrait s’intéresser à un Dieu qui ne s’intéresserait pas à lui? Nous avons cette parole de Moïse dans le livre du Deutéronome : « Quel est le Dieu des nations qui se fait proche d’elles comme notre Dieu se fait proche de nous. »

La tradition judéo-chrétienne montre que Dieu s’engage vis-à-vis l’homme et la foi c’est précisément la confiance que nous accordons à ce Dieu qui nous a fait des promesses.

NDC – Il s’agit donc d’une nouveauté dans l’histoire des religions que Dieu se fasse proche des humains?

B. S. – Je me souviens d’un spécialiste de l’histoire des religions qui disait qu’il y a 4000 ans, dans un petit peuple de l’Orient lointain s’est produit un événement considérable : la naissance de la foi. Que faut-il mettre sous le mot foi? Cela veut dire que le mot foi est un terme li é à la tradition judéo-chrétienne. Est-ce que les païens de Rome ou d’Athènes avaient foi en leurs dieux? Ce n’était pas du même ordre. Le ciel était peuplé de dieux et leur vie était une copie du monde terrestre et les gens n’attendaient pas réellement quelque chose d’eux.

La tradition judéo-chrétienne montre que Dieu s’engage vis-à-vis de l’homme et la foi c’est précisément la confiance que nous accordons à ce Dieu qui nous a fait des promesses. Ce thème traverse tout l’Ancien Testament. Les auteurs racontent la fidélité de Dieu à ses promesses. La foi est fondée sur une expérience du passé tournée vers l’avenir. Dieu a entendu la clameur de son peuple et tout l’Ancien Testament témoigne du dialogue qui se construit entre Dieu et son peuple. Dieu s’adresse à l’homme comme un  ami s’adresse à un autre ami. Dans le mystère chrétien, toute l’initiative vient d’abord de Dieu. C’est ainsi que saint Paul parle de la justification par la grâce moyennant la foi. Cela veut dire que l’initiative de cette justice vient de Dieu qui se tourne vers nous et qui nous propose sa bienveillance et son amour. Il ne nous demande de r épondre que par un acte de foi.

NDC – Vous écrivez dès le début de votre livre qu’il est difficile de croire. Pourquoi est-ce si difficile d’accepter ce don de Dieu?

B. S. – Il est difficile de croire parce qu’il nous est difficile de nous déprendre de nous-mêmes. Nous avons un désir d’égoïsme  fondamental qui voudrait que tout vienne  de nous, que tout se rapporte à nous. Nous constatons ce désir dans toute personne qui occupe un pouvoir.  Les personnalités politiques ont beaucoup de mal à accepter que ce pouvoir s’arrête. Nous disons que nous vivons dans des sociétés démocratiques et qu’il y a des contrepouvoirs. Dans la vérité, il existe 36 manières de contourner les meilleures constitutions à ses propres fins.

Par contre, la foi nous demande de vivre une humilité fondamentale. Elle nous demande aussi de procéder à des renoncements et c’est à mon sens ce qui fait la difficulté de croire aujourd’hui. J’en reviens à la pensée du philosophe Paul Ricœur qui disait qu’aujourd’hui tout est organisé en fonction de l’amélioration des moyens. C’est vrai! Dans les faits, les pays développés n’arrêtent pas de fignoler les découvertes. Je prends l’exemple de l’informatique où les améliorations se succèdent à un grand rythme. Les gens accumulent information sur information et ils finissent par oublier pourquoi ils vivent. Plus nous faisons des choses, plus nous voulons en faire. Nous nous fuyons nous-mêmes en adoptant ce rythme de vie accéléré. Nous sommes distraits par un tas de choses. C’est le drame d’un homme ou d’une femme qui arrive à la retraite. La personne se retrouve alors face à sa vie et elle ne sait plus quoi faire.

D’autre part, l’homme et la femme d’aujourd’hui veulent qu’on leur donne des raisons de croire. Ils veulent faire un acte de foi qui soit intelligent. Je crois que nous avons encore beaucoup de choses à faire du côté catholique pour proposer une catéchèse qui s’adresse à des adultes. Nos catéchismes, en particulier ceux qui s’adressent aux adultes,  le font encore dans un style qui s’adresse à nous comme à des enfants. On nous dit ce qu’il faut croire et on ne donne pas accès à une information suffisante.

