Pensées spirituelles

Un mois avant la canonisation du frère André, nous vous proposons 30 pensées tirées du livre Frère André disait souvent… Éditions Fides 2010.

Voyez la nouvelle SECTION BLOG par M. Jérôme Martineau

Ne manquez pas les nouveaux coups de coeur de JUILLET 2010 de François Gloutnay ainsi que les autres liens revisés...


Sommaire juillet-août 2010

Premier mot
 Ces grands sportifs de Dieu 
par Paul Arsenault, o.m.i.

En bref
Des informations diverses et des livres suggérés.

Entrevue
La foi des jeunes 
Une entrevue avec Dany Dubois, animateur auprès des jeunes adultes
et ex directeur de Québec Ixthus, un centre d’évangélisation pour les jeunes adultes.
Propos recueillis par Jérôme Martineau

Chemins d'évangile
Ne laissons pas mourir le feu !

par Paul Arsenault, o.m.i.

Reportage
Policier : un métier collé aux valeurs évangéliques
Un reportage de Chantal Larochelle avec M. Michel Beaudoin, directeur de l’École nationale de police du Québec à Nicolet.

Spiritualité
Des instants de bonheur au cœur de la nature

La nature favorise une expérience spirituelle profonde. 
Par Jérôme Martineau

Répondez-moi
Une contradiction biblique ?

par Paul-Émile Landry

Marie
Le regard de la Vierge

Par Georges Bernanos

Mon âme a soif
Apprivoiser la vieillesse 
Par Paul Longpré

Reportage PDF Imprimer Envoyer

Cécile Allard

Une femme engagée en Église depuis 30 ans

Cécile Allard travaille en pastorale paroissiale en milieu rural depuis 30 ans déjà. Et sa foi est loin d’être essoufflée, malgré l’ampleur de la tâche.

Par Chantal Larochelle


Les plans de Dieu sont insondables. Véritablement. Parce que dans la vingtaine, quand Cécile Allard a pris mari, sa vocation semblait être toute tracée d’avance. Enfin, c’est ce qu’elle croyait. Leurs terres agricoles et leurs bêtes devaient ainsi rythmer la vie. Il était encore impensable pour elle de travailler un jour pour Dieu. 

Mais ce Dieu, qui écrit droit sur des lignes courbes, appelle à la mission sans qu’on  Le voie venir. Ce fut le cas pour Cécile Allard, rejointe dans sa foi par le mouvement du Cursillo. « À partir de là, je me suis dit que je devais faire quelque chose dans ma vie pour que le Seigneur soit plus connu ». Elle avait alors 32 ans.  Cette période coïncidait aussi avec l’arrivée d’un nouveau curé dans la paroisse. « Ce dernier, raconte Mme Allard, voulait amener le renouveau ». 

C’est donc ainsi que forte d’une expérience en enseignement, Cécile a d’abord été sollicitée par son pasteur pour collaborer à la formation d’un Conseil de Pastorale Paroissial. Puis une seconde demande s’est pointée, cette fois-ci dans le milieu scolaire. Il s’agissait d’un poste d’agente de pastorale scolaire jusqu’alors réservé aux prêtres. 

De fil en aiguille, plus la tâche se précisait, plus Mme Allard a eu envie de connaître ce Jésus Christ qui l’avait un jour profondément rejointe. « À 35 ans, j’ai donc pris le chemin de l’université. J’ai fait mon baccalauréat en théologie tout en travaillant sur la ferme avec mon mari.  Et après le baccalauréat, on m’a dit « T’es bonne pour la maîtrise! », alors elle a poursuivi. Aujourd’hui, après 15 ans d’études universitaires à temps partiel, elle occupe encore avec la même passion un poste d’agente de pastorale paroissiale dans les paroisses de Saint-Sévère, Notre-Dame du Bon Conseil et Sainte-Brigitte, dans le diocèse de Nicolet.

Allumeuse de foi

Sagesse dans l’âme, yeux pétillants, Cécile Allard me confirme,  dans l’heure qu’elle me consacre, que dans une catholicité qui se fait de plus en plus fragile, la foi au cœur  des gens est encore bien vivante. « Il y a toujours de l’espérance, m’enseigne-t-elle.Dans chaque personne, il y a toujours un petit tison de foi. Il s’agit juste de souffler dessus pour que  le feu reprenne ». 

De fait, s’il y a bien une chose dont la sexagénaire est certaine, c’est que même si on célèbre moins ou qu’on s’implique ailleurs, on cherche toujours à s’approcher du mystère de ce Dieu d’amour. « Aujourd’hui, témoigne l’agente de pastorale, quand on rejoint 10% de la population, on est heureux. (…) Sauf que les parents qui présentent leur enfant pour une démarche sacramentelle sont motivés, et c’est enrichissant de travailler avec eux ».  

