Cécile Allard
Une femme engagée en Église depuis 30 ans
Cécile Allard travaille en pastorale paroissiale en milieu rural depuis 30 ans déjà. Et sa foi est loin d’être essoufflée, malgré l’ampleur de la tâche.
Par Chantal Larochelle
Les plans de Dieu sont
insondables. Véritablement. Parce que dans la vingtaine, quand
Cécile Allard a pris mari, sa vocation semblait être
toute tracée d’avance. Enfin, c’est ce
qu’elle croyait. Leurs terres agricoles et leurs
bêtes devaient ainsi rythmer la vie. Il était encore
impensable pour elle de travailler un jour pour
Dieu.
Mais ce Dieu, qui écrit
droit sur des lignes courbes, appelle à la mission sans
qu’on Le voie venir. Ce fut le cas pour
Cécile Allard, rejointe dans sa foi par le mouvement du
Cursillo. « À partir de là,
je me suis dit que je devais faire quelque chose dans ma vie pour que
le Seigneur soit plus connu ». Elle avait
alors 32 ans. Cette période coïncidait aussi
avec l’arrivée d’un nouveau
curé dans la paroisse. « Ce
dernier, raconte Mme Allard, voulait amener le
renouveau ».
C’est
donc ainsi que forte d’une expérience en
enseignement, Cécile a d’abord été
sollicitée par son pasteur pour collaborer à la
formation d’un Conseil de Pastorale Paroissial. Puis une
seconde demande s’est pointée, cette fois-ci dans le
milieu scolaire. Il s’agissait d’un poste
d’agente de pastorale scolaire jusqu’alors
réservé aux prêtres.
De
fil en aiguille, plus la tâche se précisait, plus Mme
Allard a eu envie de connaître ce Jésus Christ qui
l’avait un jour profondément rejointe.
« À 35 ans, j’ai donc
pris le chemin de l’université. J’ai fait
mon baccalauréat en théologie tout en travaillant sur
la ferme avec mon mari. Et après le
baccalauréat, on m’a dit
« T’es bonne pour la
maîtrise! », alors elle a
poursuivi. Aujourd’hui, après 15 ans
d’études universitaires à temps partiel,
elle occupe encore avec la même passion un poste
d’agente de pastorale paroissiale dans les paroisses de
Saint-Sévère, Notre-Dame du Bon Conseil et
Sainte-Brigitte, dans le diocèse de Nicolet.
Allumeuse
de foi
Sagesse dans
l’âme, yeux pétillants, Cécile
Allard me confirme, dans l’heure qu’elle
me consacre, que dans une catholicité qui se fait de plus en
plus fragile, la foi au cœur des gens est encore
bien vivante. « Il y a toujours de
l’espérance, m’enseigne-t-elle.Dans chaque personne, il y a
toujours un petit tison de foi.
Il s’agit juste de souffler dessus pour que le feu
reprenne ».
De
fait, s’il y a bien une chose dont la sexagénaire
est certaine, c’est que même si on
célèbre moins ou qu’on
s’implique ailleurs, on cherche toujours à
s’approcher du mystère de ce Dieu
d’amour.
« Aujourd’hui,
témoigne l’agente de pastorale, quand on
rejoint 10% de la population, on est heureux. (…) Sauf que
les parents qui présentent leur enfant pour une
démarche sacramentelle sont motivés, et
c’est enrichissant de travailler avec
eux ».
Force
est donc d’admettre ici que jamais son discours ne se
dément. Ses propos sont soutenus et sa certitude transpire: un
jour ou l’autre la semence reçue au baptême
porte fruit. « Je le vis, et j’en
suis certaine! », affirme Mme Allard,
heureuse dans son travail. Et c’est ça qui
l’anime! C’est ce qui, visiblement, la pousse
à continuer. « Mon rôle
à moi, c’est de semer et de faire connaître
Jésus Christ, sans savoir ce que je fais
dans le cœur des personnes. Est-ce que je plante?
Est-ce que j’arrose? Dieu seul le
sait ».
Curieuse,
je lui demande si dans ses 30 ans de mission pastorale elle a
rencontré un jour le découragement.
« Non, jamais »,
m’avoue-t-elle humblement. Son secret? Avec les
années, Cécile Allard a compris que la mission dans
laquelle elle est engagée appartient au Seigneur, et que la
récolte lui revient aussi. Rien de moins.