Nous pouvons enseigner que Jésus est le Fils de Dieu. L’homme d’aujourd’hui répond : comment pouvez-vous me dire une telle chose? Est-ce que Dieu peut avoir un fils? Qu’est-ce que cela veut dire? Est-ce que Dieu peut s’humaniser? Je dois prendre la pédagogie que Jésus a employée avec ses disciples pour répondre à ces questions. Jésus a parlé humainement à toutes les personnes qu’il a rencontrées. Il a provoqué en eux une première forme de confiance parce que des gens l’ont suivi. À la fin il a pu leur poser cette question : « Qui dites-vous que je suis? » Ils ne pourront donner la réponse qu’en passant par l’épreuve de la mort et de la résurrection.

 

« Je voudrais que la catéchèse propose pour chaque sujet traité une manière 
d’en rendre compte devant l’histoire et devant la raison. Il faut être capable de parler de la foi 
en fonction des questions d’une personne qui cherche à comprendre sa foi. » 


NDC – Quelle forme de catéchèse proposez-vous?

B. S. – Je voudrais que la catéchèse propose pour chaque sujet traité une manière d’en rendre compte devant l’histoire et devant la raison. Il faut être capable de parler de la foi en fonction des questions d’une personne qui cherche à comprendre sa foi. Le phénomène du livre Da Vinci Code m’a ouvert les yeux. Nos contemporains posent de multiples questions sur l’origine et l’histoire du christianisme. Un grand nombre de nos catholiques sont incapables de répondre à ces questions. Ainsi, un romancier peut raconter que l’Église leur a caché quelque chose et que les évangiles apocryphes racontent de bien meilleures choses sur Jésus que les quatre évangiles que nous reconnaissons. Le roman Da Vinci Code est une histoire parmi d’autres. Tout ce qui touche la personne de Jésus ne laisse personne indifférent. Nous avons donc intérêt à mieux connaître notre histoire.

NDC – Certes Jésus intéresse beaucoup de personnes. Pourquoi maintenant assistons-nous au désir de ne parler que de l’humanité de Jésus?

B. S. – En effet, cela est à la mode. Les romans qui parlent de Jésus se situent en dehors de la foi et ils nient sa divinité. Les auteurs savent que Jésus est une figure respectée, une figure sacrée. Leur ambition est de le rabaisser et de ramener son existence semblable à celle de tout le monde. Je donne un exemple. Ces auteurs ne peuvent pas accepter le c élibat de Jésus et ils sont prêts à inventer n’importe quoi pour prouver qu’il a été marié.

John P. Meier, un théologien américain de l’Université Notre-Dame a écrit quatre livres sur l’histoire de Jésus et il répond à la question concernant le célibat de Jésus. Il affirme que tout ce que nous savons de l’histoire de Jésus va confirmer qu’il est demeuré célibataire. Le célibat n’était pas populaire chez les Juifs mais il existait dans certains groupes comme chez les Ess éniens.

Il y a aussi la fameuse phrase concernant les eunuques. Ce mot est violent et il semble que la réponse que Jésus a faite s’adressait à ceux qui se moquaient de son célibat. Ce texte est intéressant parce qu’il semble être l’écho de l’étonnement des gens qui observaient la manière de vivre de Jésus. Il disait : « Comprenne qui pourra! » Encore aujourd’hui on ne comprend pas.

NDC – Qu’est-ce que les femmes et les hommes d’aujourd’hui attendent de Dieu?

B.S. – Ils attendent le bonheur. Il y a une grande soif de bonheur qui veut déboucher sur un ailleurs que nous ne pouvons pas nous procurer nous-mêmes. Nous vivons tous des moments intenses dans notre existence où nous faisons l’expérience d’un vrai bonheur. Tout est harmonieux autour de nous et nous vivons dans un climat d ’amour. Cette expérience spirituelle ne dure qu’un instant mais elle nous transporte comme hors de nous-mêmes. Cela nous met dans un état de bonheur total. Après, il faut se remettre à la tâche. Nous attendons de Dieu un esprit de totalité que nous ne pouvons pas nous donner et que lui peut nous donner gratuitement. Nous ne pouvons recevoir ces moments de bonheur que de l ’Autre absolu qu’est Dieu. Il ne peut avoir de bonheur complet que s’il s’agit d’un bonheur de communion dans lequel les autres ont leur place. Le bonheur s’incarne dans la réalisation du grand commandement de l’amour : aimer Dieu et son prochain comme soi-même.

