Le fruit défendu

REPÈRES par Paul Arsenault, o.m.i.

repere01Soyez certains que si le péché d’impureté – ce qu’on appelle le péché d’impureté - prolifère avec une telle frénésie, c’est dans la mesure où on en a fait le fruit défendu par excellence, c’est dans la mesure où on en a entretenu des curiosités malsaines, dans la mesure où l’adulte reste prisonnier de curiosités infantiles. Alors, je vous en supplie, ne parlez jamais aux enfants du péché d’impureté. Parlez-leur de la dignité de leur corps, de la sainteté de leur corps, de la merveille de devenir père ou mère, de la sainteté qui est requise pour la paternité et la maternité, mais n’associez jamais le péché à ce pouvoir qui doit devenir en nous un pouvoir de générosité.

Maurice Zundel, Je parlerai à ton cœur

Que vous soyez dans une église ou dans votre salon, chaque fois que les mots sexe ou sexualité sont prononcés, les oreilles se dressent: ceux qui s’endormaient se réveillent, du plus vieux jusqu’au plus jeune. D’après les statistiques, la sexualité demeure le sujet à la une dans toutes les communications humaines. Depuis les histoires grivoises jusqu’aux exposés scientifiques. La sexualité est comparable à un menu que l’on ne se fatigue pas de voir revenir sur la table. On en vit ou on en meurt. On en rit ou on en pleure. On la refoule ou on la sublime. Toujours elle est là, tellement elle fait partie de nous. Elle accompagne toute notre existence depuis la naissance jusqu’à la mort.

« L’ŒUVRE DE CHAIR… »

S’il est un domaine où la morale officielle a causé des dégâts, c’est bien celui de la sexualité. Le théologien Drewermann a eu raison d’écrire:

Je crois que nous devrions cesser un moment de parler de la sexualité, du mariage, de la famille. Nous nous sommes tellement brûlé les doigts sur ces thèmes qu’il nous est bien difficile d’en parler. 

Les repères en théologie morale pour évaluer un acte sexuel se résumaient dans ce principe: De sexto et nono non est levi materiae, c’est-à-dire concernant le 6 e commandement de Dieu: Impudique point ne seras ni de corps ni de consentement, et le 9e commandement de Dieu: L’œuvre de chair ne désireras qu’en mariage seulement. Ces deux commandements n’admettaient aucune matière légère. Donc péché grave pour ne pas dire mortel! Les péchés sexuels l’emportaient sur ceux de la charité. Heureusement, depuis plusieurs années, grâce aux recherches scientifiques en sexologie, grâce au retour à la Bible, la sexualité a retrouvé sa dignité, sa grandeur, sa beauté: Dieu vit que cela était bon.  


LA COUPE DU PLAISIR

Nous revenons d’un long voyage. Avec tout un passé derrière nous. Un passé où le plaisir, étant mal vu, conduisait inévitablement à boire d’un seul trait la coupe du plaisir! Rien de surprenant si l’on a parlé de la sexualité comme quelque chose de sale, de honteux, de mauvais. Par ailleurs, la sexualité a été parfois recherchée comme une fin en soi. Le mot d’ordre étant alors tout est permis. Saint Paul écrivait à sa communauté chrétienne de Corinthe: Tout est permis, mais tout ne convient pas. Les Corinthiens, qui donnaient dans la liberté sexuelle, ne se formalisaient pas de détourner de son sens cette consigne de Paul de Tarse: tout est permis… quitte à laisser tomber l’autre partie de la consigne, un peu plus exigeante: tout ne convient pas.


« ILS ÉTAIENT NUS »

De nos jours, la sexualité est devenue une affaire de sexe. Avec commerce et exploitation de l’être humain. Avec détournement de sa vocation première. La situation alarmante de la sexualité galvaudée et salie nous commande de réagir en nous convertissant au projet de Dieu qualifié par lui de bon dès les débuts du monde. Réjouissons-nous: un jour, la lumière chasse les ténèbres. Comme autrefois au jardin d’Éden, surgit un moment de grâce et de lucidité: Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus. C’est la nudité du cœur: le cœur trompé, déçu. C’est la nudité de l’âme: le vide intérieur, l’esprit enténébré, le mal à l’âme. C’est la nudité de l’être dont la nudité physique n’est qu’un pâle reflet. L’être toujours séduit par le fruit défendu. L’être plus attiré vers le bas que vers le haut. L’être séduit par ce qui a un aspect agréable et alléchant plus que par ce qui a un aspect de dépassement, de renoncement. L’expérience a démontré que l’exercice de la sexualité, lieu par excellence de l’expression de l’amour, risque souvent de dégénérer en conflit, en affrontement, en domination.


UN PROJET À BÂTIR

La morale chrétienne conçoit l’être humain comme un être en devenir. Elle ne saurait se surprendre s’il y a encore un long chemin à parcourir avant d’être parvenu à la stature parfaitement harmonisée, équilibrée, telle que sortie des mains du Créateur. La sexualité n’est pas quelque chose de tout fait. Elle est un projet à bâtir au fil des années, avec beaucoup de patience et de maîtrise de soi. Elle est une puissance appelée à grandir, une énergie appelée à se développer dans le temps et l’histoire de chaque être humain. Devant la violence des passions qui parfois se lèvent en nous, devant le courant hédoniste et érotique dans lequel nous baignons, il faut nous faire un peu vio­lence pour rester fidèles à notre vocation d’être humain créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.


UN FRUIT DE L’ESPRIT

Si, au commencement, le Dieu de la Genèse s’est félicité de tout ce qu’il avait fait, y compris la sexualité, en disant: cela est très bon, il faut nous réjouir de tout effort et de toute croissance dans le sens de l’humanisation de la sexualité, celle-ci n’ayant de pertinence et de sens que dans une relation d’amour vrai. Le libertinage sexuel ne rend personne heureux. Une sexualité saine et pure est, non pas un fruit défendu, mais un fruit de l’Esprit.