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Ces chrétiens que l'on persécute
Plusieurs personnes ont de la difficulté à y croire. Des chrétiens sont encore persécutés dans plusieurs pays du monde. Une persécution insidieuse qui est réelle car ces hommes et femmes doivent l’affronter tous les jours sur la place publique ou au moment d’obtenir un emploi. C’est ce que révèle René Guitton dans son livre Ces chrétiens qu’on assassine paru aux Éditions Flammarion en 2009. Ce livre a même été couronné du Prix des droits de l’homme. Nous avons rencontré René Guitton qui nous expose cette situation dramatique et intolérable. Les médias font écho régulièrement d’attentats meurtriers contre la minorité chrétienne en Irak, en Égypte et dans quelques autres pays. NDC – En lisant votre biographie je m’aperçois que vous n’êtes pas né en France et que vous avez vécu dans votre jeunesse en contact fréquent avec l’islam et le judaïsme. En quoi cela a-t-il influencé votre vie? René Guitton – Je suis né à Casablanca au Maroc. Je peux dire que je suis né entre les trois religions monothéistes : le christianisme, le judaïsme et l’islam. J’entendais l’imam appeler à la prière. J’allais à la mosquée avec le fils de notre jardinier. Je servais la messe à l’église des pères de Foucauld et je faisais Shabbat avec la famille de notre nounou qui était juive. Mes parents m’ont invité à mieux connaître ces trois grandes religions et à apprendre leur langue. Je faisais dans ma jeunesse de l’interreligieux sans le savoir. Je me suis aperçu durant toute ma vie que l’idéal du dialogue continue à m’habiter. J’ai toujours œuvré pour le dialogue entre les religions. J’ai parcouru les pays du Moyen Orient, de l’Extrême Orient et de l’Asie. Je suis membre d’un réseau d’experts de l’Alliance des civilisations. Ce réseau est rattaché à l’ONU. NDC – Votre livre a pour titre Ces chrétiens qu’on assassine. Est-ce vraiment un livre qui est d’actualité? R. G. – Je n’ai pas fait un livre sur l’histoire des conflits entre les religions. Je me suis attardé à décrire la situation qui prévaut actuellement. J’ai cependant tenté d’expliquer l’origine de ces persécutions en remontant un peu dans l’histoire des 50 dernières années. Il faut pouvoir expliquer ces situations que nous croyons quelquefois acceptables. J’ai remarqué que la persécution contre les chrétiens s’expriment de deux manières. Il y a des pays où cette persécution se fait discrètement alors qu’ailleurs on assassine des chrétiens. Les deux situations sont intolérables et inacceptables. Je milite depuis plusieurs années pour les droits de l’homme et je me révolte chaque fois que l’on pose des gestes antisémitiques. Je m’insurge aussi contre le fait que l’on attaque une mosquée ou une église. J’ai remarqué que l’on garde volontiers le silence lorsque des chrétiens sont attaqués. Pourquoi? J’ai analysé les causes de ce silence. Je suis allé enquêter dans les pays où les chrétiens sont persécutés et où ils ne peuvent pas vivre librement leur foi. Ces pays ont pourtant tous signé la Déclaration universelle des droits de l’homme qui affirme que chaque personne a le droit de vivre librement sa religion en toute liberté de conscience. NDC- Je crois que la lecture de votre livre permet de découvrir une géographie de la persécution. En est-il vraiment ainsi? R. G. – Il y a en effet une géographie de la persécution. Je constate aujourd’hui qu’il n’y a plus de persécutions religieuses en Europe mais il y a une autre forme insidieuse de persécution dans le sens où les chrétiens n’osent plus dire qu’ils croient. Ce n’est plus de bon ton de dire que l’on croit en Dieu. D’autre part, je crois que nous nous taisons parce que nous sommes la religion dominante en Occident. Les médias donnent volontiers la parole aux minorités. Je me suis tourné vers les chrétiens qui sont minoritaires dans plusieurs pays. La géographie de la persécution passe par l’Afrique du Nord, le Moyen et l’Extrême Orient et jusqu’en Chine. Il y a eu aussi par le passé des persécutions en Amérique latine. Cependant dans ces pays, on ne tuait pas les chrétiens parce qu’ils étaient chrétiens mais parce que c’étaient des opposants politiques. Les religieux gênaient les dictatures et elles n’hésitaient pas à les exécuter. Il y a eu par exemple le conflit du Kosovo. Ce conflit était ethnique avant d’être religieux. Il se trouvait que les musulmans étaient en Bosnie et que les Serbes étaient chrétiens. La base de ce conflit était ethnique et territorial. Je me suis attaché à dénoncer les atteintes qui sont faites contre les chrétiens parce qu’ils sont chrétiens dans les pays où ils sont minoritaires.
