FAIRE ÉGLISE AUTREMENT par Stéphane Gaudet

Messe-partage
Être partie prenante

messe01

« Beaucoup de gens sont revenus à la pratique parce qu’ici, ils pouvaient s’exprimer librement. C’est aussi mon cas. Je ne trouvais ma place nulle part. J’étais orpheline. »


Q
uand on demande à Marie-Andrée Denis ce qui l’attire à la messe-partage de la Communauté Partage à Trois-Rivières, la liberté d’expression lui vient en tête spontanément. « C’est un endroit où tu peux mener ta recherche spirituelle en toute quiétude, sans avoir peur du jugement. » 

Une affirmation corroborée par Anne-Marie Éthier, elle aussi membre de la communauté: « On est partie prenante de la célébration, on ne fait pas qu’assister de façon passive. On peut poser des questions. On ne vit pas tous notre foi de la même façon, on ne pense pas tous pareil mais on se respecte. Si on dit qu’on n’est pas d’accord avec ce qui est dit, ce n’est pas grave, on ne cherche pas à se mettre d’accord, on chemine ensemble. »

Une messe nouvelle, différente, vivante

L’abbé Yvon Leclerc venait d’être nommé curé de Sainte-Bernadette à Trois-Rivières en 2000 lorsqu’il a été question de transformer la messe de 11h30 de cette paroisse. Fort d’une expérience semblable – une messe animée par les gens eux-mêmes – qu’il venait de vivre à la cathédrale où il était curé juste avant, l’abbé Leclerc et une équipe d’une quinzaine de personnes ont réfléchi à la question. « Les gens voulaient une messe nouvelle, différente, vivante », explique-t-il.  Parmi les besoins exprimés par le groupe, celui de faire connaissance, mais surtout, le besoin de participer et d’échanger. 

L’expérience a commencé au début du carême de 2001. Une véritable communauté s’est tissée par la pratique de la messe-partage au fil des années, si bien que l’aventure se poursuit depuis 16 ans, maintenant au sous-sol de la basilique Notre-Dame-du-Cap.

Partage de la Parole

Dans une messe-partage, il y a partage de la Parole, de la prière, du pain et de l’animation de la célébration. En arrivant, les participants s’accueillent les uns les autres. Ainsi, pour Céline Saint-Gelais, « l’individu à côté de moi n’est plus inconnu ». Les liens sont vrais, l’authenticité est le maître-mot des relations qui se nouent. Au moment de la liturgie de la Parole, un enfant apporte la Bible au prêtre. Une fois la lecture de l’Évangile terminée, les participants échangent en petits groupes sur ce qui les touche dans la lecture du jour, les liens qu’ils  font entre l’Écriture et leur vécu… Chaque petit groupe compose une prière à partir des réflexions et des préoccupations qui ont été échangées, prière qui sera ensuite lue à l’assemblée. 

Le prêtre ne fait pas d’homélie. « Les gens sont capables de réfléchir sur la Parole, affirme l’abbé Leclerc. Et ils disent que les réflexions exprimées au moment du partage de la Parole leur reviennent plus tard dans la semaine. Ça, c’est pas mal mieux que bien des homélies! » Comme les participants parlent de leur vie, d’où ils en sont ce jour-là, c’est nouveau chaque fois. « Les mêmes textes de l’Évangile reviennent tous les trois ans, mais on réussit toujours à rafraîchir la lecture qu’on en fait », de dire Marie-Andrée. Céline parle d’actualisation: « Le fait de discuter  de la Parole fait qu’elle devient vivante pour nous en 2017 et non pas encastrée dans des mots et des textes qui datent de 2000 ans. » 

Même s’il n’y a pas d’homélie, le prêtre peut intervenir s’il se rend compte que les groupes ont passé à côté d’un enseignement essentiel de l’évangile lu, et Yvon Leclerc ne s’en prive pas. Anne-Marie croit qu’il est indispensable qu’un prêtre soit là, « pour qu’il nous fasse cheminer. Son rôle est d’accompagner la communauté, pas de la diriger ». Selon Marie-Andrée, « les prêtres sont des coachs, mais ce sont les laïques qui font la messe ». 

messe02« Notre couleur à nous »

David Vincent est le curé de la paroisse Sainte-Victoire à Victoriaville. Il préside depuis quelques années des messes-partages pour répondre au besoin exprimé par les familles et les jeunes d’être partie prenante de la célébration. « Le modèle nous est venu de Trois-Rivières, mais il a pris notre couleur à nous avec le temps. » Ainsi, le partage de la Parole a été délaissé – « les gens étaient gênés, ça ne marchait pas » – pour autre chose, qui change chaque fois: animation, sketch, chorale, etc. Pas d’homélie ici non plus, mais le prêtre fait toujours un commentaire pour lancer ce moment. 

Comme c’est le cas à la Communauté Partage de Trois-Rivières, la messe-partage à Victoriaville est toujours en mode expérimental. « C’est un laboratoire, on y va par essai-erreur. Il y a des choses qui ne marchent pas des fois, on ajuste le tir », avoue l’abbé Vincent. Marie-Andrée Denis croit qu’il faut « casser le moule et le reformer pour qu’il soit toujours plus près de nos vies, de nos questionnements. Ce n’est pas parfait, on expérimente encore. C’est toujours à améliorer. »

Partage du pain

La liturgie eucharistique suit le partage de la Parole ou ce qui en tient lieu. Adultes et enfants sont invités à mettre la table pour le repas. « L’eucharistie demeure le pivot de tout ça. Elle demeure absolument nécessaire pour moi », confie Marie-Andrée. Yvon Leclerc se dit convaincu que « l’eucharistie crée la communauté, pas seulement le partage de la Parole ». Après la communion, les participants quittent en s’échangeant un signe de paix. 

Même si la messe-partage à Victoriaville peut attirer de 250 à 300 personnes, David Vincent admet que ce modèle ne convient pas à toutes les sensibilités: « C’est clair que les gens attachés à une façon de faire traditionnelle ne viendront pas. Mais la messe-partage n’est pas en réaction contre la messe classique, elle cherche à répondre à ceux qui souhaitent quelque chose de différent, de plus participatif, démocratique et inclusif. On accueille tout le monde. »

Il observe que les jeunes et leurs parents qui participent à la messe-partage ne viennent pas pour consommer une messe et repartir après. « Une communauté se forme, et le bouche à oreille crée un réseau. »

« Ce qui importe en définitive, c’est de créer une vraie communauté chrétienne », conclut Yvon Leclerc. Un but que semble atteindre la messe-partage partout où elle se vit.