Un
travail de création
Depuis
30 ans déjà, donc, Cécile Allard participe
à sa façon au projet d’amour du Dieu qui
l’habite. Avec une société en constante
mutation, des valeurs qui se bousculent et qui entraînent avec
elles des choix parfois déchirants, Mme Allard invente et
oriente sa pastorale en fonction des gens qu’elle
côtoie. Cependant, c’est un travail qui
n’est pas toujours facile. Parmi les grandes
difficultés rencontrées, celles de les
intéresser et de les garder impliqués. La
réalité est telle qu’actuellement, on aura
beau offrir aux gens les plus reluisants projets du monde,
« ce qui les désintéresse, confirme-t-elle, c’est de donner du
temps
pour Dieu ». Dans nos quotidiens
mouvementés, le temps manque. Et concrètement, les
parents consacrent à leur famille le peu qui leur
reste.
C’est pourquoi, dans les
paroisses où œuvre Cécile, on invente, on
propose, on adapte des chemins de croix ou des dimanches des rameaux aux
besoins des familles. Certes, certains parents
s’impliqueront et de ce nombre on formera quelques
catéchètes. D’autres se joindront
à l’équipe pastorale à titre de
collaborateurs. Cependant, et c’est ce qui désole
aussi Mme Allard, peu d’entre eux poursuivent la route. Une
fois que sera complétée la démarche
sacramentelle de leurs enfants, ils reprendront, bon an mal an, leur
petit baluchon pour aller s’impliquer
ailleurs.
Alors comment faire pour
amener les gens vers Dieu? La réponse à cette question
ne nous appartient pas. Du moins, pas entièrement. Pour cette
femme d’Église dévouée et
passionnée, ce qui semble incontournable c’est que
pour aller vers Dieu, il faut d’abord rencontrer la croix.
« Ça prend souvent une
expérience de vie dans la souffrance sinon, quand tout va bien,
les gens sont individualistes. Ils prient chez
eux ».

Cécile Allard ose encore
rêver. Elle croit que nous devons choisir la
communauté plutôt que le patrimoine. Et si on enlevait
les bancs des églises pour les remplacer par de simples
chaises…
Photo :
Jérôme Martineau
Une
foi qui passe à travers la culture
Bref,
si les gens rencontrent Dieu à partir de leur propre
expérience de vie, il ne faut jamais perdre de vue que la
transmission de la foi doit également s’adapter
à la culture des gens. L’Esprit Saint est toujours
à l’œuvre au cœur même
de son Église. C’est ce qui fait dire haut et fort
à Cécile Allard que son travail n’est pas
en vain.
Seulement, même si son optimisme
me paraît inépuisable et contagieux, Mme Allard
demeure aussi très lucide et réaliste devant les
défis du temps. « Moi, je
sème dans les cœurs qui sont là et je ne
suis pas inquiète. Cependant, je sais que présentement
on (l’Église) vit dans un creux et que ce creux
n’est pas fini ».
Également,
il ne faudra plus s’attendre à ce que nos
églises soient pleines, mais plutôt se
réjouir du petit nombre venu célébrer.
D’ailleurs, de cette réalité
naîtront aussi, pour les agents de pastorale paroissiale, de
grands défis : ceux, notamment, de trouver toujours de
nouveaux collaborateurs prêts à
s’impliquer pour l’annonce de Jésus et
ce, en donnant le goût aux gens de célébrer.
« Car Dieu est présent dans leur
vie, mais comment le leur dire? »
« Et
je caresse un
rêve… »
« Et
je caresse un rêve que je ne verrai probablement jamais se
réaliser », ose avouer
Cécile Allard. Ce rêve, c’est celui de
pouvoir un jour vivre une véritable proximité dans une
communauté chrétienne. Et comment y arriver, Mme
Allard? En osant choisir la communauté plutôt que le
patrimoine. En enlevant les bancs de nos églises devenues trop
grandes pour le nombre de participants et en les remplaçant par
de simples chaises, une à une habitée. « Ce qui manque dans notre
Église
aujourd’hui, dénonce-t-elle,
c’est qu’on ne sente pas que l’on
fait
communauté ».
Serait-il alors présomptueux de croire qu’on puisse
un jour faire passer la communauté avant les
bâtiments? Car notre résistance aux changements semble
réellement s’accrocher même si, dit-on,
c’est en faisant des petits pas qu’on
avance… Pourrait-on même pousser plus loin
l’audace en avançant que, comme Église,
nous sommes peut-être rendus à une autre
étape, celle de célébrer à partir de
plus petits lieux?
« À
vin nouveau, outres nouvelles », rappelle
Cécile Allard. Le temps saura bien nous le dire.
|