NDC – La situation a-t-elle empiré au cours des dernières années? R. G. – Des événements plus lointains et un événement récent sont venus changer les choses. Il y a eu en Europe la décolonisation qui s’est produite il y a cinquante ans. L’autre événement est l’attentat du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Centre à New-York. Cet attentat a libéré les extrémistes de toutes tendances. Il ne s’agit pas seulement des extrémistes musulmans comme on le pense souvent. Il y a aussi des extrémistes dans le bouddhisme et dans l’hindouisme. Habituellement les grandes religions vivent paisiblement mais les fondamentalistes, qui sont parfois des terroristes, s’organisent en bandes pour chasser les chrétiens des terres où ils demeurent. Pourtant ces chrétiens sont nés dans ces pays où la religion chrétienne n’est pas dominante. Ce ne sont donc pas des étrangers. Ils sont Indiens comme eux ou Arabes, selon la situation. NDC – Le fondamentalisme musulman touche les chrétiens dans les pays où est né le christianisme. Qu’est-ce qui motive leurs actions? R. G. – La violence contre les chrétiens s’exerce par exemple dans la ville où Jésus est né. Les fondamentalistes poussent les chrétiens hors de Bethléem. Beaucoup de gens ignorent cela ou veulent l’ignorer. Il y a des chrétiens d’origine arabe. Les Occidentaux n’y pensent pas assez. Cela n’est pas une nouveauté parce que le christianisme est né dans ces pays. Saint Augustin était évêque d’une ville située aujourd’hui en Algérie. Les fondamentalistes font croire qu’il y a un complot chrétien pour évangéliser les musulmans. Il y a maintenant des régions entières de certains pays qui sont contrôlées par les fondamentalistes. Je pense à une région du sud de l’Inde où des chrétiens sont massacrés. Ils attaquent des églises et même un foyer fondé par Mère Teresa. Les religieuses doivent se sauver. La présence chrétienne gêne les extrémistes. Ils pensent que les chrétiens leur portent ombrage. Pourtant, l’Inde est le pays de Gandhi, un pays qui a accédé à l’indépendance par une démonstration de paix. Les chrétiens ne jouissent pas de la protection de la police. Les policiers interviennent mollement parce que la police de cette région est à majorité hindoue. Les policiers ne se préoccupent pas vraiment du sort réservé aux chrétiens. NDC – La situation des chrétiens en Égypte est préoccupante contrairement à ce que l’on pourrait croire. Quelle est leur situation? R. G. – Ce pays est hautement touristique et il possède un passé historique fabuleux. Les difficultés des chrétiens remontent aux années 1950, soit au moment de la naissance des Frères musulmans, un groupe intégriste au sein de l’islam. Les chrétiens sont victimes de harcèlement. Les coptes sont environ 7 millions en Égypte. La ségrégation existe lorsque l’on recherche un emploi, mais si ce n’était que cela! Les femmes chrétiennes doivent porter le voile pour éviter des remarques et même des attaques. D’autres sont mariées et converties de force. On a récemment tiré à la mitraillette sur un groupe de chrétiens. Les chrétiens sont identifiés à l’Occident et leur sort s’est empiré depuis le début de la guerre en Irak. Les Américains sont vus comme les nouveaux Croisés. Les musulmans ont encore un souvenir amer des Croisades. On parle dans ces pays de la Croisade Bush. Le petit peuple ne peut pas réfléchir et il croit les affirmations des intégristes. NDC – Comment les chrétiens égyptiens vivent-ils? R. G. – Ils vivent dans la désespérance. J’étais là-bas en compagnie d’un évêque copte. Nous attendions devant une boulangerie pour acheter du pain. Un barbu est arrivé. Il est passé devant nous et il a acheté son pain puis il est reparti sans que personne ne dise un mot. Les chrétiens courbent le dos. Ils se taisent. Les femmes chrétiennes portent le voile pour ne pas avoir de problèmes. C’est terrible! Des chrétiens sont assassinés. C’est pour cette raison que des dizaines de milliers de chrétiens