|
|
|
Profonde… ou sentimentale, ma foi?par André Dumont, o.m.i.
Crédit photo : J. Martineau/Sanctuaire de Beauvoir « Le
Christ, tout au long de sa vie sur terre, ne cherche jamais à
conquérir Alexandre Men, prêtre orthodoxe
Si je vous dis : guérisons miraculeuses instantanées; révélations privées à une dévote personne qui reçoit des messages; nouvelles apparitions mariales; statues qui pleurent; icônes suintant de l’huile… quelle est votre réaction spontanée? Je n’en doute pas, après une longue expérience de la mission et de l’accompagnement spirituel, ça réveille plein de réactions. Avouons-le, souvent enflammées. Ordinairement contradictoires. Loin de moi de jouer le diplômé en discernement ecclésial… mais l’occasion est trop belle pour passer à côté dans cette chronique. Je sais une chose toutefois, ayant été témoin moi-même ― comme vous peut-être, sait-on jamais ―, de supposées guérisons, au cœur d’une foule assez extatique (stade olympique, juin 1977, où j’animais le chant pour un grand congrès spirituel, de toute évidence habité du Souffle Saint) : je sais que bien des miracles étaient imaginaires! Et que les lendemains retrouvaient des personnes folles de joie la veille… avec le même handicap et une terrible dépression. Assez pour quitter la foi! Le sensationnalisme Car, là ne sera jamais l’essentiel de croire, justement. Et Jésus lui-même, thaumaturge inouï, s’est plaint souvent de la cohue superficielle qui le talonne par monts et par vaux: « Pourquoi? Parce que j’ai multiplié le pain? Guéri tout ce monde? » …Mais « allez-vous me quitter vous aussi? » soupirera-t-il, larmes aux yeux, aux intimes, à l’heure des conspirations dans l’ombre. Sachant très bien qu’un HOSANNAH se transforme bien vite en CRUCIFIEZ-LE chez les humains… Habituellement, ces phénomènes sensationnels auxquels je faisais allusion, s’estompent vite dans l’oubli. On découvre trop souvent, sous ce spectacle, profiteurs, charlatans ou …névrosés. « Pétard mouillé, crédulité d’enfant! », conclura-t-on. Sans manquer l’occasion, une fois de plus, de ridiculiser les croyants. Moi j’aime bien la lenteur romaine… en ce domaine! Bravo pour cette méfiance, cette mise en garde nous ramenant au vrai sens de la foi qui n’est pas basée sur de l’extraordinaire... mais sur l’évangile des Béatitudes. Merci, Jean de la Croix, de le proclamer encore au dessus de la mêlée: La Révélation est terminée! Le dernier mot de Dieu est dit en Jésus. Un point c’est tout. Feu de paille et fleur de peau…
Émouvants conseils du vieux Paul au jeune Timothée : « Viendra un temps où certains, l’oreille leur démangeant, s’entoureront de quantités de maîtres, se tournant vers des fables. Ce sont des gens à la foi inconsistante… Mais toi, tu m’as suivi avec empressement dans l’enseignement, les projets, la foi, la patience, l’amour, la persévérance, les persécutions, les souffrances que j’ai connues. Et de toutes le Seigneur m’a délivré!» (2 Tm 3-4) Nous ne sommes pas d’une autre étoffe que ceux qui couraient le guérisseur merveilleux Jésus. La foi à fleur de peau. La foi feu de paille. Nous ne sommes pas meilleurs que ceux que dénonce Paul de Tarse. Le piège? Vouloir ― comme dans l’amour humain, d’ailleurs ― en rester au printemps des floraisons parfumées!... Alors que la foi devra, comme tout couple, traverser les saisons pour donner du fruit… jusqu’à la mort. Quel mot désagréable je viens de prononcer : la mort. Mais elle demeure la seule véritable question à laquelle répond la foi! La mort des autres, comme celle du petit cancéreux Oscar mis en scène par l’inimitable Eric-Emmanuel Schmitt... et ma propre finale de vie à moi aussi, que j’imagine le plus tard possible, bien sûr. Comme la joie, l’amour Pour ce faire, il importe absolument de quitter lepetit lait et d’aborder la nourriture solide. Par exemple, ce magazine que vous tenez entre vos mains, voilà déjà du substantiel, du « vitaminé », nous écrivent plusieurs d’entre vous, n’est-ce pas? Et un bon livre populaire en spiritualité, ça existe. Et des sessions de ressourcement? C’est fait pour le monde. Il y en a plein au Québec. Un espace où sans timidité on peut poser toutes les questions, partager doutes, recherches, découvertes et surtout célébrer la vie, comme ça fait du bien! Aux antipodes du sentimentalisme crédule farfelu, s’ouvre alors un univers d’émotions authentiques. Durables et rayonnantes. Comme la joie. L’amour. Après des passes difficiles. N’est-ce pas ce qu’avait découvert, à son grand étonnement, une certaine Mamie-Rose? Elle habite votre rue, que ça ne m’étonnerait guère.
IL M’A AIDÉ À CROIRE Cher Dieu, Le petit garçon est mort. Je serai toujours dame rose mais je ne serai plus Mamie-Rose. Je ne l’étais que pour Oscar. Il s’est éteint ce matin, pendant la demi-heure où ses parents et moi nous sommes allés prendre un café. Il a fait ça sans nous. Je pense qu’il a attendu ce moment-là pour nous épargner. Comme s’il voulait nous éviter la violence de le voir disparaître. C’était lui, en fait, qui veillait sur nous. J’ai le cœur gros, j’ai le cœur lourd. Oscar y habite et je ne peux le chasser. Il faut que je garde encore mes larmes pour moi, jusqu’à ce soir, parce que je ne veux pas comparer ma peine à celle, insurmontable, de ses parents. Merci de m’avoir fait connaître Oscar. Grâce à lui, j’étais drôle… Grâce à lui, j’ai ri et j’ai connu la joie. Il m’a aidé à croire en toi. Je suis pleine d’amour, ça me brûle, il m’en a tant donné que j’en ai pour toutes les années à venir. À bientôt, Mamie-Rose. Éric-Emmanuel SCHMITT, Oscar et la dame rose, Albin Michel 2002 (finale du roman) |

Anciennes publications


