Haïr, ou la peur de l'autre

Gaudet Stephane

ÉDITORIAL par Stéphane Gaudet, rédacteur en chef de la revue Notre-Dame-du-Cap

L’horreur. La haine qui tue. Chez nous.  

Même si les semaines ont passé, je suis encore ébranlé par la tuerie du 29 janvier dernier à la mosquée de Sainte-Foy. Ébranlé par le geste insensé d’un esprit détraqué, mais aussi par les messages publiés dans les réseaux sociaux qui approuvaient le tueur, certains auteurs de ces messages allant même jusqu’à se dire « déçu[s] qu’il n’en ait pas tué plus ». 

Il existe en Occident, y compris chez nous, une haine des musulmans. Nous, chrétiens, ne pouvons haïr qui que ce soit. Aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre force et de toute notre pensée, et aimer notre prochain comme nous-même, est le plus grand commandement. Quand on a demandé à Jésus qui est ce prochain, il a raconté la parabole du bon Samaritain, un homme d’une religion différente. Et un verset souvent cité de la première lettre de Jean n’affirme-t-il pas : « Si quelqu’un dit “J’aime Dieu”, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur. Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas » (4,20). 

En visite en Centrafrique en 2015, le pape François a affirmé dans une mosquée que « chrétiens et musulmans sont des frères », et il a appelé à rejeter toute haine et toute violence interreligieuses. Quand Jésus nous dit : « Aime ton prochain comme toi-même », il n’ajoute pas « sauf s’il est musulman ». Ou noir. Ou fédéraliste, souverainiste, etc. Et Jésus ne vivait pas dans une société homogène. Il venait de la « Galilée des nations », une région carrefour où cohabitaient des gens de cultures, de croyances et d’origines variées. La diversité n’est donc pas chose nouvelle. 

L’immense majorité des musulmans qui ont immigré ici sont venus pour vivre en paix, travailler, envoyer leurs enfants à l’école en toute sécurité, fuyant souvent le terrorisme djihadiste dont les musulmans demeurent, rappelons-le, les premières victimes. Nos concitoyens musulmans ne sont pas une menace ! Ceux qui ont été tués étaient innocents, leur seul crime a été de s’être retrouvés dans une mosquée pour… prier. 

Il faut cesser de haïr ce qui est différent, ce qu’on ne comprend pas, ce qu’on ne connaît pas. Ou d’en avoir peur, car haine et peur vont souvent de pair. Le contraire de la foi, ce n’est pas le doute, c’est la peur. Pas pour rien que l’expression « N’ayez pas peur » revient 365 fois dans la Bible. 

Dans une société qui ne sait plus ce que c’est que d’avoir une religion, ceux qui en ont une et la prennent au sérieux dérangent. Encore plus quand ils viennent d’ailleurs. Dans un tel contexte, je crois que nous, chrétiens d’ici, pouvons jouer les intermédiaires, construire des ponts et non des murs, favoriser la rencontre, susciter des rapprochements. Pour contrer la haine. Et nous avons fort à faire.
 

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