 

 

Le renouveau de la catéchèse

Murray PierreL'école québécoise franchira une nouvelle étape lorsque les cours de sciences religieuses céderont la place à des cours de culture religieuse. Cet événement suscite encore des réactions. Par exemple le cardinal archevêque de Québec, Mgr Marc Ouellet, considère que l'Église québécoise est victime d'injustice. Cependant d'autres voix s'élèvent pour affirmer que l'Église doit saisir cette chance pour proposer de nouvelles avenues afin d'éveiller les jeunes générations à la foi en Jésus Christ.

L'abbé Pierre Murray a écrit un texte dans le journal La Presse pour dire que la laïcisation de l'école québécoise est ce qui pouvait arriver de plus fécond et de plus heureux à l'Église catholique. Pierre Murray est curé de la paroisse Bienheureux-François-de-Laval à Laval. Il est aussi professeur de philosophie au Grand Séminaire de Montréal. Nous l'avons rencontré afin qu'il nous explique sa position.

Propos recueillis par Jérôme Martineau


NDC Vous avez été ordonné en 1991. Cela prend un certain courage pour être prêtre aujourd'hui. Cela ne vous faisait pas peur d'affronter tous ces changements tant dans la société que dans l'Église?

Pierre Murray − Nous ne vivions pas ces problèmes avec la même intensité qu'aujourd'hui lorsque j'étais en formation au Grand Séminaire à la fin des années 1980. On commençait à introduire la formation à l'initiation aux sacrements dans les paroisses. Les commissions scolaires étaient encore catholiques et le curé avait droit de visite dans les écoles. Toute la question de la laïcisation a été mise dans l'actualité avec la publication du rapport Proulx en mars 1999.

Cela ne veut pas dire qu'il n'y avait pas de problèmes dans nos écoles. On se plaint depuis longtemps que l'Église perd les jeunes tout de suite après le sacrement de confirmation. Il faut savoir que les programmes scolaires depuis la Réforme de l'éducation au début des années 1970 n'avaient plus pour but de transmettre la foi. Personne ne semblait se rendre compte de cela. La catéchèse n'a plus de place dans les écoles depuis 30 ans. Il y a une différence entre des cours de catéchèse et de sciences religieuses. La catéchèse vise à susciter l'adhésion des jeunes à la foi catholique alors que l'enseignement religieux ne vise qu'à transmettre des connaissances. Les programmes d'enseignement religieux visaient plutôt la réflexion sur les valeurs que l'acquisition de connaissances religieuses. On y parlait de l'entraide, de l'amitié ainsi que d'autres valeurs. C'est à l'intérieur de ce programme que le volet de  l'éducation sexuelle était abordé. Enfin, si on y regardait de près, on s'apercevait que ces cours n'étaient pas réellement liés à la religion.

NDC – Nous vivions alors dans une fausse sécurité!

P. M. – Cette époque correspondait à une espèce d'air d'aller du catholicisme québécois où tout le monde était catholique et en même temps un grand nombre de personnes ne l'étaient pas vraiment. Je sens cela lorsque je reçois des couples qui viennent demander le baptême pour leur enfant. Ils font cette démarche parce qu'ils ont été baptisés. Ils font baptiser leur enfant pour l'inscrire dans la tradition familiale. Cela ne va pas  plus loin que cela. Il faut jaser beaucoup avec les parents avant qu'ils prononcent le mot Jésus. La religion catholique fait partie de notre culture et les gens ne semblent pas se poser trop de questions.

Les parents ne posaient pas de questions sur ce qui se passait à l'école. Ils se contentaient du fait que l'héritage soit transmis à leurs enfants. La publication du rapport Proulx en 1999 m'a un peu choqué. Le rapport disait que le catholicisme avait eu au Québec des privilèges.  Ce rapport proposait la laïcité de l'école. Je n'aime pas l'idée de laïcité proposée par le rapport Proulx. Il faut savoir qu'il y a dans le monde divers concepts de laïcité. Le rapport en a choisi un en particulier.

Il fallait changer la démarche. Cela fait 40 ans que le système ne fonctionne plus. Ce n'est pas en maintenant des cours d'enseignement religieux dans les écoles que l'Église va atteindre ses objectifs qui est de proposer la foi.


NDC – Quelle notion de la laïcité le rapport a-t-il adoptée?

