Un continent de plastique

LE CRI DE LA TERRE par Ghislain Bédard


Depuis un mois, quand j’admire l’érable qui s’épanouit devant la fenêtre de mon appartement, je ne peux m’empêcher de voir... ce sac de plastique prisonnier des branches. Il traînait quelque part et aura été transporté là par grand vent. Aussi, quand je marche dans le quartier, je passe souvent par un sentier où je remarque quantité de bouteilles abandonnées par terre par quelque humain distrait. Petites anecdotes en apparence, dont l’incidence est plus grande qu’on oserait croire.

Cri de la terreEn réalité, ces déchets de plastique provenant de la terre ferme aiment bien voyager. Lorsque les averses éclatent, ils en profitent pour filer à l’anglaise en empruntant les eaux de ruissellement qui se créent d’emblée. Avec de la veine, ils se retrouvent rapidement dans le cours d’eau le plus près, puis voguent vers le fleuve, et l’Atlantique même, où ils entreprennent la traversée vers ce « continent de plastique » qui flotte à des kilomètres au large. Là, ils s’en donnent à cœur joie avec leurs milliards de semblables.

Cependant, ils atteignent cette destination de rêve seulement s’ils ne sont pas happés en route par les poissons, animaux ou oiseaux qui les confondent avec leurs aliments et en nourrissent leur progéniture (tous ont vu ces images où des gens extraient du gosier d’animaux mal en point des objets du quotidien reconnaissables).

Ce « continent de plastique » suscite de vives inquiétudes. D’après un article récent du Devoir (17 janvier 2017), « si rien n’est fait pour réduire la pollution provoquée par l’accumulation de plastique dans les océans, ces derniers contiendront une masse plus importante de plastique que de poissons d’ici 2050 ». Quelque 270 000 tonnes de ce matériau non biodégradable flotteraient ainsi à la surface des océans. Le Québec n’est pas à l’abri : « Des chercheurs de l’Université́ McGill ont en outre découvert récemment que le fleuve Saint-Laurent est lourdement contaminé par le plastique. »

Selon le pape François, « le problème croissant des déchets marins [...] continue de représenter un défi particulier » (Laudato Si’, 174). Nos sociétés ne sont pas arrivées, écrit-il, « à adopter un modèle circulaire de production qui assure des ressources pour tous comme pour les générations futures, et qui suppose de limiter au maximum l’utilisation des ressources non renouvelables, d’en modérer la consommation, de maximiser l’efficacité de leur exploitation, de les réutiliser et de les recycler » (22). Bref, il nous reste du chemin à faire pour préserver ce don qu’est la création. L’humain a trop puisé dans le panier sans s’attarder aux conséquences ni s’en soucier.

Comme chrétien, cette situation soulève mon indignation. Le moins que je puisse faire est, primo, de ramasser mes déchets et de ne rien laisser traîner. Secundo, d’adopter une fois pour toutes les sacs réutilisables pour mes emplettes. Tertio, de privilégier les produits les moins emballés possible. Enfin, si je ne peux en éviter certains, de faire du bac de recyclage mon meilleur ami. Tout déchet, même enfoui, se retrouvera à l’eau un jour ou l’autre. C’est à ce prix que nous retrouverons peut-être une terre en santé.