ont quitté l’Égypte. Ils viennent en Occident. On se demande même si un jour il restera des chrétiens dans les pays où le christianisme a pris naissance. Je donne l’exemple de la ville d’Antioche en Turquie. Il y a encore des églises mais elles sont vides car les chrétiens sont partis. NDC – Pourquoi l’Occident se tait-il? Avons-nous peur? R. G. – Nous n’avons pas peur. Je donne l’exemple du silence des Européens. Plusieurs pays d’Europe se souviennent de la Deuxième Guerre où les Juifs ont été victimes des camps de concentration. Nous interprétons à tort ou à raison le silence des chrétiens de cette époque. Beaucoup de chrétiens ont aujourd’hui honte de cela. Je signale ici qu’on reproche au pape Pie XII de n’avoir pas élevé la voix alors qu’il a contribué à sauver de nombreux juifs. Que dire aussi du silence de Roosevelt et de Churchill? Il y a eu au siècle précédent la conquête de l’Algérie. Des violences ont été commises. L’attitude du conquérant n’a pas toujours été paisible. Et on oublie les massacres qui se sont passés de l’autre côté. La communauté chrétienne a pris conscience de cela. Il y a aussi une autre raison. Nous vivons à une époque où la laïcité est mal comprise. Il y a une laïcisation des esprits qui semble nous interdire de parler du fait religieux. La laïcité doit permettre l’expression de toutes les religions selon les mêmes règles. Il y a des laïcards qui veulent empêcher que l’on parle dans les médias du fait religieux. Ces mêmes tenants de la laïcité vont nous donner de l’information sur les groupes religieux minoritaires alors qu’on ne parle pas de la majorité. Je dénonce cette forme de laïcité car il s’agit d’un fondamentalisme aussi néfaste que le fondamentalisme religieux.
NDC – Les papes Jean-Paul II et Benoît XVI sont allés rencontrer les autres religions. Est-ce que ces gestes sont perçus positivement? R. G. – Ces gestes sont perçus positivement par les masses religieuses de ces pays. Les fondamentalistes les prennent pour leur part comme des signes que les chrétiens veulent les évangéliser. Il suffit que des chrétiens ouvrent un dispensaire pour soigner les gens pour qu’ils y voient une action liée à l’évangélisation. NDC-Est-ce que le dialogue est sur la bonne voie? R. G. – Je crois que le dialogue est bien amorcé. Je disais tout à l’heure que les choses ont changé depuis le 11 septembre 2001. Cet événement a fait pousser des ailes aux fondamentalistes. Ils pensent qu’ils ont obtenu une victoire sur l’Occident chrétien. Ils sont devenus de plus en plus violents envers les chrétiens. Cette réaction a entraîné un changement d’attitude chez les dirigeants politiques de ces pays. Ils se disent que la situation se dirige dans une impasse s’ils cèdent constamment du terrain aux intégristes. Les ennemis des chrétiens sont les fondamentalistes mais les fondamentalistes sont aussi les ennemis des dirigeants de ces pays. Les responsables politiques de ces pays ont intérêt à dialoguer avec l’Occident pour vaincre l’intégrisme. Je donne aussi l’exemple du livre blanc que 130 imams ont fait parvenir au pape Benoît XVI pour ouvrir le dialogue. Il y a des pays musulmans qui permettent aujourd’hui la construction d’églises pour les populations chrétiennes qui s’y trouvent. C’est le cas en Arabie Saoudite et au Katar. La Turquie veut faire partie de l’Union européenne. C’est une bonne occasion pour les pays membres d’exiger de la Turquie qu’elle fasse disparaître des cartes d’identité la mention de la religion. Le dialogue sera long et difficile. |

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René Guitton dénonce le silence de l’Occident face à ces assassinats de chrétiens. Il croit que nous sommes mal informés face à cette situation. Il s’élève aussi contre une forme de laïcité qui fait que les médias se taisent lorsqu’il s’agit d’un événement d’actualité qui concerne les chrétiens. La laïcité devrait permettre l’expression de toutes les religions selon les mêmes règles.