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Quand l'Église vire au vert ![]() Les chrétiens ne font-ils que suivre la mode en se découvrant un intérêt soudain pour la défense de l'environnement? Surtout pas, répond sans hésiter Norman Lévesque. «Contrairement à d'autres institutions qui suivent la mode, l'Église va s'y engager de manière authentique, pas juste pour l'image». Par Michel Dongois
Lui-même mène bataille pour que le pain d'autel et le vin de messe soient... biologiques et produits au Québec. «Le pain et le vin, pour nous croyants, c'est la base. Réfléchir à la manière de produire ces deux aliments sacrés, ne serait-ce pas poser un geste de guérison envers une terre qui souffre de nos désordres?» Comme agent de pastorale et météorologue de formation, préoccupé par les changements climatiques, l'homme a les yeux doublement rivés au ciel. C'est ce qui lui vaut d'être, à 29 ans, coordonnateur du projet Église verte, une initiative œcuménique. À ce titre, Norman Lévesque coanimait, en février à Montréal, le premier colloque des églises vertes. Y assistaient près de 150 prêtres, diacres, pasteurs et agents de pastorale des Églises catholique, orthodoxe et de diverses dénominations protestantes (Église Unie du Canada, Église anglicane, Église presbytérienne). Sur un même bateau Ce premier colloque n'était pas une journée de rêves flous, indique M. Lévesque. «Nous ne voulions ni dresser un catalogue de voeux pieux, ni lancer un concours de beaux discours ni, surtout, nous perdre en récriminations.» Les déclarations solennelles, dit-il, ont déjà été faites, en provenance de tous les chefs d'Église, de Paul VI à Jean-Paul II, de l'archevêque de Canterbury au patriarche de Constantinople. Ce dernier a d'ailleurs récemment invité ses évêques et divers scientifiques, dont des climatologues, à une croisière verte, avec un objectif plus que clair: confinés sur un même bateau, à l'image des humains sur notre planète, il leur a bien fallu se parler! De nombreuses exhortations venues de la hiérarchie, résume M. Lévesque, quelques remords tardifs, mais somme toute, assez peu de gestes concrets. «Alors, oui, nous sommes partis du constat qu'en matière de défense de l'environnement, l'Église a un train de retard. Elle souffre aussi d'un certain discrédit à ce chapitre.» Conférencier au colloque et auteur du livre Environnement et Église, André Beauchamp, lui, a déploré l'attitude attentiste de l'Église face à la crise environnementale. «Sa réticence à s'engager à fond dans ce débat ne contribue-t-elle pas à creuser encore davantage le fossé qui la sépare des jeunes générations?», demande le spécialiste en environnement. «C'est que l'Église a axé ses efforts sur la spiritualité et l'éducation de la foi. Ce faisant, elle a peu à peu évacué de ses préoccupations le monde matériel, l'univers concret», note M. Lévesque. Cela reflète d'ailleurs, à ses yeux, le drame chrétien qui se nourrit de tensions perpétuelles entre les deux royaumes, le terrestre et le céleste, avec, par moments dans l'histoire, un net mépris pour les affaires terrestres.