P. M. – Le rapport a opté pour la notion de pure neutralité alors que la laïcité n'est pas seulement cela. Je prends l'exemple de la France qui est considérée comme l'État laïc par excellence. Ce pays a pourtant fait à l'abbé Pierre des funérailles presque nationales lors de son décès. L'État entretient les églises construites avant 1911. Il y a différents accommodements autour de la notion de laïcité. Nous aurions pu prendre une approche qui prend en compte la pluralité religieuse et l'héritage catholique et protestant. Nous avons adopté une vision et nous avons tout chamboulé.

J'ai alors poursuivi ma réflexion en me disant que le système que nous avions ne nous permettait pas d'atteindre les objectifs que l'Église se fixait. Cela ne fonctionnait pas. Il n'y avait pas de relais entre la paroisse et l'école. Les jeunes venaient nous voir pour recevoir les sacrements. Ils étaient bien fins mais ils disparaissaient par la suite. La foi était limitée à une affaire scolaire. Ce n'est pas ce que l'Église veut. Nous désirons que la foi entre dans le coeur de la personne. Je constate cet échec lorsqu'un couple me demande de bénir leur mariage. Ces jeunes adultes ont suivi des cours d'enseignement religieux durant six ans au primaire et cinq ans au secondaire. Je parle de la foi avec eux et ils ne peuvent presque rien me dire. La transmission de connaissances ne passe même pas! Quant aux valeurs, allons-y voir! Je ne suis pas le pro-vie le plus manifeste mais en voyant nos jeunes femmes opter pour l'avortement, il y a de quoi se poser des questions sur le degré de transmission des valeurs liées au respect de la vie. Ces réflexions m'ont amené à conclure qu'il fallait chercher ailleurs.

NDC – Quelle a été votre position sur ce sujet?

P. M. – Le diocèse de Montréal a entrepris de grands travaux auxquels j'ai participé. Nous avons décidé de proposer la foi en adoptant un autre chemin. Nous avons adopté une structure dans laquelle il y a une personne répondante des services offerts à l'enfance dans chaque paroisse ou regroupement de paroisses.  C'est de cette manière qu'on essaie de développer des parcours d'éducation de la foi pour tous les âges de la vie. 

J'ai d'abord pris acte de ce qui se passait. L'Église n'est pas propriétaire de l'école. Nous disions au début des années 2000 que les conclusions du rapport Proulx concernaient surtout la région de Montréal et que cette situation ne se retrouvait pas dans les paroisses rurales. Certes la région de Montréal vit une situation particulière mais les paroisses rurales ont aussi leurs problèmes. L'adhésion à la foi n'est plus unanime. La preuve est qu'on songe dans les régions rurales à fermer des églises.

Cela n'arriverait pas si seulement 50% de la population pratiquait... Nous ne pouvions plus poursuivre dans la voie que nous connaissions sans respecter cette pluralité d'adhésion. L'avoir fait aurait été un manque de respect. Je pense que la tradition de l'Église  peut s'accommoder de cette décision. Les textes des évangiles nous disent de ne pas insister. Il faut proposer le message mais il faut aussi savoir se retirer si cela ne marche pas. C'est ce que  Jésus demandait à ses disciples de faire. Il n'a pas retenu le jeune homme riche. Il l'a laissé aller après lui avoir proposé de le suivre.

 

Il y a présentement 200 familles de la paroisse qui sont inscrites 
aux différents parcours catéchétiques. Les gens y viennent parce qu'ils sont à la recherche 
de quelque chose pour combler le vide spirituel. Notre défi consiste à les accueillir convenablement
afin de répondre à leurs attentes.

Photo : J. Martineau

NDC – Pourquoi avez-vous avez réagi dans le journal La Presse à la position du Cardinal Ouellet de Québec?

P. M. –  Je comprends la réaction du cardinal Ouellet. Il affirme que l'Église catholique est victime d'injustice à cause de l'héritage chrétien lié à notre histoire. Il a peut-être raison en partie sauf que je me dis que cet argument ne fait plus partie de l'arsenal de l'Église pour proposer la foi. Je reproche aussi au cardinal de ne pas dire combien de catéchètes sont maintenant au service des jeunes dans les paroisses. Combien y a-t-il de familles qui s'engagent dans les parcours catéchétiques? Nous n'avions pas ces personnes auparavant. Certaines communautés paroissiales ont été totalement transformées par cette nouvelle démarche. Je connais une paroisse à Côte-des-Neiges à Montréal qui vivotait. Elle est maintenant très vivante et l'église est pleine le dimanche.

