Un écran de fumée ?

Gaudet Stephane

ÉDITORIAL par Stéphane Gaudet, rédacteur en chef de la revue Notre-Dame-du-Cap

Le 13 avril dernier, le gouvernement a déposé à la Chambre des Communes son projet de loi visant à légaliser et à réglementer la marijuana récréative au Canada. Selon le gouvernement, l’initiative vise à protéger les mineurs et à retirer le commerce de cette drogue des mains criminelles.

Malgré ces intentions louables, le projet de loi soulève des inquiétudes légitimes dans le milieu médical. La consommation de ce psychotrope n’est pas sans danger, surtout pour les adolescents et jeunes adultes, dont le cerveau est en plein développement. Les adolescents qui consomment du cannabis présentent de deux à trois fois plus de risques de développer un problème de santé mentale. Les évêques canadiens, dans leur Déclaration sur la crise des opioïdes et de la toxicomanie au Canada, ont raison de qualifier de « potentiellement dangereuse » l’initiative du gouvernement.

Déjà aux prises avec de graves problèmes de consommation de drogues, les communautés autochtones sont aussi inquiètes. Leurs chefs croient que la légalisation du cannabis pourrait aggraver la situation.

On peut être sceptique quant à l’atteinte des deux objectifs avancés par le gouvernement. La légalisation n’éliminera pas le marché noir (il demeure prospère au Colorado malgré la légalisation dans cet État en 2014), surtout si le prix du cannabis légal n’est pas avantageux ou si sa qualité laisse à désirer au goût des consommateurs. Pour ce qui est de la protection des mineurs, le régime actuel de prohibition n’empêche pas que cette drogue leur soit accessible; il serait surprenant qu’elle le devienne moins en la rendant légale, et ce même si le projet de loi interdit le don ou la vente de cannabis à un jeune – ce qui ressemble à un vœu pieux.

Se pourrait-il qu’il y ait en fait d’autres motifs derrière la légalisation? Que cette mesure serve à créer un écran de fumée, à paraître cool auprès d’une certaine partie de l’électorat pour faire oublier d’autres décisions gouvernementales que ces mêmes électeurs trouvent moins cool ? Vente d’armes à l’Arabie Saoudite, maintien des paradis fiscaux, poursuite de l’exploitation des sables bitumineux et de la construction de pipelines… On est en droit de se le demander. L’argument fiscal ne tient pas, car pour couper l’herbe sous le pied au crime organisé, le produit ne pourra pas être hautement taxé.

Même si des campagnes de prévention suivront la légalisation, le risque de banalisation de la marijuana est bien réel, d’autant plus que le fédéral ne prévoit aucun transfert de fonds aux provinces, qui auront à élaborer des programmes d’éducation et de sensibilisation.

N’y avait-il pas de problèmes plus urgents et plus graves à régler, et qui auraient mérité qu’on légifère avec le même empressement?

C’est un plaisir pour moi de vous annoncer qu’une nouvelle collaboratrice, Sylvie Laroche, commence dans ce numéro une chronique d’un an sur la santé mentale et la foi, intitulée « Tremblements de tête ». C’est prometteur! Bienvenue dans l’équipe! 

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