Vivre aujourd'hui positivement

JE TE CHERCHE par Martin Yelle — Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.


Je te cherche01Samuel Fleurent-Beauchemin est dans la mi-vingtaine. Originaire de Nicolet et présentement installé à Victoriaville, ce jeune homme, pour peu que l’on prenne quelques minutes pour dialoguer avec lui, présente un aplomb et une maturité qui impressionnent. L’histoire de Samuel n’est pas sans méandres. Aujourd’hui, il est directeur général de la fondation Le pont vers l’autonomie, qu’il a mise sur pied en 2013. Rien ne le destinait particulièrement à cette mission philanthropique sinon un appel intérieur qu’il a écouté de vouloir faire tout en son pouvoir pour venir en aide à son frère aîné, lourdement handicapé. 


Un chemin parsemé d’obstacles

Samuel a vécu ses jeunes années dans le milieu agricole familial. Assez rapidement dans son histoire, il a été marqué par des épreuves qui l’ont influencé. Alors que son frère aîné n’avait que 8 ans, on a diagnostiqué à ce dernier la dystrophie musculaire de Duchenne, une maladie héréditaire qui fait en sorte qu’au fil de la croissance, l’enfant perd petit à petit ses capacités motrices. À cette difficulté familiale s’est ajouté le décès de son père des suites d’un cancer du pancréas. Ces épreuves ont eu un impact majeur sur le projet de vie de Samuel. Se voyant en santé et en capacité d’aider, il s’est senti le besoin de faire sa part en souhaitant soulager la condition physique de son frère. Ce désir de donner, il le retient de modèles tels que ses grands-parents et son père. La joie de vivre de son frère et l’absence de plainte de sa condition donnent à Samuel une motivation très grande pour faire sa part. Le parcours scolaire de Samuel a aussi été sinueux. Il a décroché du cégep pour suivre une formation professionnelle en vente-conseil. Après quelque temps dans la vente, il s’inscrit à l’université, mais ayant surtout en tête de réaliser un projet pour son frère. Il souhaite ramasser des fonds afin que son frère puisse écrire son histoire. Ce projet de financement n’atteint pas les objectifs espérés.

Un but qui mobilise
Son frère ayant appris l’existence de bras robotisés pour donner de l’autonomie aux personnes handicapées, Samuel décide de créer une fondation pour recueillir les 50 000 $ nécessaires à l’acquisition de cet équipement. En huit mois, à coup d’événements et d’activités de toutes sortes, Samuel réussit à recueillir les fonds pour offrir le bras robotisé à son frère aîné. Samuel est au comble de sa joie.

Parler de son frère, pour Samuel, c’est faire l’éloge non pas de la résignation face à la maladie, mais d’une volonté de vivre positivement dans l’adversité. Guillaume, le frère de Samuel, lui a transmis la persévérance et le courage. Cette persévérance et ce courage ont été des piliers pour trouver appui, car une autre épreuve s’est présentée sur sa route.

Deux semaines après avoir reçu son bras robotisé, Guillaume est décédé des suites de complications pulmonaires. Samuel parle de cet événement tragique comme de la plus grande épreuve de sa vie. Il aurait pu baisser les bras et mettre fin à son engagement; au contraire, cela lui a donné une force pour aller plus loin et redonner à d’autres ce qu’il avait pu donner à son frère. Après avoir offert le bras robotisé à un autre bénéficiaire, c’est vers des études en gestion philanthropique que Samuel s’oriente, voulant amener son engagement à un autre niveau. La fondation Le pont vers l’autonomie a maintenant remis plus de 10 bras robotisés à des jeunes d’un peu partout au Québec et a été lauréat Forces avenir dans la catégorie entraide, paix, justice.

Je te cherche02Continuer sa route

Ma rencontre avec Samuel a été saisissante. Son discours sans détour, son attitude humble, réaliste et positive m’ont plu. Je me suis dit que ce chemin de vie est beau et vrai. De manière un peu méfiante, nous avons tendance à dire dans le langage courant que « c’est trop beau pour être vrai ». C’est comme si nous tenions pour acquis que les belles histoires cachent toujours une zone d’ombre ou de tromperie.

Chez Samuel, ce qui transparaît, c’est la confiance. Il continue sa route bien branché sur son objectif. A-t-il des ambitions démesurées ? Je pressens plutôt qu’il fait ce qu’il souhaite accomplir au jour le jour avec passion et détermination, cherchant à réussir un projet à la fois. L’héritage de son frère Guillaume, qui goûtait à la vie un jour à la fois, l’habite profondément. J’ai osé demander à Samuel s’il avait eu un sentiment de révolte devant les situations difficiles qu’il a eu à traverser. Il m’a répondu qu’il était incapable de révolte devant son frère, qui était souriant et sans aucun sentiment de révolte malgré sa situation. La révolte, si l’on peut utiliser ici ce mot, il l’a vécue en faisant fi des attentes de la société face au parcours scolaire et professionnel qu’il aurait pu prendre. Samuel a choisi une voie qui lui convient et dans laquelle il souhaite, comme il le dit lui-même, écouter la petite voix intérieure qui le pousse à apprendre à vivre positivement, et ce malgré les situations difficiles et incontrôlables qui traversent inévitablement notre route.

Nous pouvons nous rappeler ce message évangélique (Matthieu 6,27-29) : « Ce n’est pas en vous faisant du souci que vous pouvez ajouter un seul jour à votre vie ! Pourquoi alors vous faire du souci pour les vêtements ? Observez les fleurs des champs, regardez comment elles poussent. Elles ne filent pas et elles ne tissent pas. Pourtant, je vous le dis : même Salomon, avec toute sa richesse, n’a jamais eu vêtements aussi beaux qu’une seule de ces fleurs » (La Bible, traduction Parole de vie).

Pour connaître la fondation Le pont vers l’autonomie : www.fondationpva.com