Il fallait changer la démarche. Cela fait 40 ans que le système ne fonctionne plus. Ce n'est pas en maintenant des cours d'enseignement religieux dans les écoles que l'Église va atteindre ses objectifs qui sont de proposer la foi de manière à avoir une réponse quelque peu satisfaisante.

NDC – Peut-on vraiment dire que la foi est un héritage?

P. M. – Cela dépend... si la foi est un ensemble doctrinal, il est vrai que c'est un héritage car on ne peut tout réinventer. En ce sens le christianisme est en lien avec la tradition avec un grand T. Si par contre on considère la foi comme une relation personnelle à la personne du Christ, cela ne peut pas être un héritage. Cette relation commence toujours à neuf. Je prends l'exemple de la vie d'une famille. Je suis le sixième enfant d'une famille de six. Cela veut dire que mes cinq frères et soeurs ont eu une relation avec mes parents avant moi. La relation que j'ai eue avec mes parents ne s'est pas inscrite dans cet héritage. J'ai commencé une sixième relation et j'ai vécu avec eux des choses inédites. Il y avait quelque chose de neuf. Je crois que la foi se situe dans cette perspective. Chaque démarche est personnelle et elle se manifeste à travers nos fragilités et nos soifs d'absolu. C'est quelque chose qui se construit.

NDC – Quelle démarche avez-vous choisie dans votre milieu?

P.M. – Nous offrons aux enfants et aux familles des parcours qui prennent au minimum quatre ans. Nous souhaitons vraiment initier les enfants à la foi et non pas seulement aux sacrements. Les sacrements de l'initiation chrétienne sont vécus à l'intérieur de cette démarche. Nous voulons au terme de cette démarche initier les enfants à une rencontre personnelle avec le Christ.

Nous vivons dans cette paroisse la troisième année du parcours. Je remarque que nous commençons à en voir les fruits. Il y a plus de jeunes familles à nos célébrations. Leur présence est plus gratuite. Je constate aussi que les parents demandent des activités pour eux-mêmes. Il y a actuellement 200 familles qui sont inscrites dans ces parcours. Ces familles ne sont pas toutes présentes à la messe tous les dimanches mais je remarque qu'elles répondent à notre appel lorsqu'on les invite. Les gens sentent un vide spirituel et ils viennent voir ce qu'on peut leur apporter. Tout le défi réside maintenant du côté de la communauté. Comment peut-on accueillir ces familles de manière pertinente?

NDC – Diriez-vous que cette manière de faire l'éducation de la foi est devenue un passage obligé pour notre Église?

P.M. – Nous n'avons plus le choix parce que notre mission n'est pas d'évangéliser notre culture ni une institution. Le cardinal Poupart visitait le Grand Séminaire au moment de ma formation et on lui demandait ce qu'il fallait faire pour évangéliser les jeunes. Je me souviens encore de sa réponse. On ne peut pas évangéliser les jeunes, a-t-il dit.  Les jeunes, cela n'existe pas. Il y a cependant des jeunes qui ont pour nom Marie, Jean et Jacqueline... C'est grâce aux contacts personnels que l'on peut évangéliser.

Nous ne rejoignons pas tout le monde mais il y a dix ans on ne rejoignait personne. Les parcours suscitent beaucoup d'espérance parce que cela transforme nos paroisses qui cessent d'être seulement des dispensatrices de services. Nous sommes préoccupés de transmettre une bonne nouvelle qui fait vivre. Nous ne pouvons pas dire aux gens de regarder la beauté du christianisme sans en être nous- mêmes fascinés. Il ne suffit pas de dire aux autres combien le message évangélique est beau sans l'avoir nous-mêmes accueilli. Nous pouvons présentement offrir des parcours aux personnes qui ont entre 3 ans et 25 ans. Nous songeons l'an prochain à mettre sur pied des cellules d'évangélisation de manière à rejoindre les adultes. Je peux dire que j'ai cessé d'avoir une attitude réactive pour être pro-actif.

