Jonathan Houle - Faire la mission par la culture et les arts

Houle JonathanAU SANCTUAIRE par Stéphane Gaudet

Celui qui était coordonnateur de Cap-Jeunesse a quitté officiellement le service d’animation pour les jeunes et les familles le 31 décembre dernier et occupe désormais au Sanctuaire le nouveau poste de coordonnateur à la culture et aux événements. Il a gentiment accepté de donner une entrevue à Notre-Dame-du-Cap sur ce changement de fonction.

Depuis combien de temps étais-tu coordonnateur de Cap-Jeunesse?

Depuis 2014. J’avais pris en charge la coordination cinq mois après mon arrivée dans l’équipe.

Quel bilan peux-tu dresser après quatre ans à la tête de Cap-Jeunesse?

Lorsque je suis entré en fonctions, Cap-Jeunesse était dans une période de transition. Plusieurs coordonnateurs et coordonnatrices s’étaient succédé rapidement avant ma venue. Mon premier défi avait été de ramener une certaine stabilité.

Dès mon arrivée, j’ai eu souci de préparer une relève. Je m’étais dit: « Quand je sentirai que quelqu’un est prêt à prendre la place, ce sera le signe que je peux passer le flambeau. » L’objectif est atteint puisque Catherine Ménard et Sonia Champagne assureront désormais la coordination.

Ma plus grande fierté, c’est la vie fraternelle qu’on vit pendant l’été. Auparavant et à ma première année comme coordonnateur, les membres de l’équipe d’été qui venaient de l’extérieur vivaient ensemble au pavillon de la Madone alors que ceux qui étaient de Trois-Rivières continuaient à habiter chez eux. Ça créait deux dynamiques, deux groupes dans l’équipe… J’ai décidé que l’année suivante, toute l’équipe d’été vivrait en communauté au pavillon pendant huit semaines, cinq jours par semaine, pour que tous vivent la même chose et se sentent tout autant partie prenante de cette aventure. Ça fait une grosse différence! Vivre ensemble, c’est une expérience transformatrice et c’est beau de voir comment les jeunes ont progressé au terme de leur séjour. Et ça va rester, les gens qui me succèdent sont d’accord pour poursuivre l’expérience.

En quoi Cap-Jeunesse s’inscrit dans le prolongement du charisme de saint Eugène de Mazenod, le fondateur des Oblats?

La phrase qui me rejoint le plus chez saint Eugène est: « Faites-en des hommes, puis des chrétiens, enfin des saints. » Il y a là tout un cheminement, et je pense que Cap- Jeunesse fait ça: on accepte toute personne qui se trouve devant nous telle qu’elle est et là où elle en est, qu’elle soit croyante, non croyante, en recherche ou d’une autre confession… Souvent, les personnes qu’on a devant soi sont bien différentes d’un modèle typique chrétien qu’on voudrait idéal!

Aussi, Eugène voulait agir au centre de la ville d’Aix, « dans le trafic ». Il s’impliquait dans tout: hôpitaux, prisons, allant souvent là où personne d’autre ne voulait aller. Dans notre Québec sécularisé, l’Église s’est beaucoup retirée de la scène publique. Souvent de nos jours, c’est là où on ne pense pas devoir aller. Mais Cap-Jeunesse et le Sanctuaire souhaitent aller à la rencontre des gens d’aujourd’hui. Je crois que c’est une force de Cap- Jeunesse d’être humble et d’aller jouer dans le trafic.

D’où te vient cet amour pour Eugène?

Même s’il venait d’une famille bourgeoise, Eugène était proche du peuple. Il était très au fait de la réalité que tout le monde n’est pas croyant et que l’idéal chrétien est   un cheminement, une progression. J’aime sa façon humaine de dire les choses. Et aussi le fait qu’il avait un sale caractère! Je me reconnais là-dedans, et ceux qui ont travaillé avec moi le savent. Saint Eugène était impulsif, il lui arrivait de s’emporter… mais après, il le regrettait au point d’en pleurer parfois. Je suis comme ça aussi. Son caractère ne l’a pas empêché de faire de grandes choses, ni d’être canonisé… mais bon, moi, je ne vais pas aller jusque-là!

petit sanctuaire01« C’est le propre d’un sanctuaire d’être ouvert aux personnes en recherche. »

Qu’est-ce que ça fait, un coordonnateur à la culture et aux événements?

Mon premier défi en 2017 sera d’élaborer une politique culturelle du Sanctuaire. Le Sanctuaire est très ouvert, mais on ne veut pas non plus dénaturer les lieux. Nous sommes à la fois un site religieux et un lieu de diffusion culturelle. L’un n’exclut pas l’autre! À la base, nous sommes un lieu d’épanouissement spirituel – ouvert tant aux croyants qu’aux non-croyants – et nous entendons bien le rester. C’est le propre d’un sanctuaire d’être ouvert aux personnes en recherche. Au plan culturel, l’Église a longtemps été le principal mécène des artistes. C’est possible d’allier les deux, on le fait déjà.

Les arts, la culture, c’est quelque chose qui se situe beaucoup dans l’émotif, qui se passe à l’intérieur. C’est intéressant de voir comment l’Église peut atteindre les gens dans cette recherche qui vient de l’intérieur, tant les artistes que le public qui viendra les voir ou les entendre. On peut faire la mission et la pastorale par la culture et les arts, même profanes.

Qu’est-ce que le Sanctuaire à apporter aux gens de 2017?

Même si c’est une image un peu « quétaine » dont on abuse, j’aime voir le Sanctuaire comme un phare qui permet de garder le cap, d’éviter les récifs, de s’orienter. Notre Québec en a bien besoin. Il a balayé toute vie spirituelle en rejetant la religion d’autrefois, mais on se rend compte aujourd’hui que c’était peut-être une erreur de tout jeter et qu’il y a encore de nos jours une soif de spiritualité qui n’est pas comblée. Je le vois dans le public autant que chez les personnes que je côtoie dans ma vie personnelle. Ce besoin de spiritualité n’a jamais disparu, mais les gens d’aujourd’hui n’ont plus de références spirituelles. Avec sa spiritualité très ouverte, le Sanctuaire peut parler au monde d’aujourd’hui.  C’est ce qu’il est appelé à faire et qu’il fait déjà.

logo PDF