Crédit photo : Norman Lévesque (crédit: Image ECOterre, Cindy Diane Rheault). Cohérence Cela dit, tout nouveau geste en faveur de l'environnement serait-il perçu comme du «trop peu, trop tard»? Surtout pas, insiste l'agent de pastorale, car il s'agit désormais pour l'humanité de trouver sa juste place dans la nature. «C'est le défi de notre temps et l'Église peut contribuer à le relever. Nous sommes tous à la recherche d'une nouvelle cohérence, à savoir que si l'on veut la paix, il faut protéger la création.» Alors, dit-il, arrêtons de nous autoflageller. «Oui, nous avons commis des erreurs en nous coupant de la nature, en la regardant de haut et en l'exploitant à notre seul profit. Mais on peut aussi, dans une certaine mesure, commencer à rectifier le tir, à la fois louer le Créateur et protéger la création!» Nombre de chrétiens s'y emploient déjà d'ailleurs, indique M. Lévesque, qui mentionne quelques initiatives des trois églises chrétiennes au Québec. Côté orthodoxe, au Centre Emmaüs, à Montréal, où l'on veut rapprocher traditions chrétiennes d'Orient et d'Occident, on fait des prières pénitentielles pour les offenses à la création. Le théologien Horia Roscanu y rappelle l'importance d'utiliser des pigments naturels pour écrire les icônes. Le Centre a pris aussi diverses mesures écologiques, comme de bannir les verres en styromousse. Côté protestant. Karen Chalk, pasteur, a poussé l'audace jusqu'à introduire la géothermie pour chauffer l'église Saint-Andrew/Saint-Mark, à Dorval. L'investissement contribue à réduire les gaz à effet de serre. La Cedar Park United Church, à Pointe-Claire, profite de la Journée de la Terre, le 22 avril, pour tenir depuis quatre ans une foire environnementale. Côté catholique. L'église Saint-François d'Assise (la bien nommée!), dans l'Est de Montréal, a ouvert des jardins communautaires en grugeant une partie de son stationnement. À l'Église Sainte-Anne de Chicoutimi, Julie Lebnan, animatrice de pastorale sociale, organise des activités régulières et invite les paroissiens à des manifestations pro-environnement. «Voilà un travail œcuménique qui nous honore tous, dit M. Lévesque. C'est la preuve que spiritualité et environnement ont un lien tout… naturel». Il salue ces «petits pas verts» qui pointent tous dans la bonne direction. Laïc consacré D'où Norman Lévesque tire-t-il donc sa conscience écologique? «De ma foi chrétienne, de mon éducation familiale et de mes engagements en Église.» Animateur de pastorale jeunesse pendant sept ans, il est reconnu comme laïc consacré (quatre promesses : simplicité, service, respect du corps, protection de l’environnement) dans son Église, à Longueuil. Son évêque lui a décerné l'an dernier la mention d’honneur de l’Ordre du mérite diocésain (diocèse Saint-Jean-Longueuil) en raison de son travail d'éveil aux valeurs environnementales que comporte l’héritage chrétien. Norman Lévesque détient un certificat en théologie de l’Université de Montréal et a travaillé à divers projets œcuméniques. Il dit vouloir faire avancer le débat sur l'environnement, comme en fait foi la double piste de réflexion suivante, qu'il propose lors de ses conférences: 1-La nature est notre lieu d'incarnation, elle n'est pas extérieure à nous. Ses désordres reflètent parfois aussi les nôtres. D'une part, la science étudie les systèmes qui permettent la vie sur Terre, d'autre part la spiritualité nous rend sensibles à une communion des formes de vie. «Nous ne pouvons plus rester simples observateurs, ou analystes, d'une nature à laquelle nous sommes organiquement unis. D'après le récit de la Genèse, nous sommes aussi des êtres terrestres et les intendants d'une nature dont nous sommes partie prenante.» 