 

 

Spiritualité en famille : mode d’emploi


Entrevue0716 01

ENTREVUE par Stéphane Gaudet

Valérie Roberge-Dion

Spiritualité en famille : mode d’emploi

Valérie Roberge-Dion écrit depuis quelques années dans des publications chrétiennes de chez nous. Journaliste, catholique pratiquante, épouse, mère, membre du comité de rédaction de la revue Notre-Dame-du-Cap, agente de communication et de développement au Centre de formation chrétienne Agapê, la jeune femme de 31 ans vient d’ajouter « auteure » à cette liste avec la parution chez Novalis de son premier livre, Entre ciel et mère. Spiritualité, vie de famille et autres acrobaties, qui aborde les thèmes de la spiritualité familiale et de la transmission de la foi aux enfants.

UNE BANQUE D'IDÉES

Valérie est la maman de Flavie, trois ans, et de Julien, 18 mois cet été. L’arrivée des enfants a bouleversé son existence et changé sa façon de voir la vie. « Les enfants m’amènent plus loin, me font grandir. » Mais comment éveiller les enfants à la foi? Les parents croyants ne peuvent plus compter sur l’école pour cela et doivent s’en occuper eux-mêmes. Or, ils se sentent mal outillés, d’où l’idée de publier ce petit livre (120 pages) qui se veut une banque d’idées pour les parents qui ressentent cette lacune. La jeune maman dit avoir écrit son livre en pensant, entre autres, aux parents qui font baptiser leur enfant et qui ne savent pas, par la suite, comment lui transmettre leur foi. En plus de puiser dans sa propre expérience de mère, l’auteure a interviewé une quinzaine de familles. « Bien sûr, c’est une vision très personnelle qui en résulte, mais il faut le prendre comme un témoignage parmi d’autres. »

On entend souvent des parents dire qu’ils ne souhaitent pas transmettre de croyances religieuses à leurs enfants, que ce sera à ces derniers de choisir plus tard, quand ils seront plus matures, une voie spirituelle. Valérie Roberge-Dion n’est pas du même avis. « Une phrase d’Éric-Emmanuel Schmitt dans le film L’Heureux Naufrage m’a interpellée : on est à la seule époque où quand un enfant de 15 ans demande à son père “Quel est le sens de la vie?”, le père se tait. C’est quand même étrange. On a la responsabilité, comme parents et éducateurs, de partager les pistes de sens qu’on a trouvées, sans les absolutiser. Il faut donner à nos enfants un coffre à outils pour qu’ils n’aient pas à repartir à zéro. En toute liberté, ils en feront ce qu’ils voudront. Il faut semer en eux la question et le goût de se la poser. C’est une question commune à toutes les générations et religions, depuis la nuit des temps. »

QUELLE FAMILLE ?

Le livre s’adresse à toutes les familles, qui peuvent revêtir différentes formes en 2016. « J’ai lu la récente exhortation apostolique du pape François sur la famille, Amoris laetitia (La joie de l’amour). J’ai été surprise de la reconnaissance par l’Église de la diversité et de la réalité des familles d’aujourd’hui. Parmi mes amis, je la vois, cette diversité. Dans mon livre, je ne pose pas de jugement. Mon pari est de proposer, dans une inclusion qui va de soi, une spiritualité familiale qui soit inspirante dans une variété de situations. »

Mais dans tous les cas, le dénominateur commun est le don de soi, gratuit, qui n’espère rien en retour. Car s’il s’agissait d’un calcul coûts-avantages, les parents arriveraient souvent « dans le rouge ». Pourquoi fonder une famille alors ? « Dans le don de soi, on sent qu’on fait la bonne chose, que ça nous fait grandir comme humains, que ça nous rend meilleurs. Et l’aspect chrétien du don de soi est qu’il nous fait participer au mouvement divin en entrant dans la dynamique d’un Dieu qui se donne. Ça va bien au-delà d’un calcul. » 

entrevue0716 familleL’auteure, son époux Louis-Simon et la petite Flavie en vacancesFAIRE CONFIANCE 

Il arrive que des parents voient leurs enfants adopter des valeurs ou faire des choix différents de ce qu’ils ont voulu leur transmettre. Comment bien vivre avec cette situation fréquente ? « Il faut accepter qu’à un moment donné, notre enfant devient une autre personne, un adulte. Ça demande beaucoup de lâcher-prise. Je ne sais pas comment je vais le vivre, mais je vais essayer d’être en paix avec ça le plus possible. Si mes enfants n’adoptent pas la même confession religieuse que moi, tant qu’ils seront dans le don de soi et l’ouverture à l’autre, ils seront en plein au cœur de l’Évangile. » Beaucoup de parents croyants vivent comme un échec le fait que leur progéniture prenne ses distances avec la foi et se demandent où ils ont fauté. Valérie Roberge-Dion croit que la déception est normale, mais souhaite encourager ces parents. « Je veux leur dire de faire confiance à leurs enfants, à ce qu’ils ont semé en eux, et à Dieu : on n’a pas le contrôle sur une éventuelle rencontre personnelle entre Dieu et nos enfants », propose-t-elle.

