Évangéliser la piétéGaudet Stephane

Un des pères oblats ici au Sanctuaire est venu me voir une fois, découragé. Il m'a fait part d'une demande de plus en plus fréquente de certains pèlerins : la bénédiction d'une statue de saint Joseph qui sera ensuite enterrée la tête en bas sur le terrain d'une maison en vente, afin que celle-ci se vende rapidement. Pourquoi la tête en bas ? Parce qu'il faut mettre saint Joseph « en pénitence » tant qu'il ne nous a pas accordé ce qu'on lui demande.

Ce bon père oblat n'en peut plus, à un point tel que, dès que des visiteurs sortent une statue de saint Joseph pour la faire bénir, il leur dit désormais d'emblée: «Non, rangez ça.» Et de leur expliquer, patiemment, avec amour, sans condescendance, que ce n'est pas ça, notre foi, que ça n'a rien à voir avec Jésus Christ. J'oserai ajouter que dans ce cas-ci, c'est même une forme de chantage, de manipulation.

Il n'y a pas lieu de condamner l'ensemble de la piété dite «populaire». Plusieurs de ces pratiques émanent d'une foi sincère et authentiquement chrétienne. Nous sommes des êtres de chair, il est normal que notre foi s'incarne dans la matérialité, dans des gestes, à l'aide d'objets et dans des lieux physiques. La piété vise à nous rapprocher du divin et à rapprocher le divin de nous. Mais force est d'admettre qu'il y a aussi, dans la dévotion populaire, beaucoup de pensée magique, qui n'a souvent rien à voir avec l'Évangile, ou qui est même parfois contraire à l'Évangile. Dans l'exemple que j'ai donné plus haut, il ne s'agit pas de piété, ni même de «pieuserie», mais de superstition pure et simple.

Les travaux de Fritz Oser, professeur suisse spécialisé en psychologie religieuse, ont montré qu'il existe des étapes dans le développement religieux de la personne. Dans la vie, nous sommes appelés à progresser, dans la foi comme dans le reste.

Le recteur d'un autre sanctuaire du Québec me confiait qu'il était toujours surpris de constater à quel point les gens qui fréquentent son sanctuaire avaient le désir de rendre leur foi intelligente. Ils posent des questions, veulent apprendre, en savoir plus. Et un autre père oblat d'ici m'a souvent répété: « Les gens, quand on leur explique, ils comprennent! »

Il fait partie de la mission d'un sanctuaire, lieu de piété par excellence, d'évangéliser ces pratiques. Il faut accompagner les gens et les éduquer pour leur permettre d'aller plus loin dans leur relation avec Dieu. C'est aussi ce que fait notre Revue, en association avec la mission du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. Le thème de la saison des pèlerinages 2018 au Sanctuaire : Enfin libres! Cela, pourrait signifier, entre autres : libres de la superstition qui repose sur de fausses images de Dieu.

Que notre piété soit toujours évangélique et inspirée par le Dieu de Jésus Christ!

logo PDF