VIVRE par Jean-Paul Simard — Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.


Simard Jean Paul

L'impérieuse nécessité du changement

La survie de mon Église me préoccupe beaucoup. Nous sommes présentement confrontés à une baisse phénoménale de la pratique religieuse. Celle-ci est devenue le fait d’une minorité de personnes traditionnellement fidèles, mais qui est d’un certain âge. Comme toutes les institutions, l’Église n’échappe pas à l’impérieuse nécessité du changement. Cependant, elle se heurte à des difficultés de taille.

UN DILEMME EXISTENTIEL 

La première difficulté réside dans l'héritage culturel religieux. D’un côté il y a les dogmes, la morale, les rites sacramentels; de l’autre, l’indifférence généralisée devant cet héritage constitué d'une riche tradition, mais combien lourde à porter et que refusent littéralement les nouvelles générations. Cela fait que la dynamique religieuse a évolué vers une nouvelle orientation socioculturelle qui privilégie le spirituel, au détriment du religieux. La tendance actuelle est de revendiquer le droit à une pratique spirituelle personnelle sans passer par le détour d'une médiation, en l'occurrence la religion. 

vivre01Certes, beaucoup d'efforts sont faits pour susciter dans l’Église une nouvelle germination, mais la semence ecclésiale ne semble pas lever. C’est ainsi que l’on tourne un regard nostalgique fortement teinté d'espérance vers le pape François, à qui a été confiée lors de son élection la mission de réformer l’Église. À ce sujet, dans un livre intitulé Réformer l’Église (Bayard, 2018), on présente une série de prises de paroles et de textes fort intéressants témoignant de la volonté du Pape d’opérer cette réforme. Une réflexion, entre autres, m’apparaît mettre le doigt sur le véritable enjeu du problème : « La réforme, dit le Pape, sera efficace si et seulement si elle se réalise avec des hommes renouvelés. » Voilà la question! 

UNE FORTE RÉSISTANCE AU CHANGEMENT

Où retrouver cette mentalité nouvelle évoquée par le Pape? Pas facile. Nous savons que le désir du Pape se heurte à une forte résistance provenant de son propre milieu, soit une fraction importante de la curie romaine. Mais personnellement, je me demande si la résistance n’est pas encore plus forte du côté de nombreux fidèles traditionalistes, voire fondamentalistes, réfractaires au changement. J’en sais quelque chose pour avoir été consultant spirituel pour un important centre de pèlerinage de ma région. J’avais proposé certaines pratiques susceptibles d'attirer une nouvelle clientèle, espérant par là faire le passage en douceur vers la pratique religieuse. Quel tollé nous avons rencontré de la part de plusieurs fidèles! Dans presque tous les cas, nous avons dû céder ou remettre le projet à plus tard. Pour le moment, je me contente de vibrer à l'appel au changement des mentalités demandé par le pape François. 

Il faut savoir que la question du renouveau de l’Église ne date pas d’aujourd'hui. Qu'on se rappelle les propos de Paul VI, à qui la nécessité de pratiquer la foi dans un environnement contemporain n'avait pas échappé : « Tout est à recommencer. Il faut tout repenser comme si on était à l'aube de l'Église. » C’est bien ce que fait présentement le pape François. Par-delà les contradictions qu'il suscite et les doutes soulevés par sa réforme, en pasteur et prophète, il est en train de façonner une Église proche des pauvres, soucieuse de se porter vers les périphéries, qui favorise la communication à tous les niveaux. C'est ainsi que l’Église porte la promesse de la nouvelle germination, sans laquelle le renouveau n'est pas possible. 


Jean-Paul Simard est écrivain.
Bienvenue sur son site Web : jeanpaulsimard.com