2-La crise écologique est aussi une crise spirituelle. D'où l'urgence de modifier les conceptions rigides qui ont mené à l'apparition des dégâts. «Un rapport sain à la réalité implique de reconnaître que la notion de progrès, telle que conçue jusqu'ici, ne cadre plus avec le développement durable. Il ne s'agit pas d'avoir et de faire toujours plus, mais d'être plus. L'ère du tout jetable, de la consommation à outrance, est révolue.» Exemples inspirants La Bible et la vie de certains saints constituent une source inépuisable d'inspiration écologique, poursuit M. Lévesque. Avec David Fines, pasteur de l'Église Unie du Canada et co-animateur du colloque, il prépare d'ailleurs un livre intitulé Les pages vertes de la Bible. L'histoire de l'Église aussi regorge d'exemples inspirants. Certains ordres monastiques notamment ont prouvé la profondeur d'une vie équilibrée en harmonie avec l'environnement. Au Québec, Kateri Tekakwitha (1656-1680) aimait prier à l'église, où elle commençait ses prières. «Mais elle les terminait toujours au pied d'un arbre.» Norman Lévesque évoque aussi Kevin d'Irlande, au 6e siècle. Dans la forêt, le saint priait les mains ouvertes et les oiseaux venaient y faire leur nid. Une loutre, dit-on, lui apportait à manger alors qu'il vivait au milieu d'un lac. Et puis, surtout, il y a François d'Assise (1182-1226), ami de la simplicité et frère de toutes les créatures et de toute la création. Norman Lévesque lui voue une admiration affectueuse. «Déjà son successeur s'était éloigné de l'idéal premier, en sédentarisant les frères, en reléguant au second plan la relation à la création.» François d’Assise sert de modèle pour comprendre la communion avec la nature. «Il n’était pas un simple amateur de plein air, il aimait fraternellement la création. Il ressentait la présence divine dans toutes les créatures vivantes, hommes et bêtes. Pour lui, la communion n’était pas «distribuée», mais vécue à chaque jour et renouvelée à l’eucharistie.» Afin de renouer une alliance avec la création, suggère M. Lévesque, on pourrait inclure dans chaque célébration une partie de son Cantique des Créatures. Conversion écologique «Toute la création proclame ta louange!» Toute, vraiment? «Certainement pas, car bien des créatures ne sont plus là pour chanter les louanges de Dieu!» Au moins six espèces ont disparu au Québec dans les dernières décennies, note le météorologue: le bar rayé du Saint-Laurent, le canard Eider, le courlis esquimau, le wapiti, le grand pingouin et la tourte, dont on faisait les fameuses tourtières. «La disparition de la vie sur Terre s’accélère, affirme-t-il, le rythme actuel d’extinction des espèces étant 100 fois supérieur au rythme d'extinction naturel traditionnel. L’action humaine en apparaît comme directement ou indirectement responsable (pollution, recul des habitats naturels, changements climatiques, chasse et pêche non contrôlées, introduction d’espèces étrangères). Prendre soin de l'environnement doit cependant se faire sans sensiblerie ni bondieuseries, car on ne saurait espérer le retour à un paradis idéalisé. Mais s'il est trop tard pour faire machine arrière, chacun peut dès à présent, et à sa mesure, poser des gestes concrets pour s'assurer que le paradis reçoive ne serait-ce qu'un début de réalisation sur terre. Norman Lévesque appelle cela la «conversion écologique». Il prend à cet égard l'image du jardin à cultiver, selon le principe que la rose qui s'embellit embellit aussi le jardin. La défense de l'environnement participe aussi, selon lui, de cette seconde création à laquelle l'humanité est appelée à contribuer. Dans ce contexte, croit M. Lévesque, la crise écologique ne serait pas juste un déclin, un pas accéléré vers la fin du monde. On peut la voir aussi comme une étape, certes laborieuse, voire pénible, vers l'accomplissement des temps. «D'un côté, cela ne saurait nous dispenser de faire notre part. De l'autre, pas question d'embrasser la« cause verte» comme on entre en religion et d'en faire un dogme, à l'image de la religion de la santé parfaite que prône actuellement notre société.» Là encore s'impose une recherche constante d'équilibre. Reste que Norman Lévesque est déterminé à le dénicher, ce vin de messe local, et bio de préférence, pour remplacer l'actuel vin de Californie. Et il a sondé quelques communautés religieuses d'ici pour fabriquer des hosties de farine biologique.... Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
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Nos coups de coeurs



Selon Norman Lévesque, l'Église a axé ses efforts sur la spiritualité et l'éducation de la foi. Ce faisant, elle a peu à peu évacué de ses préoccupations le monde matériel, l'univers concret. Cela reflète d'ailleurs, à ses yeux, le drame chrétien qui se nourrit de tensions perpétuelles entre les deux royaumes, le terrestre et le céleste, avec, par moments dans l'histoire, un net mépris pour les affaires terrestres.