Force est donc d’admettre ici que jamais son discours ne se dément. Ses propos sont soutenus et sa certitude transpire: un jour ou l’autre la semence reçue au baptême porte fruit. « Je le vis, et j’en suis certaine! », affirme Mme Allard, heureuse dans son travail. Et c’est ça qui l’anime! C’est ce qui, visiblement, la pousse à continuer. « Mon rôle à moi, c’est de semer et de faire connaître Jésus Christ, sans savoir ce que je fais dans le cœur des personnes. Est-ce que je plante?  Est-ce que j’arrose?  Dieu seul le sait ». 

Curieuse, je lui demande si dans ses 30 ans de mission pastorale elle a rencontré un jour le découragement. « Non, jamais », m’avoue-t-elle humblement. Son secret? Avec les années, Cécile Allard a compris que la mission dans laquelle elle est engagée appartient au Seigneur, et que la récolte lui revient aussi. Rien de moins.

Un travail de création 

Depuis 30 ans déjà, donc, Cécile Allard participe à sa façon au projet d’amour du Dieu qui l’habite. Avec une société en constante mutation, des valeurs qui se bousculent et qui entraînent avec elles des choix parfois déchirants, Mme Allard invente et oriente sa pastorale en fonction des gens qu’elle côtoie. Cependant, c’est un travail qui n’est pas toujours facile. Parmi les grandes difficultés rencontrées, celles de les intéresser et de les garder impliqués. La réalité est telle qu’actuellement, on aura beau offrir aux gens les plus reluisants projets du monde, « ce qui les désintéresse, confirme-t-elle, c’est de donner du temps pour Dieu ». Dans nos quotidiens mouvementés, le temps manque. Et concrètement, les parents consacrent à leur famille le peu qui leur reste.

C’est pourquoi, dans les paroisses où œuvre Cécile, on invente, on propose, on adapte des chemins de croix ou des dimanches des rameaux aux besoins des familles. Certes, certains parents s’impliqueront et de ce nombre on formera quelques catéchètes. D’autres se joindront à l’équipe pastorale à titre de collaborateurs. Cependant, et c’est ce qui désole aussi Mme Allard, peu d’entre eux poursuivent la route. Une fois que sera complétée la démarche sacramentelle de leurs enfants, ils reprendront, bon an mal an, leur petit baluchon pour aller s’impliquer ailleurs. 

Alors comment faire pour amener les gens vers Dieu? La réponse à cette question ne nous appartient pas. Du moins, pas entièrement. Pour cette femme d’Église dévouée et passionnée, ce qui semble incontournable c’est que pour aller vers Dieu, il faut d’abord rencontrer la croix. « Ça prend souvent une expérience de vie dans la souffrance sinon, quand tout va bien, les gens sont individualistes. Ils prient chez eux ». 

 

Cécile Allard ose encore rêver. Elle croit que nous devons choisir la communauté plutôt que le patrimoine. Et si on enlevait les bancs des églises pour les remplacer par de simples chaises…

Photo : Jérôme Martineau

 

Une foi qui passe à travers la culture

Bref, si les gens rencontrent Dieu à partir de leur propre expérience de vie, il ne faut jamais perdre de vue que la transmission de la foi doit également s’adapter à la culture des gens. L’Esprit Saint est toujours à l’œuvre au cœur même de son Église. C’est ce qui fait dire haut et fort à Cécile Allard que son travail n’est pas en vain.

Seulement, même si son optimisme me paraît inépuisable et contagieux, Mme Allard demeure aussi très lucide et réaliste devant les défis du temps. « Moi, je sème dans les cœurs qui sont là et je ne suis pas inquiète. Cependant, je sais que présentement on (l’Église) vit dans un creux et que ce creux n’est pas fini ».

Également, il ne faudra plus s’attendre à ce que nos églises soient pleines, mais plutôt se réjouir du petit nombre venu célébrer. D’ailleurs, de cette réalité naîtront aussi, pour les agents de pastorale paroissiale, de grands défis : ceux, notamment, de trouver toujours de nouveaux collaborateurs prêts à s’impliquer pour l’annonce de Jésus et ce, en donnant le goût aux gens de célébrer. « Car Dieu est présent dans leur vie, mais comment le leur dire? »

« Et je caresse un rêve… »

« Et je caresse un rêve que je ne verrai probablement jamais se réaliser », ose avouer Cécile Allard. Ce rêve, c’est celui de pouvoir un jour vivre une véritable proximité dans une communauté chrétienne. Et comment y arriver, Mme Allard? En osant choisir la communauté plutôt que le patrimoine. En enlevant les bancs de nos églises devenues trop grandes pour le nombre de participants et en les remplaçant par de simples chaises, une à une habitée. « Ce qui manque dans notre Église aujourd’hui, dénonce-t-elle, c’est qu’on ne sente pas que l’on fait  communauté ».

  Serait-il alors présomptueux de croire qu’on puisse un jour faire passer la communauté avant les bâtiments? Car notre résistance aux changements semble réellement s’accrocher même si, dit-on, c’est en faisant des petits pas qu’on avance… Pourrait-on même pousser plus loin l’audace en avançant que, comme Église, nous sommes peut-être rendus à une autre étape, celle de célébrer à partir de plus petits lieux?

« À vin nouveau, outres nouvelles », rappelle Cécile Allard. Le temps saura bien nous le dire.