Le livre ne fait pas de prosélytisme. Des parents non croyants de l’entourage de l’auteure lui ont avoué y avoir trouvé eux aussi matière à réflexion. « On me dit que mon propos est respectueux. Mais je ne cacherai pas que je me sens néanmoins en mission : rendre la spiritualité moins taboue, faire tomber des préjugés, montrer des visages de croyants qui sont comme tout le monde, pas des extraterrestres ou des gens en réaction à la culture ambiante, mais des parents qui font des tentatives de concilier leur foi et l’éducation de leurs enfants. » 


Entrevue0716 livreUNE LECTURE ESTIVALE

Valérie Roberge-Dion croit que son premier opus peut être une lecture idéale pour la belle saison. « L’été, on prend du recul par rapport au train-train de la vie qui file à toute allure. On peut puiser dans le livre des idées qui nous touchent et nous inspirent pour relancer l’année sur des bases nouvelles. »

Il peut aussi être utile aux grands-parents qui désirent entrer en dialogue avec leurs petits-enfants sur les questions de foi, mais ne savent pas comment. « Je serais contente si mon livre pouvait être un déclencheur de belles conversations », espère l’auteure.

Pour Valérie, la spiritualité n’est pas une parenthèse dans la vie, elle est partie intégrante du quotidien. « Tout dépend des lunettes qu’on choisit de porter. Être chrétien, c’est voir les clins d’œil de Dieu, les pistes d’espérance là où il n’y en a pas beaucoup; c’est regarder le quotidien avec des lunettes qui nous ouvrent à la présence de Dieu. »

 

Jeunes et religion — La continuité tranquille


entrevue2016 01

ENTREVUE par Stéphane Gaudet

Jean-Philippe Perreault

Jeunes et religion — La continuité tranquille

On dit souvent que c’est le propre de la jeunesse d’être en rupture avec la génération qui la précède, et que la sphère religieuse serait l’exemple par excellence qui confirmerait cet état de fait. Or, c’est plutôt une « continuité tranquille » dans le comportement religieux des jeunes qu’observe le sociologue des religions Jean-Philippe Perreault, professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval et titulaire de la Chaire de leadership en enseignement Jeunes et religions. Notre-Dame-du-Cap  l’a interviewé.

Votre thèse est que les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas en rupture avec leurs aînés sur le plan religieux, qu’ils ne sont en fait que les héritiers des babyboomers  à cet égard.

En effet. Les jeunes ne sont pas si différents des boomers. C’est une  caractéristique des boomers de croire que la jeunesse est toujours en rupture avec ce qui a précédé, comme ce fut leur cas. Mais ce n’est pas vrai à chaque génération.

C’est vrai que les jeunes ne sont plus à la messe, mais leurs parents n’y sont pas non plus. C’est pourquoi je parle de continuité tranquille. La différence, c’est qu’on passe du stade de l’érosion à celui de la chute libre; on le voit depuis 2001 dans le nombre de baptêmes célébrés. C’est ce qui fait dire au sociologue Martin Meunier qu’on est en train de passer du catholicisme culturel (des non-pratiquants continuent de se dire catholiques et de participer aux rites intégrateurs comme le baptême et les funérailles) au pluralisme et à la polarisation entre les religieux et les non-religieux.

On perçoit chez les boomers une hostilité face au religieux. Chez leurs enfants, c’est plutôt une indifférence. Est-ce exact ?

Oui. La posture est très claire pour les boomers. Chez les jeunes, on constate à la fois une indifférence et une ouverture : ils ne participent pas aux pratiques traditionnelles, mais ils vont s’intéresser au religieux dans leurs lectures ou lors de leurs voyages, par exemple.

Est-ce que cela signifie la fin de toute religion organisée?

Non, car l’institutionnel est à la fois ce que les jeunes refusent et qu’ils recherchent. En même temps qu’ils restent à distance de l’Église-institution dont on leur a appris à se méfier, ils sont à la recherche de pratiques structurantes, de rites.

