Synode 2018Stéphanie Beaulieu

« Tout quitter pour le salut des hommes » 

 

ENTREVUE par Stéphane Gaudet

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« Âme d’artiste attirée par les choses de ce monde », Stéphanie Beaulieu, 36 ans, est néanmoins devenue religieuse dans la Famille Myriam Beth’léhem, une communauté nouvelle dont elle est membre depuis plus de 15 ans.

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riginaire d’une famille catholique pratiquante de la Rive-Sud de Montréal, Stéphanie était une adolescente « très à l’aise dans le monde » qui n’avait jamais vu de sœur en habit religieux avant l’âge de 14 ans. À l’été 1996, elle participe avec ses parents à la « Semaine des familles» qu’organise Myriam Beth’léhem chaque été à Baie-Comeau. Plutôt que les quelques religieuses âgées qu’elle s’attendait à y voir, elle découvre beaucoup de jeunes frères et sœurs, en habit religieux de surcroît!

Elle adore son séjour au cours duquel elle ressent un immense bien-être intérieur : « Je me sentais plus chez moi là que dans ma propre famille. » Au terme de la semaine, sur le chemin du retour, Stéphanie pleure à chaudes larmes dans la voiture et affirme avec conviction : « Un jour, je reviendrai, mais ce sera pour toujours. » Ce à quoi sa mère, perspicace, répond : « Je le sais. » 

 « TU ES JEUNE UN PEU »

Stéphanie ne tarde pas à prendre contact avec la maison montréalaise de Myriam Beth’léhem – l'une des 14 dans le monde, dont 8 au Canada – et rencontre à l’âge de 15 ans sœur Jeanne Bizier, fondatrice de la Famille, à qui elle fait part de son désir de devenir sœur au sein de la communauté. « Tu es jeune un peu », lui répond la fondatrice. « Mais quand tu auras 18 ans, tu pourras participer au Souffle d’espérance » (une formation de huit mois sur la foi et la mission dans un des foyers de la Famille). 

Elle vit par la suite sa jeunesse, bars et partys y compris, alors qu’elle étudie au Cégep du Vieux-Montréal en technique de travail social. Elle ne fait qu’une année de son programme. Elle participe ensuite aux JMJ en Italie, en 2000. À Assise, Stéphanie prie saint François : « Je suis joyeuse, mais ma joie est superficielle. Accorde-moi TA joie. » 

De retour au pays, elle décide de faire le Souffle d’espérance. Elle vit un combat intérieur à propos de son appel. Au cours d’une rencontre avec sœur Jeanne qui lui demande quelle est sa vocation, Stéphanie affirme aimer beaucoup les hommes, mais aussi être attirée depuis son enfance par la mission auprès des plus déshérités, sous d’autres latitudes. Elle ne se sent pas prête pour la vie religieuse.

DIRE OUI À SON PLUS GRAND BONHEUR

En sortant du bureau de sœur Jeanne, dans la chapelle, elle revoit le film de sa vie et toutes les fois où le Seigneur lui a fait signe. Malgré cela, elle se dépêche de se faire un copain après son séjour dans la communauté. « Je ne regrette pas cette relation, j’avais besoin de discerner. » Mais l’appel du Seigneur est le plus fort et elle passe un mois de discernement vocationnel à Baie-Comeau en 2002. Au terme de cette période, la veille du départ, elle ne sait toujours pas si elle dira oui ou non à cet appel. « J’ai fini par comprendre que si je disais non au Seigneur, il ne me maudirait pas et bénirait mon choix, mais que je serais bien folle de dire non à mon plus grand bonheur! » 

C’est ainsi qu’elle entre dans la communauté comme « aspirante » en janvier 2003. Presque quatre ans plus tard, fin 2006, elle fait ses premiers vœux; ce n’est qu’en 2012 qu’elle prononce ses vœux perpétuels. « C’est plus long chez nous, car nous nous adaptons aux jeunes d’aujourd’hui, qui n’ont bien souvent aucune formation religieuse et ont peur de s’engager. » 

entrevue01AGIR ET CONTEMPLER

Comme pour tout appel, petite sœur Stéphanie a eu des renoncements à faire. « Le plus difficile, ç’a été de laisser ma famille. On était tellement proches, même la famille élargie! » Aussi, elle aurait aimé avoir ses propres enfants, mais tous ceux qui viennent pour des activités, elle les voit un peu comme les siens. « D’une certaine façon, en les évangélisant, je leur donne la vie. » 

Une journée normale pour petite sœur Stéphanie commence entre 6h et 6h30 et se termine vers 22 h 30, parfois plus tard. Le foyer Myriam-de-l’Espérance à Chicoutimi, où elle vit désormais après avoir passé neuf ans dans l’Ouest canadien, reçoit constamment des groupes d’enfants, de jeunes, des couples, enregistre des disques de chants, distribue de la nourriture aux familles démunies... Stéphanie, qui est elle-même chanteuse et musicienne, ne chôme pas. « Rigoureusement, la moitié du temps d’une journée est consacrée à l’action (évangélisation) et l’autre moitié, à la contemplation (prière). » 

NOTRE BUT SUR LA TERRE

Comme son nom hébreu Myriam le laisse entendre, Marie occupe une place capitale dans la spiritualité de la Famille. « Marie est une éducatrice. Elle est au cœur de ma vie et de notre spiritualité. Debout au pied de la croix, elle offre Jésus au Père et au monde. » Le père de Stéphanie avait toujours eu plus de difficulté à se faire à la vocation religieuse de sa fille. Récemment, après avoir écouté un chant sur un disque de la communauté avec les paroles « Tout quitter pour le salut des hommes », il a téléphoné à sa fille en pleurant pour lui dire qu’il avait finalement compris sa vocation. « On a pleuré ensemble au téléphone, et pourtant ce n’est le genre de mon père! »

Petite sœur Stéphanie conclut l’entrevue par une phrase qui pourrait lui servir de devise personnelle : « En Marie, pour la gloire de Dieu et le salut des hommes. La vie religieuse, comme le mariage, c’est un oui qu’on doit renouveler chaque jour. Œuvrer pour le salut des hommes, c’est notre but sur la terre, et c’est ce qui m’a gardée dans la vie consacrée toutes ces années. »