Les jeunes ont-ils une spiritualité  Si oui, à quoi ressemble-t-elle?
Oui, il y a des itinéraires de sens. Personne ne peut y échapper, c’est une constante anthropologique. Comme tous ceux qui les ont précédés, les jeunes adultes d’aujourd’hui sont confrontés à des questions existentielles liées à la vie de couple, à l’arrivée du premier  enfant ou au choix d’une carrière.

Il faut distinguer le religieux explicite (la religion proprement dite) du religieux implicite (par exemple,  la réalisation de soi). Les jeunes conservent certains rites et pratiques qui ne sont pas explicitement religieux: je pense aux showers  de bébé, qui tournent en fait autour du parent plus que du bébé à naître, et au choix des parrain-marraine qui de nos jours fait appel aux amitiés plus qu’à la famille.

En ce qui concerne la mort, on observe le même rejet de l’institution simultanément à la recherche de pratiques instituantes. Ça ne se passe plus à l’église, mais on veut quand même qu’il y ait quelque chose, pour les vivants, ceux qui restent. Et ce qu’on constate, c’est que la mort est vue de nos jours comme un échec plutôt que comme quelque chose de normal qui peut nous tomber dessus à tout moment. Échec, parce que la médecine n’a pas été capable de « sauver » le mourant. D’où un mal-être, un malaise devant la maladie et, surtout, devant la perte ultime de contrôle.

On dirait que la minorité de jeunes qui s’intéressent encore au religieux explicite le font souvent pour fuir le monde actuel.

Il ne faut pas généraliser, mais c’est souvent le cas, surtout dans les courants les plus conservateurs. « Nous sommes des radicaux », disent clairement les jeunes qui ont fait l’objet du film Alleluia et qui avaient joint les dominicains avant de changer pour une autre congrégation religieuse. Il y a là une déception face au monde, et la religion est vue comme extérieure au monde. Le religieux ne fait alors plus partie de la vie.

entrevue2016 02Les petits groupes hors des temples sont-ils la solution?

C’est peut-être une solution, mais ce n’est pas la panacée. La paroisse territoriale, c’est pratiquement terminé chez les jeunes. On voit de plus en plus de groupes basés sur les affinités, qu’on se sent libre de quitter quand ça ne convient plus. Mais ces petits groupes rencontrent le même défi que les grandes organisations, celui de l’engagement!

Il y a une injonction de nos jours : il faut être heureux 24 heures sur 24, le bonheur est vu comme une obligation, un état normal et constant. Et pour être heureux, il faut se réaliser soi-même. Souvent, les petits groupes dont on parle visent à se réaliser soi-même « ensemble ».

Cette injonction très forte qui pèse sur l’individu aujourd’hui est comparable aux prescriptions morales rigides d’autrefois. Certes, l’individu se l’approprie personnellement, mais l’injonction vient d’ailleurs. Cet accent mis sur l’épanouissement et le cheminement tend à tout uniformiser; le sociologue Raphaël Liogier croit que la mondialisation fait qu’il y a de moins en moins de différences entre un juif, un chrétien et un musulman. On pourrait même dire qu’une dame d’âge avancé qui va à la messe et un jeune homme qui achète des  livres dans la section « spiritualité et croissance personnelle » d’une librairie poursuivent des buts semblables: vivre mieux, s’épanouir, être heureux. L’importance est la quête elle-même plus que la forme qu’elle prend.

Quels enseignements pour les Églises?

Selon moi, nous ne sommes pas dans une ère de vide, mais plutôt une ère de trop-plein! Qu’elle le veuille ou non, l’Église fait partie du marché et elle est en concurrence avec tout ce qui sollicite les jeunes aujourd’hui. Plutôt que de bourrer les crânes et de transmettre à tout prix, elle pourrait offrir de l’espace, du temps pour être en relation dans ce trop-plein, accompagner, être là, sans performance. Cela ne produit peut-être pas des chrétiens, c’est vrai, mais il faut l’accepter.

Et peut-être que le besoin de pratiques instituantes explique la hausse, en France, de la pratique religieuse chez les jeunes catholiques de 18 à 25 ans selon des données  récentes. La croissance du nombre d’étudiants qu’on observe ici à la Faculté de théologie et de sciences religieuses est également due aux programmes de théologie. Bref, il y a une vitalité paradoxale dont nous devons être à l’écoute.